Mal à la Grèce

L’été 2015 aura été chaud un peu partout en Europe, tant au plan de la météo que des relations sociales ou de la diplomatie. Car l’Europe politique reste à construire et les réflexes nationalistes demeurent bien ancrés, comme l’attestent les « sorties » de la chancelière allemande face à un Victor Orban au sujet du dossier des migrants… ou encore de la sempiternelle « crise grecque ». A ce sujet, une vision purement comptable, froide et détachée des réalités du terrain, finira-t-elle par l’emporter sur l’élan irrationnel des partisans d’une autre approche des déboires helléniques ? A moins que ce ne soit, à l’inverse, ce manque terrible d’empathie et d’émotions, digne du glacial milieu hospitalier, qui finisse de faire craquer l’édifice européen ? La question grecque ferait perdre son latin à plus d’un écolier, fut-il brillant. Idem pour bon nombre de professeurs d’école ou d’université ! Restent quelques commentateurs triés sur le volet, faisant semblant d’y voir suffisamment clair pour prédire l’avenir.

A peine remis des vacances, qu’une impression étrange nous taraude. Comment se fait-il qu’on reparle – déjà – si peu de la Grèce et autant de l’affaire des migrants ? A l’image des polars qui nous baladent et nous bousculent en passant sans vergogne du coq à l’âne, et nous éblouissent avec leur série de coups de projecteurs à la manière d’une série de flash. A l’image des séries télévisées, qu’elles soient sanglantes ou à l’eau de rose, qui suivent ce même cheminement chaotique pour mieux absorber notre attention et créer un état de manque et de crispation face aux mouvements de balancier de l’image. Cela étant, une fois levé le voile magique de nos impressions, la réalité du peuple grec est certainement bien différente de ce à quoi nous exposent les média. Hélas les mésaventures du côté de la mer Egée n’ont pas plus d’importance en soi qu’une affaire privée de mœurs, un drame conjugal chez des « people » ou un événement météorologique extrême ! Combien de victimes ? Qui viendra sauver ce qui peut l’être encore ? Qui seront les héros ? Pour peu, le sensationnalisme nous ferait perdre toute raison et tout esprit critique.

Nous avons tous un peu mal à la Grèce, car à force de s’entendre dire que l’Europe est un espace extraordinaire de libertés, de démocratie, de paix, de développement et de culture, on avait bien fini par y croire. Sans douter et sans broncher. Certes la Grèce est bien loin du cœur économique européen. Et nos réflexes de zappeurs ne nous permettent plus de rester concentrés sur la seule sujet d’un si petit pays. Le PIB hellénique, son poids démographique, son faible rayonnement politique jusqu’alors en ont fait un membre de l’UE quelque peu satellisé. Par nature assez loin du centre de nos inquiétudes d’européen moyen. Mais à quoi s’attendre face aux différentes issues possibles de la crise grecque ? En cas de relâchement de la pression, à un renforcement du chacun pour soi, de l’indiscipline financière et de l’irresponsabilité des dirigeants politiques, un peu partout dans l’Union Européenne ? Menant fatalement à une division monétaire, économique et politique. Ou bien au contraire, en cas de « tour de vis » supplémentaire, à un renforcement des tensions sociales et des désillusions populaires ? Doit-on s’attendre, si la saignée financière est effectivement prolongée, à l’absence de mieux-être ressenti du côté d’Athènes ?

Grèce-contagion

Nous avons tous un peu mal à la Grèce, telle une bande de jeunes (l’Europe politique est en pleine crise juvénile) qui découvriraient l’irresponsabilité de leurs aînés. Un mal qui dérange de manière plus ou moins diffuse. Un mal à l’intensité variable selon notre distance envers ce pays, selon que l’on habite en Allemagne, en Suède, en Pologne, en Espagne ou en Italie. Un sentiment d’injustice (de gauche ?) ou de colère (de droite ?), d’inquiétude ou d’incompréhension. Jusqu’à ce que l’on réalise qu’au fond, les Etats, comme le défend Jean-Marc Vittori dans les Echos, sont entrés dans une période assez dramatique : celle de leur impuissance ! En réalité, en France comme ailleurs, cela fait belle lurette que les Etats ne pilotent plus grand chose dans la sphère économique et sociale. Le tout étant de donner l’impression qu’il y a encore quelqu’un aux manettes ! Une histoire vieille comme Hérode ou, du moins, vieille comme les chantres de la dérégulation des années 1970. Rappelez-vous leur dogme sans faille : ouverture totale des marchés, liquidation des entreprises publiques, au nom de l’efficacité, cure d’amaigrissement de tout ce qui entrave le sacro-saint marché et sa légendaire main invisible.

Face à la tragédie grecque, existe-t-il des remèdes pour soigner cette douleur collective ? Quid d’une cure d’amnésie, devant le petit écran, la radio ou Internet ? A moins que la voie de la guérison, au contraire, ne passe par le partage et l’échange avec celles et ceux qui ont connu ce genre de déboires collectifs ? Sans a priori sur leur nationalité, sans pensée réflexe du genre : « oui mais leur pays, c’est différent ». Fataliste, Jean-Marc Vittori quant à lui semble assister à l’effet laminoir de la technologie, telle une bête sauvage et entêtée, refusant de se laisser contrôler et sûre de sa force, faisant même autorité sur les Etats. On dirait presque que la technologie et les nouveaux monopoles, les fameux « géants du Net », par nature mondialisés, devaient absolument faire partie de notre nouveau paysage. Sans résistance ni alternative possible. Un comble pour la pensée dite libérale ! Et pourtant, face à la déferlante d’Internet à la sauce Amazon, Air BnB ou Uber, il doit bien y avoir une autre Europe à inventer, pour l’ensemble de la société. Il en va de l’avenir de nos enfants. Entre agilité et résilience, entre destruction d’un côté et création de l’autre…

Laurent

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