L’amour militant

Radu Mihaileanu est un émigré roumain né en 1958. Il a quitté son pays dans des conditions difficiles, tant au plan matériel qu’au plan affectif. A son arrivée en France, il surjoue maladroitement, comme de nombreux nouveaux arrivants, le jeune « propre sur lui ». Il part faire ses études bien habillé, trop bien même, ce qui lui vaudra d’être la risée de son nouvel entourage, sans pitié pour ce déraciné venu de Bucarest en passant par Israël ! Des années plus tard, après des études à l’IDHEC et devenu scénariste et cinéaste, il découvre le roman de l’américaine Nicole Krauss, The History of Love (2005). Il tourne son onzième film, L’Histoire de l’amour, sorti en novembre 2016. C’est l’histoire de deux destins qui se croisent : d’abord le destin d’un vieux juif polonais (de père juif lui-même, le réalisateur a connu l’exil à deux reprises) qui a émigré aux Etats-Unis. Ce premier personnage, installé à New York, continue de vivre dans le souvenir de son amour de jeunesse. Deuxième destin, celui d’une jeune fille qui, elle, vit au même moment ses premiers émois, alors que son entourage cherche, comme bien souvent, à la protéger voire à la dissuader. Au-delà d’un simple film, L’Histoire de l’amour est un plaidoyer pour l’amour vrai et libre. Un acte rebelle et militant, pour ce cinéaste engagé, au moment même où, Internet 2.0 côté face… la marchandisation de nos vies semble sans limites. Au moment aussi où la numérisation de notre vie affective bat son plein. Alors que l’univers virtuel piège les sentiments les plus nobles pour les affadir, parfois les travestir sans préavis.

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Enfant, Radu Mihaileanu a été habitué aux phrases simples mais justes de son père, sur la vie. Il lui disait par exemple : « la vie aime ceux qui aiment la vie« .

Tout un programme de développement personnel ! Le réalisateur considère que les personnages de son film agissent comme des « Gandhis de l’amour ». Critiqué lors de sa sortie pour sa grandiloquence et ses excès d’émotions, le film évoque, outre l’amour, la dignité, la grandeur d’âme, l’héroïsme et puis, tout simplement, l’énergie de la vie. A l’instar de l’existence chaotique de son propre père, Ion Mihaileanu. A l’instar aussi de L’Amour aux temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez, L’Histoire de l’amour est une saga, une épopée très romanesque. A l’heure du virtuel qui assaillit même nos vies professionnelles, on n’a pas fini d’entendre parler de l’assèchement des relations sociales en général. Avec ses effets en cascade sur la vie privée, donc, fatalement ou presque, sur l’amour. Il ne s’agit peut-être pas d’une remise en cause de l’idée de l’amour ou de son abstraction. Mais plutôt d’un bouleversement de son expression.

Alors qu’en France le premier lieu de rencontre a été jsuqu’ici le cadre professionnel, le développement du télétravail et des vidéoconférences, serait vu d’un mauvais oeil par Cupidon. En tout cas, son successeur, Radu Mihaileanu, craint les conséquences des flirts électroniques, des messageries en tout genre. Il craint finalement l’artificialisation et le dessèchement de la relation amoureuse ! Il va même plus loin, lorsque sur les ondes de France Inter il revendique la filiation entre l’amour, au sens individuel, et la solidarité, cette forme d’amour partagé et désintéressé. Mais sur ce dernier point, le cinéaste et poète n’est pas fataliste. Il croit encore en notre capacité à aimer son prochain.

Laurent

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