Un verdissement autopiloté

Les grand-messes se suivent mais ne se ressemblent pas. Ainsi, Paris la ville lumière qui a eu l’honneur d’accueillir la grand-messe du climat à l’occasion de la COP21, accueille en ce moment et comme tous les deux ans le salon Mondial de l’Auto. Les plus optimistes, insouciants ou naïfs, ne manqueront pas de rapprocher l’enthousiasme de la COP21 et celui du Mondial de l’Auto, unis, apparemment, pour un « monde meilleur ». Car oui, la COP21 a été un festival international de grandes promesses diplomatiques, sous la pression de la société civile et sous les caméras du monde entier. Et il est vrai, aussi, que ce Mondial version 2016 dévoile au grand public pléthore de nouveaux modèles plus propres et vertueux que jamais. Paroles, paroles, paroles seulement ?

Au fond, qu’est-ce qui ne va pas dans cette belle histoire ? N’y a-t-il pas matière à se réjouir de cette déferlante créative, de ce verdissement de l’automobile ? Regardez chez Renault (cocorico oblige), chez Tesla (encore et toujours, malgré les mauvaises augures), et même chez… allez voir chez Volkswagen, après le scandale du Dieselgate. Véhicules électriques à l’autonomie « acceptable », hybrides en tout genre, piles à combustible à l’image de la Toyota Mirai. Que de jolies surprises, non ? Sans oublier l’utopique voiture autonome, pourtant déjà promise à un bel avenir (Mc Kinsey prévoit que ce segment très innovant pourrait représenter jusqu’à 15% des ventes de véhicules neufs en 2030).

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Renault Trezor

Pour se faire une idée, l’affaire est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Seule une vision complète, du puits (ou de la centrale électrique) à la roue, sur tout le cycle de vie (réel, pas simulé par ordinateur dans un labo) de l’engin permet de comprendre de quoi il s’agit. Il y est question de performance, de praticité, d’esthétique, de connectivité, d’empreinte écologique, d’effets sur la santé. Au-delà des aspects techniques, forcément peu appétissants, se pose l’éternelle question de notre mode de vie, de ce que nous sommes prêts à faire comme efforts, comme entorses à nos habitudes. Un fossé demeure entre nos pulsions consuméristes et notre regard responsable sur nos décisions d’achat.

Dernièrement, un revenant de la politique, un certain Brice Lalonde, qui a été ambassadeur chargé des négociations internationales sur le changement climatique pour la France de 2007 à 2011, jubilait à l’annonce de l’accord européen en vue d’une ratification de l’accord issu de la COP21. Rappelons aux plus étourdis que l’Europe compte parmi les « poids lourds » des émissions humaines de gaz à effet de serre, et que son flanc oriental (les PECO) continuent à réclamer leur part du gâteau (de CO2, de croissance économique, bref de richesse au sens économique). Alors doit-on se laisser aller à un peu de légèreté et applaudir, à leur tour, les efforts des constructeurs automobiles à nous promettre une vie meilleure ? Après tout, alors que des fonds d’investissement se détournent du secteur du charbon, l’automobile n’a-t-elle pas commencé à prendre très au sérieux la question de sa survie ? Car après le charbon, si d’aventure le pétrole venait un jour à être boudé par les investisseurs, n’y aurait-il pas péril en la demeure pour une industrie si dépendante des énergies fossiles ?

Hélas il serait peut-être vain de s’enflammer pour les nouvelles autos vertes. Car ce serait sans compter sur quelques petites réalités. Celle des bouchons, dans toutes les agglomérations du monde entier, synonyme d’inefficacité. Où est le progrès lorsqu’il se traduit en soucis de santé (causé par le bruit, le stress…), en pertes de temps incalculables (qui s’est amusé à les annualiser ?) Ensuite nous traînons la problématique des particules fines, qui hélas ne proviennent pas uniquement des pots d’échappements de véhicules à moteur diesel, mais aussi d’autres parties de la belle mécanique. A ce stage, ni l’électrique ni l’hydrogène n’y changeront quoi que ce soit ! Faut-il daigner sortir le nez de nos belles autos, prendre un peu de hauteur pour repérer leur impact, irrémédiable, sur l’étalement urbain et la pression foncière qui en résulte ?

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Photo : Peter Andrew

Autrement dit, jamais l’automobile, si centrale qu’elle soit dans notre mode de vie, ne pourra se refaire une virginité. L’évolution de l’automobile ne permet pas de faire table rase du passé, de réinitialiser le système qui nous rend si mobiles aujourd’hui. On aura beau continuer de nous promettre la lune, à coups de progrès technologiques, de gadgets et de coups de pub, les effets secondaires de nos petites manies automobiles semblent finalement assez indélébiles. C’est pourquoi certains observateurs, sûrement parmi les plus rigoureux et les moins optimistes, parlent d’incohérence entre le sommet de Paris de la COP21 et cette énième grand messe de l’automobile.

A méditer !

Laurent

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