La fin du tout voiture (d’après F. Denhez)

Très récemment, Christèle a eu le « nez creux » en titrant sur la pollution de l’air alors que la vague de concentration de polluants atmosphériques venait juste de commencer. Et les grands médias jamais lassés de panurgisme, de s’emparer du sujet, élevé au rang d’information de la semaine… Bravo Christèle ! Respect !

Frédéric Denhez, ingénieur en environnement et journaliste indépendant, sympathique au demeurant (je l’ai rencontré sur un salon) a écrit en 2013 « La fin du tout voiture ». Où comment on en est arrivés là, tous accrocs que nous sommes au pétrole (peu importe notre activité, notre âge, nos lieux de vie). Et pourquoi nous allons devoir (le mot n’est pas trop fort) apprendre à vivre autrement, de gré ou de force. Celles et ceux qui ont déjà eu l’expérience d’un trajet dit « alternatif » (transports en commun, covoiturage, vélo électrique ou pas, etc.) dont les plus vertueux ont été rebaptisés « modes doux » (la bagnole étant le « mode dur ») peuvent aisément témoigner du bilan « coût/bénéfice » qu’il en font.

La voiture est mal utilisée. Autant elle est un outil parfait, voire génial en zone diffuse. A savoir là où la densité de l’habitat reste faible, ne pouvant justifier un accès aisé aux transports en commun (T.E.C.) Elle est par contre dramatique en zone concentrée (pas besoin de vous faire un dessin des bouchons, du stress et du temps perdu, du bruit et de la pollution !) De plus, les comptes sont faux économiquement, puisque les externalités négatives (coûts cachés) ne sont pas clairement définies et encore moins perçues par le grand public :
– déficit de la balance commercial (importation de véhicules, importation de carburant)
– coût sanitaire lié aux pollutions (atmosphériques et sonores)
– temps perdu dans les bouchons, qu’il s’agisse de congestion « naturelle » ou « accidentelle » du trafic routier.

D’après Frédéric Denhez, la « facture » pour l’Europe s’élèverait à 374 000 000 000 € par an ! A couvrir par des taxes selon la bonne vieille méthode de la carotte et du bâton. On finit toujours par le payer, y compris comme le soulignent les médecins, en matière de qualité de vie et d’espérance de vie.

De nombreuses personnes, par volonté ou par contrainte, ont déjà changé leurs habitudes et fait leurs comptes (coût économique et « psychologique » de la voiture). Plus largement, la société française « post-moderne » est vraiment à la croisée des chemins. D’un côté, le salon de l’Auto, rebaptisé « Mondial » depuis quelques temps, n’a pas perdu de son pouvoir d’attraction et les médias ne manquent pas de nous faire rêver avec telle ou telle « promesse technologique », du genre « ne changez rien, ça ira mieux demain ». De l’autre, les concessions et autre showrooms, eux, tirent la langue et le marché automobile européen est en panne (-21% entre 2007 et 2013), les usines sont surcapacitaires et certaines ont déjà dû fermer. Et cela ne va pas s’améliorer si on sonde la nouvelle génération « numérique » et connectée, plus adepte de tablettes et de smartphones, trouvant le télétravail « normal » et la bagnole un peu « has been » (en tout cas pas en tête de ses priorités). Alors Frédéric a vu juste : « la fin du tout voiture » ce n’est pas une utopie pour bobos ou écolos revanchards. « La fin du tout voiture », c’est le moment où notre société prend conscience des limites de la croissance, notamment au niveau de l’urbanisation gallopante, et des limites de notre dépendance alimentaire donc agricole. C’est une réalité et elle nous concerne tous. Sauf à vivre sur une exoplanète et lire de la science-fiction à longueur de journée…

A nous de savoir rester humbles pour expliquer ensuite à nos enfants et aux pays moins « avancés » que nous étions allés trop loin. Une simple erreur de jeunesse ! Mais l’humilité n’est pas ce qui nous caractérise le plus. C’est plus le déni, voire l’arrogance qui découle de nos certitudes du prêt-à-penser et de la pensée unique qui nous submerge. Pour dépasser la pensée unique, qui nous rassure tout en nous aveuglant un peu plus chaque jour, il faut envisager non pas la solution unique (inique !) mais un éventail de solutions, à la fois techniques et « servicielles ».

Le taux d’utilisation de la voiture est assez dérisoire. Il y a donc d’énormes marges de progrès. La valeur statutaire est en baisse. La valeur d’usage doit augmenter. Chaque automobiliste est un VTCiste potentiel (voiture de tourisme avec chauffeur). Par ailleurs, équiper les T.E.R. de prises électriques, de wifi dans certains wagons, peut augmenter l’expérience utilisateur des T.E.C. et ainsi finir de le convaincre que la conduite dans les bouchons n’était qu’une perte de temps et du stress inutile, tant au plan personnel que professionnel. Internet et les « Apps » sont un outil puissant pour faciliter le changement. Frédéric Mazella, fondateur de Blablacar, l’a bien compris. Il a créé une communauté ouverte et solidaire. Qui cherche à « organiser le chaos » prévu dès demain à Paris avec la circulation alternée. Le co-voiturage mais aussi l’auto-partage, cher à Vincent Bolloré, court-circuitent les entreprises traditionnelles de produits ou de services de mobilité. L’innovation de rupture dans l’automobile ne vient plus des constructeurs historiques… alors réveillez-vous, les gars ! Pensez hors du cadre, sinon… Les génies du service vont-ils l’emporter sur les ingénieurs-produits ?

Côté transports en commun, que nos petits génies de la logistique se penchent un peu sur l’organisation d’une billetterie multimodale, pour garantir une offre de transport simplifiée en « door to door ». Mais cela ne nous dispensera pas d’aller « réellement » voir ses voisins pour envisager une entraide à la mobilité, au quotidien. Après tout, dans un monde malade d’individualisme, ça peut même s’avérer sympathique ! Si révolution il y a, elle est davantage culturelle que technologique…LFDTV F Denhez

Bonne route à toutes et à tous,

Laurent

La Fin du Tout-voiture, Frédéric Denhez (Actes Sud, 2013)
Lire aussi : Le progrès en 6 étapesV2V, et quoi après ?

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6 réflexions sur “La fin du tout voiture (d’après F. Denhez)

  1. Hélas Laurent, tu es également dans une actualité brûlante et anticipative, en publiant cet article juste avant la mise en place de la circulation alternée à Paris. 🙂 Quand on voit l’effet immédiat sur les bouchons du périphérique, on se demande pourquoi on a tant attendu. C’est une excellent moyen de réveiller les consciences pour se poser la question de la fin du tout-voiture. Savoir ce qui est plus important pour nous : notre soit-disant liberté de mouvement automobile (entravée par les bouchons) ou notre capacité à respirer librement à pleins poumons ? Merci pour cet article vigoureux, qui braque les projecteurs sur cette extension de nous-même : la voiture… mais jusqu’à quand supporterons-nous ses défauts ?

  2. Libéralisme sans limite, individualisme, consumérisme et laisser-faire des pouvoirs publics de tout bord sont autant de forces qui ont favorisé le tout auto. On dirait que c’était dans l’air du temps !
    Prise de conscience, lassitude, contraintes budgétaires individuelles (concurrence d’autres postes de dépenses, nouveaux « besoins » à l’ère digitale…) et plein d’autres facteurs font que nous sommes déjà entrés en transition ! Ce n’est pas une illusion. Certains regretteront qu’on ait tant attendu (mais qu’on se rappelle, à Lyon ou ailleurs, le retour du vélo comme jadis en Chine ou depuis longtemps aux Pays-Bas, et du tram « comme avant ») ou que ce changement ne soit pas si rapide et si « officiel » de peur de brusquer le voisin ou le cousin qui craint pour soit son job, soit sa « perte de liberté » (très ancrée chez les CSP+ façon GW Bush et son American way of life « non négociable ») sans oublier le beau gosse iconique James Dean (avant l’accident qui lui fut fatal). Les gros 4×4 citadins sont encore là, mais pour combien de temps ? Les marchands du temple continuent de se frotter les mains, et leur cohorte de journalistes dits « spécialisés » englués dans leur esprit étroit. Encore beaucoup de « flan marketing » à venir et de jolies promesses technologiques façon science fiction (H2, PAC, V2V) ressemblant étrangement à une nouvelle « fuite en avant ». Parallèlement, les consommateurs/citoyens doivent réapprendre à utiliser leur esprit critique, leur intelligence individuelle et surtout, ô nouveauté, collective ! Avec l’aide d’Internet mais sans en être l’esclave. C’est ça aussi défendre, si on le veut, notre position de pays « développé » au sens extra-financier et notre espoir de montrer la voie aux pays émergents assoiffés de modernité et de réussite, qu n’arrêtent pas de se bousculer au portillon ! Ce qui est vrai dans ce secteur économique l’est autant ailleurs (agriculture, alimentation, énergie, etc.)

  3. Après Apple, Google, Facebook… revoici la fée électricité et le génie numérique de la Côte Ouest des Etats-Unis en la personne d’Elon Musk, fondateur de Pay Pal et aux manettes d’une des marques les plus zébrées de l’automobile : Tesla Motors. Après la Grande Bretagne et l’Europe du Nord, Tesla débarque en France. Comme les grandes marques allemandes, la percée partira du haut de gamme (compter 100 000$ l’unité), pour ensuite descendre en gamme vers les marchés de masse. Les urbains aisés du centre-ville y trouveront peut-être une alternative écolo ou bobo aux Porsche et autres 4×4 bruyants et fumeux. Mariage de raison entre valeur d’usage et statutaire, avec pour les plus anxieux et les plus pressés ses stations de recharge coiffées de panneaux photovoltaïques. La Tesla ou comment prolonger le rêve automobile, que les plus sceptiques qualifieront vite d’utopie ou de cauchemard de l’autonomie pour gros rouleurs. Combien de commentateurs avaient pronostiqué son échec, à peine l’entreprise s’était lancée à contre-courant du standard « à exploision ». Mais qui sait, après les Ferrari hybrides, et si ce genre d’innovation élitiste allait aider le grand public à faire, en douceur, le deuil nécessaire du tout-voiture d’antan ?

  4. La voiture par Roland Barthès (1957) : « l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques, je veux dire une grande création d’époque… »

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