La grande fièvre indienne

La route des Indes, version 1492, fait écho à d’autres épopées humaines. Celles, par voie terrestre, des invasions mongoles et des routes de la Soie. Ou d’autres conquêtes restées un peu dans l’ombre du voyageur de commerce italien, chez les Vikings ou les lointains Mélanésiens.

Chacun sait que Christophe Colomb, vénéré comme héros européen autant que haï (question de point de vue) comme premier de cordée d’une vaste expédition meurtrière, n’était pas qu’un simple aventurier. Certes il avait le goût du voyage et de l’exploration. Et probablement certaines compétences en voile au grand large. Mais le marin génois au sens de l’orientation discutable – cap sur l’Inde mais naufrage en Amérique, apparemment à l’insu de son plein gré – avait bien le sens du commerce…

A l’époque, à la cour des grands de ce monde, en Angleterre, en France, en Italie ou aux Pays-Bas, la mode était au faste, au luxe original et à l’extravagance. Et ce jusque dans les assiettes royales ou ducales tout comme chez les banquiers et chez les fortunés commerçants. Les épices, denrées spéciales (de species en latin), étaient convoitées depuis tout le Moyen-Âge. Et nos voisins du monde arabe avaient une longueur d’avance.

Pour des raisons évidemment climatiques, seule l’Afrique, l’Asie du Sud ou encore l’Amérique subtropicale pouvaient fournir ces denrées spéciales. Ces arômes exotiques, parfois brûlants, souvent entêtants par leur simple odeur. Ainsi donc l’Europe avait-elle déjà l’ivresse des épices. Et un appétit commercial grandissant pour assouvir cette soif de nouveauté. Et l’Europe de s’organiser pour mettre la main sur des sources d’approvisionnement aux quatre coins du monde. Avec les moyens de l’époque : à voile et à cheval !

La découverte de l’Amérique, faute de rejoindre les Indes, n’est qu’un clin d’œil de la grande course de l’histoire. La fièvre de l’Inde est une grande ruée vers l’or, un or végétal. Des écorces envoûtantes (cannelle), des graines (fenouil, coriandre), des feuilles (thé, aneth), des bulbes (oignon, gingembre) et des fleurs (safran, clou de girofle) aux effluves volatiles. La fièvre des épices, c’est une quête accessoire mais essentielle, liée à des envies d’ailleurs, des croyances dans la magie de certaines substances.

Un arc-en-ciel si l’on s’en tient à la palette de couleurs. Une explosion gustative, si l’on goûte à la force du poivre, du piment ou du gingembre. Un ravissement olfactif, que nous renvoie la vanille ou la cannelle pour ne citer que ces deux épices. Christophe Colomb ne ramènera de son épopée de 1492 que du piment. Et c’est un certain Vasco de Gama qui réussira sa longue traversée vers l’Est et atteindra la « côte des épices » de Malabar, en 1498.

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