Petits arrangements historiques

Pierre Miquel a écrit en 2002 Les mensonges de l’Histoire.

Le mensonge comme instrument du pouvoir. Le mensonge au service de la quête du pouvoir, au service des conquêtes. Les guerres, les croisades, les chasses aux sorcières… Le mensonge et la violence de la vie publique.

Le travestissement de la réalité historique constitue la planche de salut de l’immoral. Si un gouvernement se contentait d’agir strictement pour le bien et pour l’intérêt général, il serait alors facile d’imaginer le peu d’intérêt à recourir au mensonge, auprès des concitoyens. Mais nous sommes bien loin d’un tel monde idéal !

Si aujourd’hui le nihilisme et la cancel culture essaient cherchent à réécrire le passé, à brouiller les pistes en révisant les récits habituels, Pierre Miquel de son côté s’est contenté de revenir sur les faits marquants des grandes intrigues depuis le Moyen-Âge jusqu’à la Deuxième guerre mondiale. Il revient ainsi sur les épisodes des croisades et l’instrumentalisation de la religion au service du pouvoir séculier. Il nous éclaire aussi sur le halo protecteur autour de Jeanne d’Arc suivi de sa disqualification en règles, faisant passer la Pucelle d’Orléans du statut d’héroïne à celui de paria. L’historien nous révèle le poids du mensonge et de son corollaire la propagande au temps de l’Inquisition. Sans oublier la folie informationnelle et la manipulation de la rumeur, au cœur de la Révolution française.

Souvent il est question des rapports ambigus entre pouvoir politique, séculaire, et pouvoir religieux, mais aussi des rivalités et des tensions entre les affaires locales, nationales et internationales, à commencer par la papauté et donc la toile de fond chrétienne et européenne.

De tous les temps et en toutes circonstances, en période de paix comme en période de guerre, le mensonge est une pratique régulière des chefs politiques, militaires ou religieux. L’humain est un grand créatif. De grands scénaristes de la vie publique ont joué avec l’opinion populaire ainsi qu’avec les courtisans, aux portes du pouvoir…

Les mensonges revêtent différents visages : l’omission, le silence, l’illusion. Qu’il s’agisse de cautionner les croisades, de préparer l’opinion publique à l’Inquisition ou encore de disqualifier Jeanne d’Arc. Qu’il s’agisse encore de protéger tel roi ou telle reine, tel président ou tel ministre. Le mensonge n’est jamais à bout de souffle. Il entre en scène à chaque tension, chaque conflit. Le mensonge n’appartient à aucune époque, aucune régime politique particulier, aucune croyance religieuse spécifique.

De tout temps les gouvernants ont joué avec le peuple comme des parents jouant avec la crédulité de leurs enfants. Pour leur faire croire à la version des faits qui les arrange. Pour faire prendre des vessies pour des lanternes ou pour faire avaler des couleuvres – qu’on se souvienne juste de l’affaire Dreyfus et de la compromission de la presse écrite mainstream de l’époque !

L’Histoire est truffée de mensonges au nom de la raison d’État, qu’il serait préférable de nommer « déraison d’État » !

Cette propension d’une élite à mépriser ses ouailles en jouant avec l’information ne date donc pas d’hier ! La propension institutionnelle à jongler avec le mensonge pose d’évidents problèmes. Et que l’on ne s’étonne pas des coups de colère citoyens d’une part, et des phénomènes complotistes d’autres part.

Un mensonge qui dure trop longtemps finit ou finira toujours par éclater. Certains parlent d’effet Dracula, d’autres évoquent des dossiers déclassés ou encore des aveux de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Place alors au scandale, à l’affaire, au fiasco. Après les mensonges et les secrets d’État, vient le temps des révélations. Et puis le temps de l’oubli semble faire son œuvre. Fatalement ? Ce serait sans compter sur l’acharnement passionné des historiens et de leurs lecteurs.

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