Pourquoi tant de culture ?

Combien de fois le visiteur occidental a-t-il été surpris par le niveau de culture générale des gens d’Europe de l’Est ? Combien de fois aussi, s’est-il laissé surprendre par leur maîtrise des langues étrangères ? Une fois, en route pour le lac Baïkal, nous avions une guide sibérienne, originaire d’Irkoutsk. Elle parlait si bien le français et connaissait si bien Paris qu’à aucun moment je ne m’étais demandé d’où pouvait venir toute cette culture et ces facilités dans notre propre langue. De France, bien sûr ! J’étais simplement persuadé que notre guide (qui aurait pu s’appeler Nathalie) avait dû y séjourner, pour les études ou pour le travail. Affaire classée. Pourtant, quelle ne fut pas ma surprise en apprenant qu’elle avait vécu toute sa vie en Russie, au fin fond de la Sibérie, de surcroît ! Qu’elle avait  accumulé tout ce savoir sans jamais mettre un pied chez les compatriotes de Voltaire…

Notre rapport à la culture a un aspect très singulier. Il est propre à la société dans laquelle nous vivons, propre à notre éducation et à nos penchants personnels. Certaines personnes gardent un regard suspect sur la culture (à quoi bon ?). Peur d’une culture privative de notre liberté individuelle ? Ou simple allergie aux créations sociales et populaires, rappelant trop le spectre du socialisme et ses délires artistiques ou architecturaux ? En Occident parfois nous ressentons une certaine amertume, face au montre de l’entertainment, qui semble avoir pris le dessus sur la « vraie culture ». Dans un mouvement de massification et de marchandisation culturelles. Chez nous la mode et le marketing se seraient emparés de la culture. Mais comme toujours, de nombreux « villages gaulois » culturels sont entrés en résistance et se sont organisés avec les moyens du bord.

Retour à l’Est. En Pologne comme en Russie, en dehors de la frime et de la superficialité de certains parvenus, la culture n’est pas un vain mot. Le rapport au livre (tous n’ont pas été brûlés !) et à la musique (écoutée autant que jouée) sont un peu le reliquat glorieux d’une époque terrible, par ailleurs, au plan consumériste ! Le souvenir persistant de cette longue parenthèse étatique au cours de laquelle la sobriété commerciale (malgré les inflitrations de Coca-Cola et autres Pepsi, en dépit des interdictions) laissait énormément de place aux jeux et aux activités artistiques : musique, théâtre, danse, etc.

Cossacks girls

Certes à l’Est il fallait travailler, tout comme à l’Ouest, mais la culture avait la part belle. Un « ciment » qui rassemblait les gens, imaginés tous égaux (c’est ne l’oublions pas un postulat de base du communisme) et que nos politiciens français ont voulu rebaptiser le « vivre ensemble ». A l’époque du communisme, tandis que les aparatchiks russes allaient au Bolchoï, pour admirer un opéra de Tchaïkovski, le peuple dans son écrasante majorité, dans les banlieues lugubres et dans les campagnes affamées, se distrayait comme il le pouvait ! Personne ne manquait une occasion de passer du « bon temps ». Et le pouvoir central, aux manettes de la propagande ordinaire, n’oubliait jamais d’en rajouter une couche, présentant le bloc occidental comme une terre de dépravés, un ramassis d’inculture ! Aujourd’hui encore, on reste surpris par le niveau élevé d’instruction des jeunes polonais, tout fraîchement sortis de l’Université. Ici et comme ailleurs à l’Est, on retrouve une authentique soif d’apprendre, mêlé d’un respect du savoir et des enseignants, souvent disparu des écoles occidentales. Et une volonté durable d’apprendre, tout au long de la vie. Pourquoi tant de culture ? Quelle question !!

Laurent

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Une réflexion sur “Pourquoi tant de culture ?

  1. Bonjour Laurent
    ça c’est ben vrai !!!! comme le dirait la Mère Denis (mes excuses mais c’était la pub de mon époque) En effet, en 1983 J’ai eu l’occasion de faire un voyage en URSS (eh oui, là encore c’était son nom d’époque…) et comme vous le racontez si bien j’ai vécu la même chose, tout comme en Chine, une dizaine d’années plus tard. Jamais mis les pieds chez nous, mais un français parfait et une culture qui vous laisse bouche bée, avec pour le responsable local chinois qui nous accompagnait le plaisir de nous dire « l’appel du 18 juin du Général de Gaulle » dans son
    intégralité!!!! Je peux vous dire que tous les Français présents dans le bus n’étions pas loin des larmes, et surtout une admiration et une émotion sans borne dans nos regard et dans les applaudissements qui s’en sont suivis.Aujourd’hui une des mes meilleures amies, roumaine, continue de me sidérer par sa connaissance de la France et surtout de Paris, et par son amour pour notre histoire et notre culture qu’elle m’exprime régulièrement.

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