Lâcher de chauve-souris !

L’Express, qui n’est pas en reste pour manier l’art de l’accroche journalistique, a lâché le chiffre d’un milliard de dollars d’économies dans les champs de maïs. Le nom de ces généreux bienfaiteurs ? Les chauve-souris !

Rappelons que les États-Unis sont devenus en quelques décennies les champions du monde de l’agriculture productiviste, privilégiant la quantité à la qualité et basée sur de grandes exploitations (taille moyenne : 176 hectares, contre en 55 France). Rappelons aussi le leadership incontesté des États-Unis dans le domaine de la malbouffe, de l’obésité et autres fléaux sanitaires. Certes, à force de mondialisation culturelle et économique, ce triste leadership américain est de plus en plus contesté. Mais le rêve américain, qui ne veut pas croire à sa fin, continue d’encenser la sacro-sainte technologie et la recherche scientifique de très haut vol, avec ses applications dans le spatial, le numérique ou encore des biotechnologies. Et franchit allègrement le cap de la privatisation du vivant. Comme si au fond les procédés anciens – basés sur le partage et sur des savoir-faire millénaires – étaient forcément jugés inefficaces et dépassés.

chauve_sourisOù sont donc passées les connaissances de base sur la biologie ? Quid de nos connaissances du vivant, et notamment de la chaîne alimentaire ? Des chercheurs américains ont laissé de côté la manipulation génétique et les intrants chimiques évaluer l’action d’un animal dont l’image est restée très sombre dans nos sociétés aseptisées et éloignées du « monde du vivant ». Le commun des mortels, qui associe la chauve-souris au mieux à Batman, au pire à la sorcellerie et au virus Ebola, restera naïvement surpris et perplexe par ce « come-back » de ce petit rongeur volant.

Voilà qui nous ramène aux « services rendus » de la biodiversité, laquelle biodiversité a pris quelques claques depuis plus d’un demi-siècle de l’Alabama à l’Oregon et de la Californie au Maine. Au fond on le sait bien, partout dans le monde l’agriculteur, juché sur son tracteur depuis la « révolution verte », a pris l’habitude d’écouter davantage ses conseillers en agronomie et autres fournisseurs d’intrants, toujours prompts à leur prescrire un nouveau « remède miracle », que d’observer et écouter la nature et l’alchimie secrète qui relie le sol, le végétal et l’animal. Faire du neuf avec du vieux, voilà ni plus ni moins ce que s’aventurent à faire certains agriculteurs américains. Et tant mieux si cela peut permettre quelques économies ! Car l’agro-industrie est autant responsable de problèmes environnementaux (dont les premières victimes sont les agriculteurs eux-mêmes) que de problèmes économiques liés à l’endettement des exploitants pour « suivre le rythme ». Leurs fournisseurs et donneurs d’ordres doivent regarder de près cette nouvelle aventure agricole. En tout cas, souhaitons bonne chance à ces agriculteurs dans leurs expérimentations. Mais aussi une bonne dose de patience, de ténacité et de « bon sens paysan » !

Laurent

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