Le cauchemar d’A. Jardin

Alexandre Jardin, génial romancier, enfant révolté devenu quinquagénaire, a pris un virage personnel très citoyen depuis quelques années. Il a quitté les beaux quartiers parisiens pour traîner ses guêtres aux quatre coins de notre beau pays. Et en est revenu plus fort, plus humain que jamais. Après avoir repris sa plume pour promouvoir de sa lutte Bleu Blanc Zèbre, celle des « faizeux » contre les « diseux », il est reparti à la charge.

Plus apolitique et plus citoyen que lui, tu meurs ! Sa seule religion : l’action et l’intelligence collective.

Se basant sur la psychologie comportementale, il nous parle de nos peurs de changer. Pas en théoricien, mais en pur praticien. Il nous invite à songer à un mauvais rêve. Imaginez que vous fassiez un cauchemar dans lequel vous vous débattez face à un monstre. Deux options s’offrent à vous :

  • Soit vous vous battez contre ce monstre ou à défaut vous prenez la fuite. C’est le changement de type 1. Il peut fonctionner, mais c’est sans garantie !
  • Soit vous vous réveillez. C’est le changement de type 2. Et ça marche à tous les coups !!

Alors que l’on discutaille sur le vote blanc et sa possible prise en compte, alors que le spectre de l’abstention massive rôde, une seule certitude : les partis politiques classiques ne représentent plus qu’eux-mêmes. Une minorité de citoyens continue de croire en la démocratie représentative. Une vaste majorité hésite entre simple perplexité et grosse colère assumée, façon « plus rien à foutre ». C’est aussi cela notre histoire collective. Pas de quoi être fiers !

L’alternance politique classique ne change rien, fondamentalement. Le casting des cabinets ministériels se fait bien avant le scrutin lui-même, loin de la campagne électorale. Et les tractations européennes ou internationales (CETA, TAFTA, etc.) poursuivent leur chemin indépendamment de la vox populi !

Lors d’un repas à Tours, entouré d’entrepreneurs locaux, Alexandre Jardin demande à ceux qui ont voté lors de la dernière élection de lever la main. La moitié de la salle lève la main. Puis il interpelle ces mains levées et demande publiquement si ces votants se reconnaissent dans leur choix. Plus personne ne lève la main ! CQFD.

Une petite voix intérieure ne cesse de nous répéter que ce qui défile depuis ces décennies, ce n’est qu’un miroir aux alouettes, une grande foire aux promesses. Que « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ». L’élection ne serait qu’un chèque en blanc qu’on laisse traîner sur un bureau de vote, avant de fermer les yeux pendant cinq ans dans l’espoir qu’un miracle ne se produise. Et pourtant nous continuons, un peu, d’y croire encore !! La voilà notre part de petit enfant naïf et manipulé, résigné à rêver encore au Père Noël… au gentil super héro…

révoltons nous

Alexandre Jardin, dans son dernier essai tendrement intitulé « Révoltons-nous ! » nous interpelle. Il s’interroge sur le contraire de l’amour. Pour lui le contraire de l’amour, ce n’est pas la haine. Le contraire de l’amour, c’est le pouvoir.

Aujourd’hui encore, le mille-feuille administratif et l’avalanche continue de nouvelles normes, imaginés, Jacobinisme oblige, à Paris et loin des territoires, étouffent l’innovation économique et sociale. L’élite technocratique, dont nos élus nous masquent souvent l’existence même, est ivre de son pouvoir conquis depuis la sortie de l’ENA. Ce pouvoir, bien souvent, se contre-fiche de l’intérêt général et se complaît dans une complexité écrasante.

Qui pouvait croire en un « choc de simplification » ? Vive la complexité ! Comment peut-elle, cette technocratie hors-sol, se préoccuper durablement de la destinée de la « société civile », ce nouveau nom du Tiers-Etat ?

Refuser d’activer l’option 2, celle du changement radical, de l’entrée dans l’âge adulte de la démocratie participative, c’est continuer à se mentir à soi-même. C’est certainement aussi s’assurer une énième frustration quand viendra la prochaine élection dans trois semaines ou dans cinq ans. Qu’y a-t-il de pire que de se manquer de respect ?

Laurent

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