L’Amérique qui perd

Depuis plus de quarante ans, les Etats-Unis offrent au reste du monde un spectacle bien affligeant : celui d’une « superpuissance » qui n’assure plus du tout ! On a l’habitude de faire remonter la série d’échecs – ou au mieux de pseudo-victoires militaires américaines – à l’affreux bourbier de la guerre du Viêt-Nam (ou deuxième guerre d’Indochine). Entre 1955 et 1975, une intervention militaire principalement aérienne et incapable d’éteindre l’incendie des guérillas, au sol. Au contraire, les insurrections se seront propagées au reste des pays voisins (Laos, Cambodge). La guerre du Viêt-Nam, un échec du bloc occidental contre le communisme, douloureux à admettre ! Certains historiens regardent plus loin en arrière. Ils proposent de remonter à la Deuxième Guerre mondiale, pour rappeler que la lutte contre l’armée hitlérienne n’aurait pas été vaincue grâce aux Etats-Unis sur le front occidental, mais grâce à l’armée stalinienne, sur le front oriental. Certes, contrairement à la guerre du Viêt-Nam, on ne saurait qualifier la deuxième guerre mondiale d’échec américain. Cependant, au plan stratégique, il faudrait relativiser la performance militaire et logistique des alliés américains. Qu’on sans cesse, propagande aidant, fait passer aux yeux du monde entier pour des héros modernes, sauveurs hégémoniques… Merci la télévision, Hollywood et ses « produits dérivés » !

Depuis ces deux défis militaires, les Etats-Unis n’ont fait que s’attaquer à des petites puissances militaires. Ils n’ont jamais directement affronté des cibles de leur taille, et joué sur un rapport de force déséquilibré. Comme ce fut le cas contre l’Afghanistan ou contre l’Iraq. Qu’a-t-on vu et revu, si ce n’est qu’un tissu de blitzkrieg. Des succès éclair largement médiatisés, dans un style très « video games ». Qu’on se rappelle de la couverture de la guerre du Golfe sur CNN, Fox News ou TF1 ! Des victoires de courte durée, rendues possibles par le sous-équipement aérien des forces ennemies. Et des victoires hélas suivies d’un marasme économique et social et de nombreux retours de feu, au sol. C’est là, sur le terrain, que le bât blesse toujours l’armée américaine. Une armée américaine aujourd’hui totalement désabusée et déprimée, à l’image de ses vétérans aux pulsions suicidaires. Car quels soldats veulent encore repartir au front, dans ces conditions, si loin de leur patrie et de leurs familles ?

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Pour Emmanuel Todd, auteur d’Après l’Empire, la décomposition du système américain repose autant sur son impuissance militaire que sur les progrès sociaux et démocratiques qui ont eu lieu depuis un demi-siècle sur tous les continents. D’une part, la puissance impérialiste n’impressionne plus personne, Russie et Iran en tête. D’autre part, l’alphabétisation et l’accès à la culture freinent les ardeurs militaires des gouvernants. Et la guerre est moins militaires mais plus économique. Autrement dit, le discours va-t-en-guerre et opportuniste américain colle de moins en moins avec la réalité du monde. Pendant ce temps, ayant perdu tout contrôle stratégique, les « faucons » de Washington continuent de « faire semblant ». Ils n’ont de cesse d’organiser quelques gesticulations, des opérations de « micro-militarisme théâtral ». Ce qui a dernièrement valu à Obama un joli camouflet de la part de Poutine, accusant l’Occident d’incapable et pire, d’irresponsable !

L’Amérique en 2015 continue de faire peur, mais plus pour les mêmes raisons qu’avant ! Elle donne l’image d’un ivrogne qui se baladerait dans la rue, en plein jour, mitraillette en bandoulière. Alors ses vassaux, l’Europe et le Japon, ne peuvent que prendre leurs distances. L’Europe devrait tirer quelques leçons des fiascos que sont la crise syrienne et celle d’Ukraine. Et le Japon, apprendre à composer avec ses voisins de Chine ou, plus loin d’Inde, traditionnellement « non alignée ». Certains prédisent la montée en puissance monétaire et militaire d’un axe Eurasiatique. Et l’explosion à terme du dollar. Mais l’Eurasie qui demeure le principal partenaire stratégique des américains, d’où son empressement à négocier deux accords, l’un transatlantique, l’autre trans-pacifique. Et si l’Amérique est moins dépendante du monde au plan énergétique, depuis les dernières trouvailles de gaz et de pétrole en Amérique du Nord, elle n’en reste pas moins hyper-dépendante d’une multitude d’importations issues du monde entier.

Que de changements ont eu lieu, au plan réel et symbolique, depuis les divers conflits dans le « monde arabe », impliquant les Etats-Unis, en passant par le 11 Septembre 2001 et la Crise des subprimes en 2008. Il est bien difficile de prédire l’avenir de la « puissance américaine ». Mais au moins on ne saurait faire l’économie d’une relecture du passé, pour mieux comprendre l’Amérique actuelle et ses rapports au monde.

Laurent

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