Eloge du courage

La fin du courage : c’est le titre d’un livre de Cynthia Fleuri. « Pas facile d’être courageux quand on risque de perdre son boulot ».
Savoir dire « non ».

La philosophe en appelle à l’action. Car toute action dans la société civile, tout élan citoyen développe le courage.

Philippe Bloch, dans « Ne me dites plus jamais bon courage« , « Lexique anti-déprime à l’usage immédiat des français » nous propose une révolution par les mots. Selon lui, la façon dont on s’exprime spontanément au quotidien en dit long sur notre état d’esprit : nos peurs, nos résignations, nos blocages. Au sommaire : le projet contre la résignation, l’ambition contre la médiocrité (un « petit » café, une « petite » réunion…), la confiance vs. le défaitisme (« le problème, c’est que… »), l’audace vs. la peur. « Pourvu qu’il ne m’arrive rien aujourd’hui ».

On n’a pas fini d’enterrer la France (comme Newsweek dernièrement). Mais le mal-être social n’est pas une exception française ! Et si notre peuple était simplement plus sensible aux affres de l’après-2008 ? Le déni d’une époque révolue, l’illusion d’une société où tout serait dû (droits sans devoirs), de confort et de sécurité, de parti pris pour le moindre effort. Paradoxe d’une nation à la fois protégée par l’Etat-Providence, en perte de sens et allergique à la médiocrité offerte par cette mondialisation… Qui se souvient de l’époque où il fallait attendre pour acheter un service ou un produit ? Qui se souvient des cassettes audio ou vidéo qu’il fallait rembobiner, des films qui mettaient des mois après leur sortie en salle avant d’être disponibles à l’achat ?

Pire encore, à l’heure du règne à répétition des célébrités (footballeurs, stars en tout genre) et du culte de la richesse sans effort. Le talent « bankable » est surmédiatisé et suffit à nous distraire. Mais à quel prix ? Peut-être bien au prix de l’illusion d’une vie sans efforts ? Le courage est marginalisé. En dehors de la litanie de mauvaises nouvelles, seule la réussite, seuls les résultats sont exposés, surexposés en prime-time. Le zoom de la caméra est un choix quasi-politique ! Le suspense est trop souvent feint. On part du principe que le courage est ringard. Seul le résultat final intéresse vraiment
le téléspectateur en manque lui-même de réussite…

Alexandre Jardin, avec la hauteur de vue et le romantisme qui le caractérise, fait l’éloge du courage politique et du courage tout court. De ses « trois zèbres« , le plus improbable et le plus vaillant n’est-il pas son « Charles » ? De Gaulle et sa capacité à dominer le réel, à l’heure où la plupart des français faisait l’autruche et où une certaine élite faisait semblant de gouverner. Cela vous rappelle-t-il une époque récente ? D’après A.J. n’y arrivent pas tous ceux qui vivent à la surface de leur vanité. La force du discours est célébrée. Le « narrative » cher à J. Rifkin (La troisième révolution industrielle) et la force des mots comme Philippe Bloch l’a si bien synthétisée à son tour. Charles « s’interdit de ruminer le déjà pensé, d’envisager le déjà tenté ». Il pense en dehors du cadre. Prend sans hésitation des « chemins de traverse doctrinaux ». Ancien élève indomptable de l’école supérieure militaire, sa vie reste un éloge de la désobéissance !

On associe souvent au progrès technique, au plan des individus, l’amélioration du confort, la baisse de la pénibilité. Argument de poids déjà pendant les Trente Glorieuses, au rayon réfrigérateur, petit électroménager. Lorsque l’individu lambda embrassa la modernité en basculant des « petites » courses quasi-quotidiennes à la boutique du coin de sa rue aux grosses courses hebdomadaires dans un super ou hypermarché de banlieue, à grands renforts d’automobile. Gain de temps et simplification du quotidien. Idem pour le téléphone portable, Internet fixe puis mobile, les tablettes aujourd’hui, les lunettes et autres montres et voitures intelligentes demain. Enterré le sens de l’effort (à quoi ça sert ?) Disparu à jamais le goût de l’effort et la vertu du courage ?

Des élites voyant le bout du tunnel « post-crise » nous disent qu’il n’y a qu’à (faut qu’on)… adopter telle ou telle nouvelle technologie (et le cadre juridique ad hoc) et nos problèmes disparaîtront. Vision idéaliste, assistée, trop simple pour être vraie. Simpliste car la technologie n’a jamais été une panacée. Et avant l’adoption massive de tel ou tel nouvel équipement, nouvelle manière de vivre (communiquer, se déplacer, s’éclairer, se chauffer, etc.) encore faut-il remporter l’adhésion sociale. Vision assistée à contre-courant de l’intelligence actuelle, collective et partagée. A l’heure où l’autorité manque, il va falloir faire preuve de pédagogie, négocier plutôt qu’imposer le changement. Et écouter le terrain au sens propre et figuré !

Vendre les efforts nécessaires. Montrer l’exemple, expérimenter. Avec courage et détermination. La résistance au changement est souvent énorme, souvent sous-évaluée. La peur des systèmes centralisés complexes et autres usines à gaz reste légitime. Certes la société a plutôt bien digéré la modernité. Au pays du Minitel, l’adoption d’Internet, symbole moderne, ne fait plus de doute. Mais le fossé à franchir est bien plus grand tant des pans entiers de nos habitudes semblent remis en question. Pour arracher la société de son inertie consumériste (habitudes de transports, de consommation alimentaire, d’habitation, etc.) il va falloir convaincre les masses de réaliser des efforts de prime abord pharaoniques. Dans la joie ou la douleur. De façon romantique et révolutionnaire ou par la méthode des petits pas ? Comment développer le sens de l’effort contre le déni ambiant, contre le refus de responsabilité, le fatalisme, contre l’individualisme, contre le dogme égocentrique de la liberté ?

L’éducation revient sur le devant de la scène. Et pour les moins jeunes, une rééducation est possible. Existe-t-il une Ecole Supérieure de l’Effort ? Toute forme d’activité physique ou intellectuelle qui demanderait un minimum d’engagement fera très bien l’affaire ! A l’exemple du scoutisme, ou des sports aux efforts longs, qui développent l’endurance. A l’exemple des activités culturelles ou artistiques (musique, chant, danse, etc.) qui exigent un engagement sincère et un minimum de courage pour réussir, au-delà du talent. A condition de ne pas s’éparpiller, ne pas confondre quantité et qualité. De belles leçons de courage et à la clé, tant de joie et de satisfaction pour soi et pour autrui !

Laurent

« La fin du courage », de Cynthia Fleury
« Mes trois zèbres », d’Alexandre Jardin
« Ne me dîtes plus jamais bon courage », de Philippe Bloch
« La troisième révolution industrielle », de Jeremy Rifkin

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4 réflexions sur “Eloge du courage

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