Tout et son contraire !

De tous les animaux de la Création, l’Homme est probablement le plus paradoxal de tous. L’Homme est un être souvent compliqué, pétri de pulsions contradictoires, d’envies de « tout et son contraire ». Une soif matérielle, une course à l’armement en matière d’achats plus ou moins utiles, une consommation mi-réfléchie mi-compulsive. Il est pris dans une course quotidienne, hyperactive, la performance économique et individuelle en tête de gondole ! Et cela commence dès avant l’entrée dans la vie active (voir les agendas de ministres des jeunes, sous la pression de leurs parents bienveillants) et se poursuit au-delà de cette même « vie active », à l’âge de la retraire. Mais dans le même temps, l’Homme est envahi par un flot de bonnes résolutions : ralentir, atteindre la sobriété heureuse, préserver la planète et l’avenir de l’humanité. Jeûner et développer son bien-être intérieur !

Dans la nature, ce à quoi l’Homme cherche à échapper depuis le Paléolithique, passant du mode de vie du chasseur-cueillir à celui d’éleveur et de cultivateur (bref d’exploitant du vivant voire de prédateur forcené), la vie peut certes nous paraître difficile, aléatoire et très inconfortable, mais au fond la vie reste simple et dépouillée ! Comme le racontait Pierre Rabhi, le lion (ou la lionne) ne stocke pas fébrilement des carcasses d’antilopes. Dans la savane, pas de supermarché, pas de congélateur ou de chambre froide ! Instinctivement, le lion vit l’instant présent avec ce qu’il trouve à proximité. Idem pour l’ensemble des mammifères qui, sauf peut-être quelques exceptions, ne prélèvent pas au-delà de leurs besoins naturels et immédiats.

L’Homme, lui, ne fait pas que suivre son instinct. Son intuition est sans cesse perturbée par des injonctions extérieures, des slogans et des pressions provenant soit de son cercle intime, soit plus largement de la société. L’avenir est incertain, alors il faut mettre de côté, prévenir les aléas, s’assurer et protéger ses proches. Existe-t-il un système d’assurance-retraite ou même, carrément, des polices d’assurance-vie chez les animaux ou chez les plantes ? Quelle assurance-retraite ou quelle sécurité sociale protège lions, ragondins, phacochères et moustiques-tigres ? La question n’est pas si banale !

L’Homme veut tout et son contraire. Même si son instinct reste présent, ineffaçable, l’Homme calcule en permanence. Depuis la révolution néolithique voire avant, l’Homme cherche à maximiser ses gains et à éviter toute perte – il spécule. Il réfléchit sans cesse, et puis il espère… Mais qu’espère (au sens d’attendre) au fond l’éléphant ou la girafe ? Qu’espère la fourmi rouge ou le virus Ebola ? Se nourrir, se reproduire, suivre un simple plan, sans grand projet, sans égo débordant. Pas de grand plaisir ni de grand déplaisir.

L’Homme, lui, est un éternel insatisfait. Capricieux, ambitieux, exigeant, ambivalent. Idéaliste et en même temps hyper-réaliste ! Un œil sur le rétroviseur, un tantinet nostalgique. Dès l’âge adulte, donc assez vite, ses neurones s’usent et leur nombre diminue. Sa mémoire lui joue des tours, il se raconte des histoires et tourne en rond sans même s’en rendre compte. Le lion ou l’éléphant, le frelon asiatique ou l’abeille mellifère, n’ont juste pas ce luxe, pas de temps à perdre. Simplement vivre, juste vivre.

Mais alors, a-t-on peur de cette simplicité ? Souffre-t-on, depuis la révolution industrielle, de folie des grandeurs généralisée, là où autrefois celle-ci ne touchait que le clergé et l’aristocratie ? Sommes-nous victimes de notre complexité biologique ? Un cerveau trop grand et trop complexe ? Un système nerveux ingérable, avec l’opposition entre le striatum et le néocortex ? Un système économique et politique ingérable, entre collusion et corruption, entre faux-semblants d’intérêt général et lutte fratricide pour accéder au pouvoir et à la richesse ?

Laurent

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