Les Rêveurs, d’Isabelle Carré

Lire un roman n’est pas toujours ce qu’il y a de plus naturel. Il arrive que l’on préfère à la lecture de romans celle de livres plus utilitaires. Des ouvrages plus proches d’une interrogation professionnelle ou d’un questionnement personnel. Et puis sous les conseils d’autrui on finit par se laisse tenter. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un nouveau roman !

Celui de l’actrice Isabelle Carré en fait partie. D’abord parce que c’est son premier roman. L’actrice caméléon, qui a joué les ingénues, les femmes-fatales, les demi-folles ou encore les épouses complexes, a semble-t-il totalement ôté son masque. Le récit très autobiographique des Rêveurs donne le tournis à maintes reprises. Tout d’abord il y a cet ensemble de révélations, de secrets de famille insoupçonnés. Il y a ces nombreux incidents de vie, côté père ou côté mère. Il y a tout ce qui a touché pour de vrai l’actrice bien avant qu’elle ne devienne une célébrité, tant au cinéma qu’au théâtre.

Ensuite il y a la structure de ce roman, un plan chaotique qui reflète une existence si cahoteuse, qui ne peut suivre une ligne purement chronologique. Cette construction si personnelle donne le tournis, déboussole. C’est le tourbillon d’une vie de rêveurs. Une vie qui virevolte, qui ne suit aucune ligne droite. Mais une vie dont on ne connaît jamais vraiment les limites, entre la fiction et la réalité.

« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »

Isabelle Carré semble rejouer se propre mise en scène. L’écriture est si fluide et si riche qu’on a l’impression que le jeu de chaque acteur est parfait, dès la première prise. L’actrice-romancière nous entraîne dans tous les recoins de sa vie, entre l’aristocratie vendéenne et le monde du design parisien. Des parents qui planent, des enfants-rêveurs aussi. La petite enfance en vol plané, moyennant une chute de deux étages, à l’âge de trois ans. Et puis l’adolescence, cet envol difficile vers l’âge adulte, comme elle nous le rappelle, avec son séjour en hôpital psychiatrique.

Les Rêveurs

 

L’enchevêtrement entre vie rêvée et vie réelle, entre fiction et réalité, finit par effacer toute frontière entre la pure imagination et l’existence. A la fin de son premier roman, Isabelle Carré publie des extraits de son journal intime. C’est la fin du livre, mais avant cela, on comprend que c’est la fin du roman et l’apogée de l’autobiographie. Mais le lecteur complice y a été préparé, plus rien ne l’étonne. On comprend mieux, dès lors, que ce roman puisse être l’œuvre de toute une vie. Un acte prémédité.

Laurent

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