Existe-t-il une Nation française ?

Le monde moderne est né de la convergence de grands changements économiques, politiques et culturels. Avec toutes ses révolutions, le XIXème siècle aura vu se propager des expérimentations et des concepts nouveaux comme celui d’état-nation. D’après l’UNESCO, « l’Etat-nation est un domaine dans lequel les frontières culturelles se confondent aux frontières politiques. L’idéal de l’Etat-nation est que l’Etat incorpore les personnes d’un même socle ethnique et culturel. Cependant, la plupart des Etats sont polyethniques. Ainsi, l’Etat-nation « existerait si presque tous les membres d’une seule nation étaient organisés en un seul Etat, sans autres communautés nationales présentes. Bien que le terme soit souvent usité, de telles entités n’existent pas ». La laïcité, décidée en France en 1906, dérive de cette conception historique !

Après la déferlante de la mondialisation, projet économique soutenu par de grandes institutions internationales (OMC, FMI, G20), peut-on considérer que la nation française existe encore ? A-t-elle jamais existé, comme auraient pu en témoigner nos grands-parents ou leurs propres parents, à une époque où la France demeurait une nébuleuse de terroirs à l’identité culturelle variée ? Doit-on regretter l’affaiblissement, voire craindre la disparition de la nation ? Des stars médiatiques du moment, tel Zemmour, le névrosé-excité et Houellebecq, le farfelu-délirant, ont leur avis bien tranché sur la question. Comme tout intello qui se rêvait célèbre…

Le cas français ressemble à un beau sac de nœuds, un nid de paradoxes. Pardi que les Français sont attachés à leur nation et aux nombreux avantages qui y sont liés ! Sinon la réforme de l’Etat-Providence, selon un principe de « real-politik », aurait été achevée dès la fin des années 70, laminée après la déferlante des crises pétrolières, du chômage et des premiers déséquilibres budgétaires de l’Etat. Mais pourquoi alors tant d’individualisme, tant d’esprit corporatiste ? La France n’est pas la Suède… Et pourquoi tant de désaffection chronique à l’heure des élections ? Pourquoi tant de désamour, que le président soit du bord gauche ou droit ?

La stupéfiante mondialisation qui a touché la France de plein fouet avait fait craindre une « world culture » galopante. Certes, une frange aisée de la population mondiale peut, de Paris à Kuala Lumpur, arborer les mêmes compagnons électroniques, les mêmes marques de vêtements, boire le même café, écouter la même musique. Mais pour revenir en France, n’a-t-on pas ressuscité, année après année, tout ce qui fait le charme du local, du terroir ? Ou bien s’est-on juste laissé prendre à un petit jeu médiatisé ? Comme pour se réinventer une identité collective, en mode « je consomme donc je suis » ? A moins qu’en réaction à la froideur mécanique de la mondialisation, assoiffés de sens, les Français ne se soient mis à célébrer ce qui fait la France et la nation française : cette unité culturelle qui tolère en son sein toute une diversité régionale et locale. Tout ce que boudent les nations émergentes actuelles, de la Pologne au Brésil, la France les ressort de ses vieux tiroirs. Trop occupées qu’elles sont à consommer, consommer et encore consommer.

Place de la Nation, Paris

La nation française s’est construite autour de symboles : une devise (la trilogie du fronton de nos mairies), une figure emblématique (Marianne), un drapeau (moins arboré que son homologue suisse, américain ou polonais). Et puis cette Marseillaise, hymne national souvent boudé par les joueurs de football, guère plus par d’autres sportifs ou par des groupes politiques de tout bord ! A se demander s’il ne faudrait pas remixer l’air ou les paroles… Cette déconfiture des symboles montre bien les limites du « rêve national ». Il en reste, étrangement, un parti politique. Ce Front dont la présidente aurait pu s’appeler Marianne. Cette nébuleuse électorale dont la raison d’être n’est-il pas le vide laissé par la déconfiture identitaire française, stimulé par une misère et une peur ordinaires ? Une peur qui cherche toujours ses boucs-émissaires, c’est si facile…

Va-t-on calmer l’angoisse infectieuse d’un Eric Zemmour et de tous les nostalgiques, sincères ou calculateurs, de la nation française ? Au fond, la nation française n’a pas totalement disparue. Et le phénomène ne touche pas que la France, à l’heure de la concurrence généralisée entre les pays, les territoires, faisant suite à la dérégulation des « états-marchés » dans les années 1980-1990. Privilégie-t-on les « sous-ensembles » de la nation, à un niveau plus local et plus palpable ? Après la globalisation, la localisation tente de nous trouver un point d’équilibre. L’immense brassage humain, lié à la mondialisation, a permis à la France de mieux se connaître et se reconnaître, à l’image de cette « french touch » musicale, cinématographique ou technologique ! Petits ou grands ambassadeurs de la nation française savourent leur héritage culturel et ne s’en cachent pas !

Finalement, si l’aventure européenne a malmené l’identité française, elle ne l’a pas anéantie. Résiliente, la France a parfois ri des normes et des réglementations bruxelloises, un peu ridicules ! A l’heure de l’économie circulaire, locale et collaborative, et autres « sharing economy », le vivre ensemble peut repartir de plus belle… Et Internet y sera en partie pour quelque chose, à l’image de Blablacar et de l’impression 3D. Plus que jamais, la nation, ce projet pour la France, est juste là, entre nos mains, et non pas entre celles d’une quelconque autorité suprême !

Laurent

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