Grandeur et décadence du menteur

Il y a bien longtemps que la morale n’est plus enseignée à l’école, à quelques exceptions près. Et pourtant, qu’on se souvienne des cours et des livres de nos grands-parents, consacrés jadis à la sacro-sainte morale. La jeunesse était mise en garde, contre quelques travers, moralement impardonnables : l’impolitesse, l’irrespect, le manque de bonnes manières, le mensonge. Le mensonge !

Et puis un je-ne-sais-quoi s’est produit, un bouleversement qui a semblé autoriser tout ce qui auparavant était soit interdit, soit fortement limité, contrainte par la force de l’autorité et de la morale. Après 1968, il suffisait de quitter la salle de classe pour se prendre une bonne claque mensongère, à l’heure de la récré ! Bien plus récemment, l’institut de sondages Gallup titrait « The Big Lie » ou le gros mensonge, au sujet des chiffres du chômage américain. Hein, quoi ? Qui a menti ? Mentir en petit comité est mal vu, déconseillé. Alors que penser des très gros mensonges, ces énormités diffusées à répétition, sur la place publique ?

Le mensonge a toujours été utile au pouvoir, à tous types de pouvoirs. Puisque la perception compte plus que les faits réels, il faut oser les travestir… Mentir est consubstantiel à la vie, la communication, l’existence sociale ! De l’art et la manière de mentir et d’en assumer les conséquences dépend bien souvent l’essor et la survie de grands personnages médiatiques. De l’art aussi de gérer toutes les casseroles accumulées à force de mensonges, de hors-jeu, de combines en tout genre ! De l’art de prendre ou de reprendre le pouvoir « par effraction », en l’absence de réel débat…

Mais comme le pouvoir avili et rend aveugle, sitôt atteint le sommet de son art mensonger, que commence la dégringolade de notre menteur préféré dans les sondages (Gallup aux Etats-Unis, IFOP ou Sofres en France) et, pire, dans l’image et la confiance du grand public. Car nul ne saurait tromper l’opinion publique indéfiniment, quelle que soit sa position sur l’échiquier. Pas même un dictateur ! La décadence du menteur est irrépressible. Qu’il cherche un bouc-émissaire ou retrouve de quoi redorer, temporairement, son blason, n’y changera rien. De grandes formules en petites démonstrations rhétoriques, notre menteur public, jadis si brillant au grand oral de l’ENA ou de Science Po, ne tient plus la route. Il s’essouffle et essouffle les journalistes, qui se retiennent et le public, qui se contente de zapper !

Menteur

Avec Internet, l’artisan du mensonge pensait-il avoir trouvé une nouvelle estrade, un nouveau porte-voix ? Que nenni, la toile regorge d’informations contradictoires qui discréditent tous les assoiffés du pouvoir. Gallup lui-même pensait faire la Une avec son « Gros mensonge ». Mais de vrais artisans de la contre-information, tels Shadow Stats ou Peak Prosperity, sonnaient l’alerte depuis des années déjà !

Expressions liées : « mentir comme un arracheur de dents » ; « mentir comme on respire » ; « se mentir à soi-même »

Laurent

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