Chacun chez soi et les moutons…

seront bien gardés ! Cette expression, relayée par Jean-Michel Deshaires dans l’Impromptu d’Alger, renvoie à une certaine protection de nos vies privées.  L’expression évoque l’idée que dans nos rapports sociaux, nous devrions respecter l’altérité et maintenir une certaines distance avec autrui. Ce principe du « chacun chez soi » connaît de nombreuses déclinaisons. Dans la sphère économique, c’est le postulat dominant aujourd’hui, celui de la propriété privée. Un postulat du « chacun chez soi » qu’osent remettre en cause certains altermondialistes, partisans de l’économie du partage et du « bien commun ».

Rappelons que ce « chacun chez soi » a connu son heure de gloire en Angleterre autour du XIVème siècle, lorsque les enclosures ont matérialisé la fin des communaux et le basculement à la propriété privée, avec soit des barrières soit des haies en guise de délimitation. Ces enclosures auront conduit à un enrichissement des riches propriétaires fonciers aux dépens d’une grande partie de la population, conduisant à des révoltes.

Le « chacun chez soi » prend une tournure très actuelle si l’on considère l’interconnexion extrême de nos économies mondialisées. Aujourd’hui on ne parle plus tout à fait de « chacun chez soi » mais on peut, par exemple, évoquer l’indépendance énergétique ou l’autonomie alimentaire. Ces deux concepts restent pour le moment des vœux pieux. Et pourtant, la vieille sagesse populaire du « chacun chez soi » conserve toute sa force, à l’heure de ladite « transition énergétique » ou du mouvement « locavore ».

Plus actuel encore – si l’on s’en tient à l’ordre du jour décidé par les grands médias – revoilà le serpent de mer des migrants et cette pulsion nationaliste et sécuritaire qui touche une grande partie de l’Europe, d’Est en Ouest. Un « chacun chez soi » assez peu compatible avec la notion, au sens large, de libre-échange et de liberté de mouvement. C’est un peu comme si l’on était tous des libéraux quand ça nous arrange, et beaucoup moins libéraux quand ça nous dérange !

Comme l’écrit Jean-Michel Deshaires : « On se parle, on échange des bonjours et des Salem Aleikoum, on tape cinq, on rigole parfois, mais sinon, chacun chez soi, et les moutons seront bien gardés.« 

Laurent

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