La persistance mythologique

Tout le monde connaît la persistance rétinienne : c’est l’illusion d’optique qui permet par exemple au cinéma d’exister alors qu’il ne s’agit que d’un défilement d’images. Au sens figuré, la persistance fait appel à la rémanence d’impressions et, plus encore, des hoquets de l’Histoire. Parce que nous sommes depuis toujours bercés par des contes et de glorieuses ou sidérantes histoires, notre soif de mythes nous poursuit toute notre vie durant. Nous avons du mal à nous débarrasser totalement des mythes qui comblent probablement un certain vide. Tous un peu mythomanes ? Tous perméables à la fabulation ?

Depuis la nuit des temps, les Hommes ont adoré se raconter des histoires : celle d’Adam et Eve, celle de l’Enfer, celle des 10 Commandements. Mais aussi l’Histoire de France. Que l’on observe juste, par exemple, le récit de la Révolution française. Une étape clé de notre récit national, souvent réduite à un vaste soulèvement populaire face à l’ignoble Ancien régime… Et pourtant…

D’après Yuval Noah Hariri, auteur de 21 leçon pour le XXIème siècle, il faut rapprocher les très contemporaines « fake news » et les mythes du passé. Les fake news, en fait, auraient toujours existé. Certes la technologie et la complexité du monde contemporain ont permis une capacité peut-être jamais atteinte de perversion de la société humaine. Certes le terme « fake news » semble, a priori, peu adapté aux textes sacrés (Bible, Coran, Talmud et tant d’autres). Mais les hommes « carburent » davantage aux récits qu’à l’étalage scientifique des faits.

D’ailleurs toute une campagne électorale est un moment clé où vont s’affronter arguments rationnels et arguments affectifs. Et c’est bien souvent le candidat qui manie le mieux le verbe, le meilleur conteur, qui l’emporte ! Pas celui ou celle qui, au plan rationnel, se rapprocherait le plus de la vérité…

De même que certaines étoiles qui brillent la nuit sont de la lumière morte, de nombreuses histoires actuelles reposent sur des situations déjà mortes ou déjà passées. Ainsi lorsque Jean-Marc Jancovici rappelle l’histoire des pics pétroliers en Mer du Nord ou aux États-Unis, il cherche à souligner que l’ère de l’abondance énergétique est déjà derrière nous. Et que la vague des hydrocarbures dits non-conventionnels (de schistes, et bitumineux) ne sont qu’un énième répit. Pourtant les menaces liées à une décroissance énergétique brutale et subite s’accumulent, mais nous regardons ailleurs…

L’actualité du Moyen-Orient, qui doit se faire retourner dans leurs tombent le Français Picot et son homologue Britannique Sykes -qui ont donné leur nom à l’accord secret de partage de l’Empire Ottoman en 1916 – aussi terrifiante soit-elle, n’est qu’une gesticulation hasardeuse et bruyante des États-Unis qui perdent pied face au nouveau leadership de la Chine. Là encore, refus de voir la nouvelle réalité en face, d’un Empire du milieu au réveil tardif (la Chine ayant loupé le coche de la Révolution industrielle, s’est depuis bien rattrapée), un grand écart culturel entre le bruit américain et le silence chinois, entre les coups de poker d’un Trump et la vision stratégique des ingénieurs du PCC.

Entre temps, le monde entier refuse d’enterrer vivant le mythe occidental, le modèle libéral et son plus bel étendard, le rêve américain.

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