Hippocrate

Vous rêvez d’être médecin ? Courez voir sans tarder cet ovni cinématographique appelé en toute simplicité « Hippocrate ».

Thomas Lilti, le réalisateur du film, connaît bien son sujet, et pour cause, il est lui-même médecin. Loin des séries Urgences ou Dr House, (humour décalé qui fait regarder un épisode aux infirmiers dans le film, sur le site de l’hôpital), il restitue avec des scènes criantes de vérité le quotidien d’un service de médecine interne à l’hôpital.

Hippocrate

La réussite du film tient au talent de Vincent Lacoste, qui incarne Benjamin, interne de 23 ans, en stage dans le service de son père (interprété par Jacques Gamblin). Beaucoup de plans adoptent son regard, le mouvement de son corps encore mal dégrossi d’adolescent, confronté soudain à la vérité du médecin : la violence de la mort.

Tout sonne juste dans ce film : le terrible manque de moyens, l’électro-cardiogramme en panne, la solitude et la pression mise sur les jeunes internes qui finissent par compenser les carences d’un système tout entier, les infirmières, loyales, dévouées, compétentes, mais qui ne peuvent pas être décisionnaires lorsqu’il s’agit de trancher des questions de vie ou de mort. Le réalisateur restitue la fatigue des gardes interminables, sans aucune aide d’un hiérarchique, les soirées folles des étudiants qui veulent tout oublier et le bizutage au sein d’un groupe qui finalement, garde une belle solidarité, même dans le jeu des valeurs et de la passion qu’il faut mettre dans leur profession de médecin.

« Médecin, c’est pas un métier ! » dit Abdel, médecin étranger confronté au maelstrom administratif Français, qui l’oblige à repasser son internat et d’hypothétiques équivalences. Médecin, c’est bien plus que ça, tel qu’il le démontrera à Benjamin, en se confrontant à la fin de vie.

A ceux qui disent que la loi Léonetti est suffisante, ou qu’en tout cas, il ne manque que les conditions techniques et humaines, pour la mettre en oeuvre, le réalisateur oppose la réalité, bien connue des services de réanimation : est-ce qu’on a vraiment le temps quand un patient fait un arrêt cardiaque, et qu’on vient de prendre sa garde, d’ouvrir son dossier et de lire les 24 pages, pour découvrir au détour d’un paragraphe que le patient ne souhaite pas être réanimé ? De réunir un collectif de médecins pour décider de la conduite à suivre ? Une fois le patient intubé, la loi Léonetti recule à pas feutrés, difficilement applicable et ne reste plus que l’euthanasie, interdite en France.

Le film repose les questions essentielles, sous le regard de Benjamin, encombré par sa lourde chevelure en bataille, qui lui tombe sur les yeux . Qu’est-ce que vivre ? Est-ce être accroché à une sonde douloureuse, alors qu’on est en fin de vie ? Quel niveau de souffrance peut-on supporter ? Et surtout, que peut-on faire quand les règles administratives vont à l’encontre de la plus élémentaires de fonctions du médecin : l’écoute et la prise en compte de la douleur, prendre soin de son patient et lui apporter du bien-être.

hippocrate 2x

Notre jeune interne est également confronté aux familles. Il faut être à la fois psychologue et persuasif, savoir les guider vers la bonne décision pour le patient, ou tout simplement, accepter ce qui peut difficilement l’être.

Qui a connu la fin de vie en hôpital pour des proches, se reconnaîtra sans peine dans les portraits dressés par « Hippocrate ».

Où l’on apprend aussi, qu’être médecin, c’est devenir un homme ou une femme adulte, pétris de contradictions. D’échecs en expériences, ces internes apprennent à devenir des médecins.

Mention spéciale à Reda Kateb, incarnant un médecin Algérien, obligé de repasser par le tamis de l’internat, pour essayer de décrocher une équivalence. Puriste, il ne conçoit pas son métier sans la prise en compte de son patient dans se globalité.

Il décide aussi, comme la main de Dieu… de prendre la vie. Émouvante vieille dame qui lui demande expressément, avant le début, de ne pas s’acharner.

Allez vite voir ce film, original et vrai, bien loin des stéréotypes trop souvent utilisés dans le cinéma.

Bonne séance !

Christèle

Pour aller plus loin :

Loi Léonetti : http://sante.lefigaro.fr/social/sante-publique/euthanasie/que-dit-precisement-loi-leonetti

http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl04-090.html

Bande annonce du film : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=216480.html

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