Le smartphone à 4 roues

Signe des temps, la mode du numérique déstabilise plus d’un secteur économique. Uber pour les taxis, AirBnB pour l’hôtellerie et l’hébergement touristique, Blablacar ou Zipcar pour la mobilité longue distance.

L’automobile se retrouve au cœur des grands enjeux, à commencer par notre mobilité et nos rapports aux objets. L’automobile est de ces objets intimes de notre modernité : nous en raffolons, bercés par nos réflexes « propriétaires ». Instinctivement, les enfants, filles ou garçons, ont joué avec des petites voitures et il va sans dire que le jeu en valait la chandelle. Couleurs, formes, marques, tout est fait dès le plus jeune âge pour se défier dans des courses, des poursuites. Très vite il faut bien se préparer à un usage traditionnel : l’usage de la voiture. On aurait donc pu croire qu’il en serait ainsi jusqu’à la nuit des temps. Mais c’était sans compter sur ces « maudits » jeux vidéos, avec ou sans voitures. Nos jeunes bambins, dès le plus jeune âge, comprennent vite qu’il y a bien d’autres plaisirs que la voiture « en vrai ». La voilà, « petite poucette », dernière métaphore numérique de Michel Serres ! Instinctivement les enfants captent avec Internet un don d’ubiquité qui nous dépasse ! Puisque le monde entier se retrouve, copains et famille compris, à portée d’écran tactile !

Dans le « monde des grands », l’industrie automobile, elle, cogite et entre en ébullition. Depuis longtemps déjà, l’industrie est plongée dans les affres de la surproduction. Ce n’est pas GM, FIAT ou PSA qui démentira. A peine remise d’une grande panne du marché, ce secteur demeure en proie aux doutes stratégiques. Le mur est là, devant elle, mais comment éviter que le crash lui soit fatal ? Comment éviter la Bérézina ? Aucun consensus sur la stratégie gagnante, loi du marché oblige, n’a pour l’instant filtré ! L’automobile est génétiquement marquée « propriété privée – défense d’entrer ». Et la domination d’immenses empires multimarques est très pesante. La paranoïa du secret est la norme, aussi bien chez les assembleurs que chez les équipementiers, ces fournisseurs des pièces du puzzle automobile. Assembleurs et équipementiers de renom ont âprement breveté des milliers de pièces électroniques, métallurgiques et plasturgiques. Enclosure industrielle, le monde automobile a vécu ainsi, fermé sur lui-même. Et le client, longtemps captif, était presque forcé à être fidèle… un comble à l’ère soi-disant libérale !

Tesla-supercharger

A côté de ces mastodontes, d’autres espèces rodent. C’est ainsi que débarqué de la planète Web, le créateur de Pay Pal a créé le buzz électrique aux Etats-Unis et en Europe, avec sa gamme Tesla. Ambitieux, il promet un réseau unique de « Superchargers » pour repousser la peur de la panne sèche version électrique. Révolutionnaire et sûr de son génie, Elon Musk promet déjà l’enfer aux partisans du « tout pour soi, rien pour les concurrents ». De San Francisco à Moscou et de Tokyo à Hong-Kong, pour commencer ! Cerise sur le gâteau, l’ancien Geek promet de bientôt ouvrir les portes de sa technologie, à la cool, façon open source… Rien que cela ! Folie stratégique ou coup de pub ? Même GM, connu pour son conservatisme façon « ça ne marchera jamais », a dû ravaler sa fierté et se remettre en question ! Si Tesla dérange avec sa politique de la main tendue, alors que penser de Google ? Changement de régime, version grosse cylindrée à très haut potentiel !

L’ogre des moteurs de recherche, géant du Net, campe sur sa puissance de calcul à faire rougir un motoriste allemand ! Alors que Renault prévoit, après la Zoé « avec conducteur », la Next Two « sans conducteur » (zéro émission + zéro stress d’après la formule consacrée), Google l’insatiable s’apprête à envahir l’ensemble du marché. Après avoir permis la totale collaboration sur Internet (parfois excessivement, comme dans l’affaire de la NSA), Google pourrait ainsi reprendre à son compte l’automobile. Google a l’expérience d’Android, sait déjà contrôler des milliards de Smartphones. Il ne lui manquait plus que d’ajouter 4 roues autour ! Sur le principe, les petits génies de la Silicon Valley ont déjà « tout prévu ». Après Search, Maps, Play, You Tube et autres Google Glass, au fond quoi de plus logique, dans l’air du temps, que de voir Google monter à bord ? Et voilà le fantasme de la Google Car. Google prêt à prendre le pouvoir, à saisir le volant ?

CHINA-ENVIRONMENT-POLLUTION

A l’autre bout de la planète, les Chinois doivent officiellement se sentir bien partagés. Entre les problèmes de congestion tentaculaire et le Smog (principalement lié au charbon, comme à Londres il y a deux siècles), il y aurait comme une urgence de « changer de paradigme » ! Mais le peuple chinois, autant que d’autres, voudrait bien l’impossible : le progrès économique sans les dégâts sanitaires ou sociaux ! Par mimétisme, Shanghai ou Pékin voudraient faire comme New York, Paris ou Londres. A coup d’investissements pharaoniques, d’endettement et d’impôts. Mais partout, laissons donc passer les échéances électorales, avant que d’autres, dos au mur, ne prennent de vraies mesures douloureuses !

La Chine déclare la guerre à la pollution, c’est officiel. Et pendant ce temps-là, l’automobile préfère jouer son va-tout dans une autre bataille : celle de la « data ». Big data au vu du nombre d’automobilistes dans le monde. Car que les choses soient claires : puisque l’horizon brumeux des nappes de bitume n’est pas près de se dissiper, alors occupons au mieux les malheureux automobilistes. Convertissons les conducteurs qui n’auront pas la chance de covoiturer en Internautes roulants, dans leur carrosse d’infortune ! Google et Apple lorgnent sur l’automobile pour sa data tandis que l’économie du partage et la mobilité numérique brouillent les cartes. Qui va gagner ? Reste a savoir, côté marketing, quelles seront les tendances dominantes, les motivations d’achat, les freins financiers. Finalement, la voiture connectée n’est-elle qu’une nouvelle lubie ? Notre monde adore se créer des problèmes chaque fois qu’il croit avoir trouvé une solution. La roue tourne au plan énergétique et sanitaire. Mais l’industrie, elle, fait comme si rien de grave n’avait eu lieu… imitant ainsi l’autisme politique.

Laurent

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