Seules les chéries font lire

Seules les chéries font lire. Seuls les chéris, aussi.

Jusque-là, comprendre durant toute l’enfance, lire était principalement devenu un mal nécessaire. L’acceptation d’un petit jeu, un défi entre parents et enfants, entre éducateurs et élèves. « Lis, c’est pour ton bien ! » A quoi ça sert ? Tu verras, quand tu seras grand ! Obligation scolaire ou vécue comme telle : il fallait savoir lire, comme il fallait savoir compter.

Et puis, un beau jour, lire devint le moyen privilégié d’oublier une absence. Un subterfuge pour s’éloigner de la tristesse, un antidote à la mélancolie.

Depuis toujours, les romans et les contes cherchent à nous faire oublier la réalité d’une absence en nous transportant ailleurs. Lire ne sert pas à grand-chose d’autre qu’à échapper à soi-même, à son quotidien, ce qui est déjà beaucoup.

Mais au fait comment faisait-on avant ? Avant l’invention du livre, avant l’imprimerie ? Certes, comparé à aujourd’hui, avant Gutenberg & Co l’espérance de vie était tout autre. L’on vivait en moyenne deux fois moins longtemps : trois, quatre décennies et puis c’était tout. Courte était cette période d’une vie sans l’être aimé. Sauf pour les épouses de marins ou de soldats moyenâgeux, au trop long veuvage !

Avant le livre et sa diffusion massive, on pouvait tout de même compter sur l’heure du conte. Moment de fiction partagée, porte d’accès au merveilleux par procuration, le tout bien avant l’invention du cinéma, de la télévision ou de… YouTube ! Mais bonjour la promiscuité quand il s’agit d’oublier la douleur d’un manque. Et puis, soudain, le livre fut. On pu l’ouvrir et le refermer à sa guise. On pu s’isoler du groupe pour mieux s’échapper au réel. Seules les chéries font lire…

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