Moutons de Panurge ?

« Panurge sans aultre chose dire jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons crians et bellant en pareille intonation commencerent soy jecter et saulter en mer aprés à la file. La foulle estoit à qui premier y saulteroit aprés leur compaignon. » — Extrait du Quart Livre, chapitre VIII, de François Rabelais

L’homme moderne a bel et bien conservé cet instinct grégaire. Dernier en date, l’actuel Premier Ministre Britannique qui s’époumonne à conjurer le « mauvais sort » (ce n’est qu’un point de vue) qui s’abat sur l’Europe. A l’heure où les Etats-Unis ont semble-t-il « repris la main » en matière de développement économique. Dans « Miroir aux alouettes » nous évoquions l’extraordinaire, l’effroyable essor de la production de gaz de schiste outre-Atlantique porté par la pensée unique de Washington, le goût naïf des « quick fixes » de nos amis Américains  incapables de penser hors-cadre dès lors qu’il faut décider au niveau fédéral mais excellents en coups de poker. Lire et relire La fin du courage !

Cette fois-ci, nos voisins grands bretons ont attrapé la même affection cyclothymique (ou bipolaire) que nous autres au sujet du financement de la production d’énergie renouvelable. Que pour bien balayer devant notre porte française, on se rappelle de la valse-hésitation au sujet du tarif de rachat de l’éclectricité photovoltaïque. Cette fois-ci c’est le soutien financier à la filière éolienne « off-shore » qui est dans le collimateur du législateur britannique. Les investisseurs commencent à réviser à la baisse leurs ambitions en matière de renouvelable. Rappelons que nos voisins d’outre-Manche sont leader mondiaux avec 3 giga-watts installés (zéro pointé à ce jour en France, alors que nous disposons de la deuxième plus grande façade maritime au monde). Rappelons aussi que la Grande-Bretagne a toujours pris ses distances vis-à-vis de Bruxelles et a toujours eu une oreille très attentive envers les Etats-Unis.

Moutons

Jean-Marc Jancovici nous rappelle que le gaz rejette moins de polluants locaux que le pétrole et le charbon, et nettement moins de CO2. A l’heure où l’Allemagne, autre grand voisin d’Europe bat des records d’émission de CO2 suite au recours accru de charbon (substitut temporaire de l’uranium), tout citoyen responsable devrait se poser la question de ces nouveaux modes de production. Le calcul d’Angela ou celui de David : qui a raison ?? En fait, à l’heure du lent épuisement du pétrole pas cher et à l’heure où l’indépendance énergétique est présentée comme primordiale, par facilité on commence d’abord par « râcler les fonds de tiroirs ». D’où l’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels dans des conditions de plus en plus complexes. Il suffisait d’y penser pour continuer à se reposer sur ses lauriers énergétiques pendant encore de nombreuses décennies. Dormez tranquilles, le « pouvoir » s’occupe de tout !

Les effets de l’exploitation des sables (notez la pirouette marketing, délaissant le terme « boues ») bitumineux ont déjà été montrées du doigt, notamment au Canada (Alberta). Déjà des populations locales tombent malades (on aurait oublié de leur dire de ne plus boire d’eau, de ne plus arroser leurs légumes ?) Sans parler de la faune dont apparemment tout le monde se moque. Dès la fin de l’exploitation, quid du devenir de ces terres, qui paiera, qui dépolluera si tant est que ce soit possible ? Même question pour les gaz de schiste, où les dégâts seront moins visibles extérieurement mais tout aussi graves (nappes phréatiques polluées). En aval, le remède miracle pour continuer à brûler ce que la nature a mis des millions d’années à nous laisser dans son sous-sol, devait être la séquestration du CO2. Personne aujourd’hui ne peut garantir qu’un jour on y arrivera. Lubie techno-optimiste ? Veuillez encore patienter, braves gens. Au pire on refilera le bébé aux générations suivantes. C’est tentant, non ? Et puis en période dite de crise, tous les coups sont semble-t-il permis. Plus facile de faire avaler à peu près n’importe quoi aux électeurs en détresse.

Laurent

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2 réflexions sur “Moutons de Panurge ?

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