La nouvelle odyssée de Yanis

L’histoire récente de Yanis Varoufakis ressemble bien à celle d’un échec. L’échec du rêve démocratique au pays de la démocratie. La déconvenue d’un enfant-rebelle de la Grèce moderne, membre actif du trublion Syriza, la coalition de la gauche radicale. Pour celles et ceux qui auraient râté l’épisode de 2015, Yanis Varoufakis, dans le sillage d’Alexis Tsipras, a été propulsé Ministre des Finances. Sa nomination à cette haute responsabilité faisait suite à la victoire historique de Syriza, ce jeune parti antisystème. Au sein de la start-up Syriza, Varoufakis a été placé en première ligne pour mener le combat d’une grande réforme, voulue par le peuple grec. Mais ce fut sans compter sur l’échec cuisant d’une négociation impossible. Celle du nouveau gouvernement – ouvertement opposé au dogme néolibéral – avec la conservatrice et austère Troïka.

Déterminé, Yanis Varoufakis aura fait preuve d’assertivité et d’appels à la raison, face au tryptique composé de la Commission européenne, de la Banque Centrale Européenne et du Fonds Monétaire International. Refusant les injonctions de l’oligarchie ordolibérale, il sera très vite éjecté de son siège de Ministre. Pour rappel, la Troïka, loin du monde des Bisounours, est une habituée du chantage à la dette. Le chantage à la dette consiste à proposer une fausse alternative, un accord dont la porte de sortie est tout simplement inacceptable. Soit accepter un énième plan d’austérité assorti d’investissements (infrastructure, bien d’équipements civils ou militaires), soit accepter la liquidation de certaines banques locales, conduisant à un chaos inacceptable. Rappelons que Jean-Claude Junker, le « patron » de l’Europe, chef de file des vautours de la finance décomplexée, aurait déclaré :  » il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens« . Ce qui revient, de facto, à reconnaître que la stratégie de la Troïka n’est pas de défendre l’intérêt général des nations concernées, mais de préserver l’intérêt des créanciers : le FMI, les grandes banques (Goldman Sachs, Deutsche Bank, etc.) et les fournisseurs notamment allemands, favorables à une libéralisation sans limites.

grece

Sotiris Barbarousis/EPA

Après à peine cinq mois aux commandes de son Ministère, Yanis Varoufakis démissionne lors de l’été 2016. Sa décision, probablement largement « télécommandée », donnera la preuve supplémentaire qu’il n’est pas possible de négocier avec ces « gens-là ». Sa démission aura symbolisé, au-delà d’une défaite personnelle, la désillusion de bien des partisans de Syriza, conduisant à l’éclatement du mouvement. En somme, par la division du mouvement antisystème et anti-austérité, la Troïka aura, du moins à court terme, doublement gagné. Gagné en imposant le maintien de son plan d’austérité. Gagné en accélérant la division les rebelles. Et conduisant Yanis Varoufakis à retomber dans l’oubli. La raison officielle de son départ du gouvernement est directement liée à sa personne, jugée trop rigide (trop entière ?) Quelques jours plus tard, Varoufakis détaillera sa divergence de vue, étant lui-même favorable à un Grexit (ce qui aurait signifié à la Troïka « allez vous faire voir… ») contrairement à d’autres membres de Syriza.

Mais depuis, le tumultueux Yanis est parti sur les traces d’Homère, pour écrire une nouvelle odyssée. Une odyssée européenne, conscient qu’il est que la tragédie sociale et économique de la Grèce (qui a perdu un quart de son Produit Intérieur Brut et connaît un taux de chômage de 26%) n’est peut-être qu’un avant goût de ce qui attend de nombreux états-membres de l’Union européenne. Au-delà des aspects sociaux et économiques, Yanis le rebelle a vu de près à quel point son pays est désormais placé politiquement sous tutelle ! Son entretien avec Noam Chomsky, en avril 2016, à la bibliothèque publique de New York, a sonné comme un signal d’alarme en direction des partisans de la démocratie. Yanis s’était déjà expliqué sur le principe oublié qu’à tout emprunteur irresponsable correspond un créancier irresponsable. Il tente une déconstruction du mythe de la Grèce moderne en tant que pays comme « simplement mal géré », ruiné et surendetté. Car les médias ont joyeusement façonné l’image d’un pays membre de l’Union devenu la honte de l’Europe. Mais si plus personne ne doute de la tragédie du peuple grec, suite aux purges et autres saignées réalisées sous la houlette de la Troïka, on évoque assez rarement le sort beaucoup plus prospère des grands bénéficiaires : oligarques armateurs et grands créanciers.

L’ex-ministre nous met aussi en garde contre l’asphyxie d’un mouvement comme Syriza. Une telle issue pourrait signifier que la seule alternative serait celle du populisme ! Celle des idées les plus à droite sur l’échiquier politique, qui se nourissent des amalgames xénophobes, des peurs irrationnelles et des frustrations sociales. C’est pour cela qu’après sa déconvenue au sein de l’équipe d’Alexis Tsipras, Yanis Varoufakis a repris son bâton de pèlerin et fondé un mouvement européen pour la démocratie, DiEM25. Car il a trop entendu dire que l’Europe est « devenue une autocratie inepte, sans âme et antisociale ». Ce que semble justifier à la fois l’élection de Trump aux Etats-Unis, le terrifiant Brexit en Grande-Bretagne et l’arrivée du rétrograde PiS en Pologne, comme autant de hoquets populistes.

Laurent

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