L’abolition de la prostitution adoptée à l’Assemblée Nationale

Depuis la loi Marthe Richard en 1946, la France vivait assise entre deux chaises sur la question de la prostitution. Cette loi abolissait le régime de la prostitution réglementée en France,  et imposait la fermeture des maisons closes si mal nommées « maisons de tolérance », laissant les filles de joie (encore une expression mal choisie) aux mains des proxénètes et trafiquants internationaux. Sans pénalisation, impossible de traquer les marchands de corps humains, ni les clients, principaux principaux personnages de l’histoire.

La loi de 2007 sur le racolage passif poussa encore un peu plus les prostituées sur les chemins mal éclairés, loin des regards de la police, tout en les considérant comme délinquantes.

La loi qui a été votée hier et qui est historique, ramène les prostituées au rang de victimes, ce qui est malheureusement vrai dans la grand majorité des cas et met en place des dispositifs de protection et de réinsertion. Le délinquant devient le client, avec 1 500 € d’amende. Motif : avoir voulu acheter le corps d’autrui.

Cette loi est historique car elle remet en cause toutes les idées préconçues sur « le plus vieux métier du monde ». En leur temps, le vote des femmes ou l’abolition de l’esclavage ont suscité tout autant de réactions du type « Le monde est ainsi et restera ainsi ». Il est très difficile de changer de pensée, dans un monde dominé par les archétypes ancestraux et transmis par porosité de génération en génération. Le vol a toujours existé également, mais il n’est venu à l’idée de personne de le légaliser, puisqu’on ne pouvait l’empêcher.

Au nom de la liberté, on ne réfléchit plus forcément aux vrais motifs d’un système prostitueur qui tourne au trafic d’êtres humains, en France comme à l’étranger. Le vrai motif, au fond, est bien l’argent et c’est toujours compliqué de l’admettre. Une femme ou un homme qui vend son corps, le fait pour de l’argent, pas pour le plaisir. Il n’est que de lire les centaines de témoignages d’anciennes ou actuelles prostituées (témoignages sur Abolition 2012  et sur le blog du collectif) pour comprendre les conséquences sanitaires et psychiques.

Selon le Dr Muriel Salmona, » 60 à 80% des prostituées ont des troubles psychotraumatiques entraînant de lourdes conséquences sur leur santé physique, psychique et sexuelles, les obligeant faute de soins appropriés à devoir composer avec une mémoire traumatique qui leur fait revivre toutes les situations les plus traumatisantes et à recourir à des mécanismes de défense et des stratégies de survie anesthésiants coûteux entraînant des processus de dissociation et de décorporalisation : dissociation psychique entre la personnalité prostituée et la personnalité « privée » de la personne prostituée, dissociation physique avec des troubles de la sensibilité corporelle et sensorielle: hypoesthésie, anesthésie, seuil de tolérance à la douleur élevé. »

La vraie question est celle du corps, à qui appartient-il et peut-on en faire une marchandise comme les autres ? C’est aussi le fil conducteur dans le débat sur la GPA (Gestation Pour Autrui). Lorsqu’on parle de vente d’organes, le consensus est plus important sur la question éthique : « Cela ne se fait pas ».

Et pourtant, l’impérieuse nécessité financière est bien la même et les trafics tout aussi odieux. La question est de savoir quelle acceptation nous avons de la violence et comment nous la définissons.

Parlons du plaisir aussi, qui ne peut être que partagé, dans une relation sexuelle. Or qui peut prétendre, avec 100 passes par jour pour certaines prostituées victimes des proxénètes, être dans le plaisir ?

Ce 4 décembre 2013, les députés, dans leur grande majorité, ont estimé que notre société moderne devait condamner cette forme ancestrale de violence qu’est l’achat d’actes sexuels.

Circulez, le corps des femmes n’est plus à vendre…

Christèle

Pour aller plus loin :

Philippe Granarolo, philosophe : http://www.partagider.fr/public/PDF/2012/Colloque/1-Intro-Intervention-Granarolo-au-nom-de-la-liberte.pdf

Muriel Salmona Médecin psychiatre : http://www.partagider.fr/public/PDF/2012/Colloque/1-Intro-Intervention-Salmona-violence-traumatisantes-dissociantes.pdf

http://www.partagider.fr/public/PDF/2012/Colloque/Intro-Salmona-Pour-mieux-penser-la-prostitution-quelques-outils-et-quelques-chiffres.pdf

Claudine Legardinier, journaliste http://www.partagider.fr/public/PDF/2012/Colloque/2-table-ronde-Intervention-Legardinier.pdf

Le point de vue des hommes, Pierre-Yves Ginet, photojournaliste http://www.partagider.fr/public/PDF/2012/Colloque/1-table-ronde-Intervention-Ginet-la-necessaire-responsabilisation-des-clients.pdf

Prostitution-les-feministes-manifestent-pour-dire-non_visuel_article2

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