L’heure de Vérité

Heure de vérité

C’était la grand messe politique des années 1980-90, une émission de « fond ». Mais c’était avant Internet, les smartphones et autres tablettes ! C’était avant l’accélération et la mondialisation, avant un certain repli sur soi et avant la montée progressive des extrémismes « qui soulagent ». Nos cerveaux étaient plus disponibles qu’aujourd’hui et le monde plus simple à comprendre pour tout un chacun !

Cherchant à discuter de la performance d’un mandat électoral, si on pousse un peu trop le bouchon, on devrait nous rétorquer que « la critique est aisée, l’art est difficile ». Et c’est un fait que gouverner en 2013 est un chouïa plus compliqué qu’au début des années 1980 ou 1990 (même si tout n’était pas rose… sans jeu de mots !) Mais dans la pratique, on a très peu entendu de politiciens nous proposer de prendre leur place ! C’est que, spécialité française avec la blanquette de veau et la poule au pot, l’homo politicus tient trop à son pouvoir et à ses privilèges. [NDLR, Tout parallèle avec des situations historiques ayant réellement existées n’est que fortuit et indépendant de notre volonté.]

Le maintien en France du scrutin majoritaire à Assemblée Nationale, s’il apporte une certaine stabilité, est en fait assez peu démocratique et reflète un manque d’ouverture aux idées nouvelles ou simplement différentes de la « pensée unique ».

DEBAT PUBLIC

Existe-t-il une gêne nationale pour le débat, le vrai ? Une pudeur culturelle, un malaise non digéré suite aux excès de 1789 ? Les grèves et autres manifestations  aux quatre coins de la France sont-ils devenus le seul mode d’expression du peuple français ? un pis-aller ou au contraire, un avant-goût de révolte profonde, comme ailleurs plus au Sud de l’Europe ? Où est passé le dossier médical du malade ? Qui pour nous en parler et pour échanger sur quelles solutions de rupture, quel plan d’action, quels délais ?
On atteint le summum aujourd’hui du status-quo avec le duo UMPS !

Le divorce entre l’homme (ou la femme) de la rue et la sphère politique, en particulier parisienne (cf. le Jacobinisme), se révèle au grand jour. Une fissure sur le sol français, dont le creusement devrait inquiéter : d’une part, une large frange de la population qui reste dépassée par les événements et contenant sa colère et, d’autre part, ce que certains qualifient affectueusement d’oligarchie, qui croule sur les rapports « x y z », qui détient le savoir, mais n’a pas (encore) le courage d’agir. Les pistes à suivre sont identifiées. Mais la réforme ne vient pas.

De « Grenelle » en « Transition », de « Livre blanc » en « Table ronde » et autre « Consultation nationale » sur tous les sujets, il n’en ressort pas grand-chose. Si vous avez un problème que vous ne voulez pas régler… En attendant, les problèmes ne se sont pas évaporés ! Les unions corporatistes surgissent de tout côté avec leurs intérêts particuliers, leurs cahiers de doléances en main. Tout projet d’ensemble devient alors de plus en plus illusoire, comme nous le rappelle la crise bretonne, une « crise dans la crise » parmi d’autres…

CRISE OU CHANGEMENT ?

Les plus lucides nous prédisent que le terme galvaudé de crise est impropre à ce que nous vivons depuis déjà tant d’années. Une crise est un état de trouble grave mais passager, et comporte un retour à la normale (après traitement). Quelques commentateurs continuent d’y croire et d’annoncer le retour aux « niveaux d’avant 2008 ». Mais tout a commencé il y a pratiquement 40 ans avec le 1er choc pétrolier et la fin des 30 Glorieuses. N’a-t-on pas vu le vent tourner depuis 40 ans ? Nous étions trop occupés à espérer encore des jours meilleurs, alors que le bateau prenait l’eau de toutes parts (endettement chronique, chômage chronique et chômage massif des jeunes, montée de la violence ordinaire, développement des maladies chroniques en tout genre, etc.)

Les réformes se sont fait à d’autres niveaux, notamment européen. Le dogme libéral a vaincu, le contrôle interne a vécu. La souveraineté nationale aurait pu migrer vers une souveraineté européenne, mais on a préféré « laisser-faire » par conviction dogmatique sans doute. C’était à l’époque radicalement libérale de Reagan et de Thatcher, alors on n’allait tout de même pas rester planté là, tels les idiots du village !

Fin du contrôle des changes, perte du contrôle réel sur les mouvements migratoires ou sur les marchandises importées. Les régulateurs sont mal vus, car synonymes d’entrave à la liberté de circulation des capitaux, des marchandises et des personnes. Eh ! L’ère soviétique ça suffit ! Soit. Nous pourrions nous satisfaire d’une telle situation si seulement l’intérêt général des populations de part et d’autre de l’Europe était effectivement assurée par la « main invisible ». Ou par les « agences » spécialisées nationales ou européennes.

Au lieu de tout cela, c’est avant tout la « loi du plus fort » et le bras de fer des lobbies. Par ailleurs, le capitalisme financier n’a cure des intérêts locaux. Vive la mondialisation : les employés deviennent une variable d’ajustement. Au plan micro, évidemment tout le monde n’est pas logé à la même enseigne à l’intérieur même de l’entreprise. Il y a les employés A, les AA et les triple A. Les études montrent bien que lorsque les temps sont durs, paradoxalement ce sont les employés les moins coûteux (les A) qui trinquent le plus.

Mais arrêtons un instant d’ouspiller le vilain petit canard financier, les Etats eux-mêmes se sont laissés prendre au jeu de la concurrence internationale. Et il faut être aveugle pour constamment accuser les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde. La concurrence fiscale et sociale, biais majeur  et imperfection toxique de l’économie libérale, est avant tout le fait des pays européens eux-mêmes… Les questions qualitatives (sanitaires, environnementales) qui concernent le long terme sont par principe sous-évaluées. Après nous, le déluge.

Comme pour une entreprise (pour qui c’est une obligation légale !), chaque mandat politique, du moins présidentiel, devrait se terminer par un bilan digne de ce nom. Mais non, on évite de faire trop de vagues. Il ne faut pas ennuyer le téléspectateur qui attend sa série fétiche ! La réponse aux vraies questions de société sont souvent ignorées ou étouffées par l’actualité brûlante et sensationnelle. C’est plus efficace (et scientifiquement prouvé) pour préparer les cerveaux des téléspectateurs à la prochaine injection de messages publicitaires.

Alors dormez, dormez bien jusqu’à la prochaine élection ! A moins de tomber par hasard sur une émission genre C dans l’air, preuve que le « fond » intéresse encore. Sinon restons zen : la mascarade démocratique pourra repartir de plus belle, comme si de rien n’était…

Laurent

Voir aussi du côté de La belle endormie et du Jacobinisme chronique

Samsam

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