Imperceptible climat

CLIMAT

C’est le sujet qui fâche aujourd’hui jeunes et moins jeunes, riches et pauvres, occidentaux et reste du monde : le climat. Le sujet récurrent qui semble diviser au lieu de rassembler.

C’est la question d’une éventuelle, apparemment de plus en plus probable, responsabilité humaine. Et pas une paille : le petit terrien capable de changer le cours des choses de la pluie, la neige, la sécheresse, et les désormais obsolètes « normales saisonnières ». Des températures si souvent dépassées qu’on se demande à quoi bon encore en parler !

Autour du sujet du climat toute l’émotivité humaine se révèle. Une riche palette de sentiments et de réactions : cela va du désintérêt total au déni calculé, en passant par l’inquiétude plus ou moins sincère et, à l’opposé, à l’hyperactivité.

Les sceptiques ont longtemps eu raison des atermoiements de la communauté scientifique. La France aura eu son Ministre de la Recherche Scientifique, un certain Claude Allègre, défenseur du droit de douter du changement climatique. Il paraît que c’est au pied du mur qu’on reconnaît le maçon. Alors peut-être que notre climato-sceptique en chef n’a-t-il pas eu l’occasion de se promener le long des glaciers Alpins pour constater, scientifiquement, la rapide diminution de leur niveau ? Pas une petite décrue. Ce n’est pas faute à Chamonix d’avoir ajouté des plaques annuelles du niveau de la Mer de Glace, le plus grand glacier français.

Ailleurs, les climato-sceptiques rejoignent parfois les « politico-sceptiques ». Ils se méfient et craignent que toute cette affaire de carbone ne soit qu’un nouveau prétexte pour relancer la pompe fiscale. Un sacré fiasco en puissance. Sur le papier, avec une taxe carbone nous aurions là, pour tout État malin, une superbe aubaine durable. Car la résolution du « problème du carbone », cet atome accumulé et stocké dans le sous-sol terrestre pendant des millions d’années, est un défi de long terme. Encore faut-il que la machine économique ne se grippe pas trop, autrement dit que l’assiette fiscale elle même ne fonde pas comme neige au soleil !

Alors que faut-il leur répondre ? Qu’il faut oser dépasser l’humble Socrate ? Que notre connaissance du monde a largement progressé. Comme à l’école, doit-on rappeler que la main invisible ne fonctionne pas en dehors d’une théorie économique « hors sol »  séparant l’homme, sa culture, de la nature. Qu’il faut briser les barrières artificielles entre les connaissances ? Que le laisser-faire est une porte ouverte au laxisme et au chaos ? Qu’une régulation intelligente est possible ?

Les sceptiques auront aussi réussi, un temps, à nous désintéresser de la question climatique. Car c’est un fait : le commun des mortels dispose d’un champ de vision réduit, se préoccupant avant tout du court terme. Juste au bout de son nez. Monsieur Tout le Monde fuit comme la peste les chiffres contradictoires angoissants et abstraits. Il se détourne vite des probabilités fumeuses et abrutissantes ! Et puis l’on voit bien que malgré les températures et pluies « record » de ces derniers mois, la neige abondante chez nos cousins Américains finit par perturber nos radars et notre perception de ce qui se passe réellement. Mais aujourd’hui le bloc climatosceptique évolue, et présente des failles chez les plus conservateurs. A tel point que certains fonds de pension défient les entreprises dans lesquelles elles investissent de construire des plans d’actions carbone, à commencer par les géants du pétrole et du gaz, comme le révélait dernièrement le Financial Times. Et ne parlons pas des objectifs encore plus ambitieux des fonds d’investissement socialement responsables (ISR).

Perceptions-PerceptionsPERCEPTIONS

Le changement climatique, s’il est bien réel, a un ennemi à abattre : nos perceptions. L’urbanisation, le confort quotidien des nos milieux de vie climatisés (maison, voiture, bureau…) ont fini par nous déconnecter du rythme des saisons. Autant nous sur-réagissons aux variations quotidiennes du temps qu’il fait, surexcités par la complicité des médias court-termistes par définition. Frileux dès que le froid revient et paniqués par la moindre chute de neige… Autant nous sommes devenus insensibles aux variations saisonnières sur cinq ans, dix ans et au-delà. Collectivement amnésiques du temps d’avant. Malchance supplémentaire, les hommes et femmes les plus riches et influents habitent dans les zones les plus tempérées du globe, celles-là même qui sont et seront les moins impactées par le changement des températures. Rien à voir avec la situation des plus démunis, ceux qui vivent « en bas », en zone inondable. Rien à voir non plus avec les habitants des régions polaires, qui vivent déjà le changement, très concrètement. Idem pour les populations les plus déshéritées, en zone intertropicale. Ce sont eux les hypersensibles du changement – pas nous.

Nul doute que la prise de conscience du phénomène climatique serait tout autre si nous étions majoritairement restés des ruraux et si nous n’étions pas blottis dans autant de confort climatisé ! Au fond, le climat remis en question par notre activité humaine (probabilité bientôt proche des 100% en cette fin 2014, d’après les experts du GIEC) est victime de nos dissonances cognitives. Car nous ne sommes pas tous des habitants du Gard ou de l’Hérault (référence aux inondations) ou des Alpes (référence aux caprices de l’enneigement, identifié par l’OCDE depuis plus de quinze ans comme une véritable menace pour l’économie locale). Pas plus que les Américains « moyens » ne sont pas tous entassés en Californie, en proie à des incendies de forêt à répétition et à une sécheresse extrême.

STRATEGIE

Alors lâchons-nous : faisons l’hypothèse que tout cela n’était que du flan ! Essayons-nous à l’optimisme et à la pensée dissidente. Et oublions ces courbes en « crosse de hockey » symptomatique d’une augmentation exponentielle et du CO2 et des températures planétaires. Et si le changement climatique n’était qu’un caprice de plus des variations naturelles de notre planète ? Pour autant, si l’on évacue d’un revers de la main cette petite affaire météorologique, doit-on laisser-faire la politique et l’économie en mode « business as usual » ? Tout dépend des autres casseroles que se traîne notre mode de vie moderne. Et leur effet sur nos vies, notre santé, notre environnement proche ou lointain.

Le poids de l’histoire est important, mais jamais à sens unique. Des problèmes d’hier, environnementaux et sanitaires, ont été résolus ou en passe de l’être, de l’amiante au tabac (encore un effort, mais on va y arriver…), du trou de la couche d’ozone aux pluies acides. Certes, à l’heure digitale, la course-poursuite entre la technologie et la société semble toujours plus compliquée à maîtriser. Mais quand on veut… Il suffira toujours qu’une minorité active s’organise, pour faire basculer l’ensemble de la société.

Laurent

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