Elections : attention au PRAF !

Brice Teinturier, habitué des plateaux-télé quand s’approche une échéance électorale, vient de lancer sa formule de marketing politique. Il faut bien sortir du bois et faire parler de soi ! Et un livre de plus, sous-titré « la vraie crise de la démocratie ». Son concept-phare : l’envolée de l’attitude Plus Rien A Faire. Ou « Plus Rien A Foutre » attitude. PRAF quoi !
PRAF, poids lourd électoral qui donne du fil à retordre tant aux instituts de sondage qu’aux (ir)responsables politiques. Segment croissant du marché de l’électorat, le PRAF dérange autant qu’il suscite de convoitises. Car il faut bien reconnaître que le militantisme de grand-papa, avec ses hordes d’électeurs captifs, a pris la poussière. Certes le suspense électoral ne date pas d’hier, mais avec le PRAF, nous entrons dans une autre dimension dramatique !
Difficiles à distinguer, le PRAF, à force de s’habituer au halo absentionniste. On retrouve la PRAF attitude au sein des 50% d’électeurs indécis. Une masse hétérogène d’indéterminés, de sceptiques, de raleurs, de déçus de la politique.
Des gens normaux, qui ont juste laissé leurs convictions au vestiaire. D’ailleurs Brice Teinturier avance que 32% des gens seraient prêts à opter pour un autre système que la démocratie actuelle.
Distance critique
Mais qui sont ces partisans de la PRAF attitude ? Ne s’agit-il que d’un recyclage sémantique pour de potentiels électeurs frontistes ? Mystère…
Pourquoi une telle attitude ? D’après le directeur d’IPSOS, la fin des certitudes dans l’électorat français s’est opéré à partir des années 1980, avec l’alternance et la cohabitation jusque dans les années 1990. A l’époque, l’environnement a commencé à devenir imprévisible et donc anxiogène. Le monde est devenu terriblement plus complexe que du temps des 30 Glorieuses. En France, le clivage traditionnel gauche-droite du début de la Vème République a explosé en vol. Les curseurs ont bougé, avec la mort annoncée du communisme, la percée de la « gauche caviar » (n’en déplaise aux puristes), la droitisation de la scène politique sur fond de problématique de l’immigration. Et les « affaires » qui ont teni l’image des présidents et de leurs ministres, qui ont perdu le status d’hommes d’état, relégués au rang de politicards carriéristes. A la base, les fidèles gaullistes, socialistes ou communistes ont été terriblement désenchantés, voire trahis par leurs héros d’hier. L’élargissement de l’Union européenne et ses effets secondaires (dumping social et fiscal), la mondialisation pas si heureuse et la persistance d’un chômage de masse ont achevé ce qui restait de confiance en l’avenir et en l’élite politique. La classe politique n’a pas fini de « payer cher » ses années d’incurie.
Après la double désillusion Sarkozy-Hollande – 10 années purement à droite puis à gauche, sans cohabitation pour excuser quoi que ce soit…comme le rappelle Brice Couturier – l’électorat a sombré dans le scepticisme et une distance critique vigoureuse. Entre les promesses non-tenues, les magouilles politico-financières dévoilées par Mediapart et consorts, et le spectre durable du terrorisme, la popularité de la démocratie dite représentative est en berne. En 2016, le monde démocratique occidental est entré dans l’ère de la post-vérité. En France, alors que les grands medias ne cachent pas leur désir d’un candidat consensuel et bonne pâte (suivez mon regard…) on peut se demander à quels extrêmes, le mouvement « PRAF » va finalement se rallier ?
Laurent
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