Jean Ziegler, le Suisse au franc-parler

Jean Ziegler, enseignant engagé de la cause altermondialiste et rapporteur spécial aux Nations Unies, spécialiste de la sociologie à l’Université de Genève et à la Sorbonne, ne laisse pas indifférent. Notamment lorsqu’il dénonce la malnutrition dans le monde. Il réveille nos consciences, parfois somnolentes et si souvent habituées à regarder les choses avec fatalisme. N’est-il pas confortable de se dire, qu’après tout, ce n’est pas notre faute ? Et nous avons, gens du Nord, assez de problèmes chez nous. On ne peut être responsable de toute la misère du monde… L’empathie individuelle a des limites. Soit ! Mais pour cet Helvète dont le franc-parler détonne dans un pays réputé pour sa neutralité et sa discrétion, la faim dans le monde n’est pas une fatalité.

Il faut écouter Jean Ziegler dénoncer le système agro-industriel intégré, des semences aux produits phytosanitaires en passant par les agroéquipements, des traders aux détaillants, qui bien souvent ferment les yeux sur ce qui se passe sur le terrain, tant la question alimentaire n’intéresse finalement que peu de monde, dans une société urbanisée et déconnectée du réel. A en croire Ziegler, la prédation Nord-Sud actuelle n’est pas sans rappeler celle du temps des colonies ou celle du commerce triangulaire. Le Nord détruit le Sud ou du moins l’étouffe. Au délà des beaux discours sur la démocratie venus des leaders politiques de l’Occident, de facto seuls comptent le marché libre et la privatisation des gains, concentrés entre quelques très grandes entreprises mondialisées. Les mots-clés des livres de Jean Ziegler sont : « destruction massive », « rebelle », « contre l’ordre du monde », « haine », « faim dans le monde », « livre noir du capitalisme »…

Jean Ziegler

Trop c’est trop diront les anti-Ziegler, qui ne tarderont pas à lui trouver quelques poux dans la tête, histoire de le décrédibiliser. Face à un tel lanceur d’alerte, un activiste excité comme Ziegler, la défense des puissants a toujours la même figure. Au lieu de se risquer à contre-attaquer point par point, la partie adverse se contente de créer le doute et la suspicion. C’est cette même méthode qu’ont utilisé les cigarettiers, histoire de gagner du temps… Time is money, after all… Ziegler n’en veut pas qu’à quelques entreprises à la puissance démesurée, devenues incontrôlables. Il attaque également les gouvernements au double langage. Autrement dit, il montre du doigt la convergence de l’élite politique et économique, la soi-disant représentation démocratique et les intérêts industriels.

En 2011 Jean Ziegler déclarait que : « l’agriculture mondiale d’aujourd’hui serait en mesure de nourrir 12 milliards d’êtres humains, soit près du double de la population mondiale ». Mais il ne suffit pas de savoir si on peut le faire, encore faut-il se mettre d’accord sur la façon d’y arriver (locale ou pas, respecteuse des sols ou pas, créatrice d’emplois ou pas, bonne pour la santé des consommateurs ou pas, etc.) Et avec quels moyens et quel soutien financier ?

Dans la lignée de Jean Ziegler, on retrouve un autre défenseur des faibles : l’abbé Pierre, qu’il a cotoyé. Tiers ou quart-monde, même combat. On retrouve aussi Stéphane Hessel, l’auteur du merveilleux petit bouquin « Indignez-vous ». Jean Ziegler s’inscrit également dans la démarche concrète d’un Pierre Rabhi, aux multiples expérimentations agricoles en Afrique notamment, ou de l’agronome Marc Dufumier, qui prouve que « ça marche », on peut nourrir les populations locales tout en respectant leur cadre de vie. A raccrocher aux perspectives historiques d’un Michel Onfray et son idée de « fin de l’Occident ». Ils sont là, ces héros d’humanité qui veulent faire progresser le monde, ou simplement l’étudier pour mieux en saisir les limites. Ils dérangent aux heures de grande écoute, on voudrait les bâillonner ou leur coller une étiquette ridicule, celle de pauvres gauchistes, de révolutionnaires frustrés. Mais tous ces hurluberlus constituent une formidable source d’inspiration à la fois pour de nombreux entrepreneurs engagés ou pour de nombreux spectateurs désenchantés en quête de sens. La franchise finit toujours par payer, la malhonnêteté par desservir ceux qui en abusent…

POUR ALLER PLUS LOIN :
– L’auteur en vidéo : Jean ZIEGLER « Je dénonce les criminels de la faim dans le monde »
– Interview de Marc Dufumier

Laurent

 

 

 

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Une réflexion sur “Jean Ziegler, le Suisse au franc-parler

  1. Merci pour cette approche qui permet de mieux connaître les théories de Ziegler. Il y a effectivement plus de bonnets de nuit prêts à assener que l’on sera incapable de nourrir 10 milliards d’habitants, que de gens capables de démontrer que c’est possible avec une autre approche de l’agriculture.
    Les seconds bousculent tellement, et jusqu’au modèle de la révolution agricole, que l’on préfère souvent être bercé au ronron du fatalisme. Mais heureusement, l’Histoire démontre que l’Homme a heureusement plus de créativité et de ressources, collectivement, qu’il ne veut bien s’en prêter individuellement.

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