Accélérateur de conflit

Au café du commerce ou auprès de quelques politiciens peu scrupuleux, on a l’habitude d’entendre des affirmations toutes faites. Sur un air populaire de « y a qu’à, faut qu’on ». Avec son cortège d’explications simplistes de l’actualité. Tétanisant les masses par la peur qu’ils véhiculent, les média font leurs gros titres sur de nombreux conflits dans le monde. Si possible armés et sanglants. Soit ! Il nous a paru utile de rappeler que les causes de ces conflits sont nombreuses, « multifactorielles » comme souvent les scientifiques. N’en déplaise à notre culture manichéenne. Alors nous pouvons distinguer :
– la politique interne (changement de gouvernement, de législation)
– les relations internationales (conséquences dans le pays de désaccords avec ses voisins, pressions extérieures)
– les problèmes économiques durables qui font monter la tension dans le pays
– les tensions religieuses, d’où une montée de l’intolérance (fanatisme, radicalisation…)

Prenons deux exemples, l’un au Proche-Orient, l’autre en Afrique. En Syrie d’abord, un conflit innommable. S’agit-il d’une nouvelle guerre de religion, d’un chaos politique et social, d’une tragédie humanitaire ? D’une déferlante terroriste ? Ou encore assiste-t-on, à la fois juge et partie, à un effet collatéral de l’ingérence occidentale (après l’Afghanistan, l’Iraq, etc.)? Sans oublier les intérêts divergents de l’Iran d’un côté et des pays du Golfe de l’autre. D’où de sombres circuits financiers pour alimenter le conflit.

Place ensuite au Nigéria. Ce pays a longtemps été présenté avec moults superlatifs liés à sa population (synonyme de marché potentiel important) ou à ses réserves de pétrole (synonyme de placement attractif pour les compagnies pétrolières). Jusqu’à la « douche froide » apportée par la vague terroriste (Boko Haram) qui sévit dans le Nord du pays. Comment cela a-t-il été rendu possible ? Suivant quel plan d’action ou quel laisser-faire ? Même question pour la Syrie, dont l’actuel président fut invité quatre fois à l’Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy, dont un 14 Juillet.

Dans le cas nigérian comme dans le cas syrien, des accélérateurs de conflit se sont immiscés, contre toute attente. Bien sûr l’on pourrait revenir sur la politique d’aménagement (s’il en est) du territoire de ces deux pays. Bien sûr le Sud du Nigéria, grâce ou à cause du pétrole, a été privilégié et favorisé par rapport aux régions du Nord, à l’abandon. Aux Etats-Unis, pays soi-disant climato-sceptique, le Pentagon a qualifé les caprices du climat de « conflict multiplier ». Autrement dit l’accélération de la désertification, les sécheresses à répétition de ces dix ou vingt dernières années, augmentent mécaniquement les problèmes économiques et sociaux ! D’où en Syrie un afflux massif de populations rurales vers les villes. Ce qui aurait causé un vaste problème d’accès aux ressources, de chômage et de pauvreté. A hauteur de deux à trois millions d’habitants ! Dans ce contexte, il est plus aisé de comprendre l’ampleur du désastre humanitaire syrien auquel les média font désormais allusion aux heures de grande écoute.

Au-delà de la question climatique, l’on peut se demander quel est l’effet des pratiques des entreprises étrangères, en particulier occidentales, sur l’état local des ressources (alimentation, eau, énergie, etc.) Qu’il s’agisse de la consommation en eau et des efforts de dépollution de tel ou tel industriel, ou encore des choix d’approvisionnement en matières premières agricoles. Comme le rappelle Kaveri Marathe, du cabinet de conseil Xyntheo, on ne peut pas décemment rendre responsable un seul gouvernement, en mode « bouc émissaire » sans établir, en parallèle, la part de responsabilité des autres états ainsi que celle de la sphère économique impliquée localement. A l’instar des investisseurs étrangers et de leurs plus ou moins bonnes pratiques au plan industriel !

Qu’il est difficile de voir ces accélérateurs de conflit, à l’heure de l’information court-termiste, du poids des images en instantané. En mode « urgence », laissant sa rationnalité au vestiaire, notre société croit aller à l’essentiel, efficacité oblige. Quitte à prendre des raccourcis un peu maladroits, voire illusoires (les mêmes « y a qu’à, faut qu’on » que tout à l’heure). A longueur d’année, on va préférer se focaliser sur un problème à la fois, croyant qu’il n’existe qu’un seul « coupable », à la recherche illusoire d’une solution unique. Tant que cette approche simpliste et naïve sera privilégiée, les hommes – sur la durée – resteront débordés par l’ampleur du phénomène (qu’il s’agisse de migrations massives ou d’autres types de difficultés), faute de réussir à canaliser l’ensemble des « causes racines ».

Laurent

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