Sup de Chanvre, en Lozère

Le chanvre, essentiellement réputé pour sa molécule hallucinogène, le tétrahydrocannabinol, est une plante vieille comme le monde. Une espèce de couteau suisse végétal victime à la fois d’amalgames et d’interdits. En effet, outre son usage dit récréatif (interdit en France depuis 1950), l’usage thérapeutique du cannabis est petit à petit revenu à la mode depuis les années 1990. Dans deux autres domaines, l’alimentation et la construction, le chanvre n’a certainement pas dit son dernier mot. A conditions d’accepter sa libéralisation ! Ce qui n’est pas dans l’intérêt de tous les acteurs économiques…

Avatar des marchés bios et des foires diététiques, l’huile de chanvre a un goût agréable, similaire à celui de l’huile de noisette. Cette huile, comme d’autres graisses d’origine végétale, contient des acides gras insaturés et des antioxydants. De plus, l’huile de chanvre aurait des propriétés intéressantes en usage cosmétique. Mais il n’y pas d’inquiétude à avoir du côté psychotrope, car il s’agit là de variétés de chanvre pauvres en THC.

Bon à tout faire ?

Le chanvre pourrait, selon ses défenseurs, avantageusement remplacer les ressources forestières pour la fabrication de papier. Le papier issu de chanvre (qui aurait notamment servi comme support à l’écriture de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis) serait cinq fois plus recyclable que le papier issu des arbres ! Sans compter, évidemment, le fait que la récolte soit quasi-immédiate, annuelle, comparée aux arbres à la croissance bien plus lente.

Le chanvre, avec les fibres contenues dans sa tige, aurait bien d’autres applications industrielles. Au plan textile notamment. Alors pourquoi s’entêter à privilégier la fibre naturelle numéro 1, à savoir le coton, si gourmand en intrants issus de la pétrochimie ?

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En fait, il semblerait bien que le chanvre dérange. Il dérange certes par son usage récréatif. Mais aussi, certainement, comme rival d’autres ressources beaucoup plus alléchantes dans leur contribution au sacro-saint PIB. Alors, trop rustique et trop sobre, le chanvre ?

Du côté de Mende, ce n’est pas cette polémique qui a empêché une nouvelle école de voir le jour. En partant des besoins de professionnels de la construction neuve et de la rénovation, l’École Nationale du Chanvre organise la montée en compétences pour tous les artisans qui s’intéressent à l’utilisation de matériaux bio-sourcés, au final plus écologiques et aussi plus économiques. Avec le chanvre dans le construction, c’est la promesse de réduire l’énergie grise (fabrication et transport) et aussi d’améliorer les conditions d’isolation des bâtiments.

Image associée

Le constructeur britannique UK Hempcrete utilise également le « béton de chanvre » (de hemp – chanvre, et crete, de concrete – béton) en mélangeant des restes de chanvre (chènevotte, partie ligneuse de la plante) à de la chaux et de l’eau. Ce mélange donne lieu à un matériau d’isolation naturel, sain, perméable à la vapeur et hermétique. De plus sa masse thermique conséquente lui confère des performances thermiques à l’efficacité unique.

Contrairement à la plupart des matériaux conventionnels, cet usage du chanvre dans la construction assure une empreinte carbone négative. Autrement dit, il emprisonne plus de carbone atmosphérique durant la durée de vie de la construction que ce qui a été émis durant sa construction.

Laurent

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2 réflexions sur “Sup de Chanvre, en Lozère

  1. Merci Laurent pour cet article très intéressant.
    Une question : comment la brique de chanvre se comporte t elle en cas de dégât des eaux? À quel autre matériau de construction peut on la rapprocher ou l’opp concernant ses qualités et ses défauts ?

    • Très bonne question !! Il faudrait voir cela soit avec un artisan qui utilise ce produit, soit auprès d’un fournisseur de produits (idéalement un revendeur qui distribue cette solution et d’autres, pour un meilleure objectivité). On peut l’opposer à la brique conventionnelle, non respirante et beaucoup plus énergivore et à l’empreinte environnementale beaucoup plus lourde. On peut la rapprocher des techniques traditionnelles à base de pisé, de paille. Et vu ses origines végétales, il est assez tentant de la rapprocher de la construction bois. Cela dit pour l’aspect « masse thermique » elle est bien meilleure que le bois (qui lui assure bien l’aspect isolation thermique et gestion de l’humidité, mais beaucoup moins
      l’aspect phonique). Si on la compare aux techniques les plus conventionnelles, à vrai dire aucun matériau ne se rapproche vraiment de la brique de chanvre car on a pris l’habitude de séparer la fonction porteuse et la fonction isolante. La brique de chanvre semble bien pouvoir réconcilier les deux sans ajout de VMC et autres gadgets…

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