« Dans Paris à vélo…

on dépasse les autos ! » (Joe Dassin, 1972). Il y a 45 ans tout juste, cette chanson  intitulée « La complainte de l’heure de pointe » évoquait avec malice les problèmes récurrents de la circulation à Paris. A l’époque, au début des années 1970, le vélo était perçu comme un divertissement du week-end. Au mieux, un sport populaire célébré chaque année par la Grande Boucle. Et pour le reste, le vélo en ville… c’est en Chine qu’il était roi !!

Depuis, on assiste à un lent reflux de l’automobile dans et à proximité des grandes villes. A Paris, ce reflux aurait commencé il y a 27 ans. Cette décrue de la part de l’auto dans les transports urbains illustre à l’envers l’effet rebond. Rappelons que l’effet rebond s’observe lorsqu’on ajoute des voies de circulation (plus de routes ou d’autoroutes) et que, contre toute attente, le trafic s’accroît alors même qu’il était sensé diminuer par dilution ! Or qu’ont entrepris les grandes municipalités, de tout bord politique, depuis plusieurs décennies ? Elles ont traqué l’automobiliste à coups de stationnement payant, à coups de rétrécissement des voies (couloirs bus/vélos/taxis) au détriment du conducteur lambda. Bref elles ont rendu la vie de plus en plus difficile à nos chers déplacements automobiles.

La Bastille est assiégée Et la République est en danger

A Paris, cette chasse à l’homme-automobiliste a franchement démarré sous Chirac, maire de la Capitale entre 1977 et 1995. Puis sous la gouvernance de Tibéri qui visait à réduire la circulation automobile, lança le retour du tramway dans Paris (10 lignes) et développa les pistes cyclables. Sans oublier l’épineux dossier des voies sur berges, qui aujourd’hui encore fait grincer des dents face à Madame le Maire, Anne Hidalgo, qui s’entête…

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Pendant ce temps, Londres a fait aussi grincer quelques dents d’automobilistes lors de la mise en place de son péage urbain (London congestion charge), suivie par Milan, Singapour ou encore Stockholm – cette dernière se targue d’avoir réussi à faire baisser la circulation de 20 à 25% depuis 2006 !

La Capitale des Gaules, qui a vu naître à la fin du XIXème siècle plus de 150 marques automobiles (les Berliet, Rochet-Schneider, La Buire, Cottin-Desgouttes ou encore Mieusset), a elle aussi fini par prendre le taureau par les cornes. Ainsi le Grand Lyon dispose d’un péage urbain au niveau de son « périph Nord ». Un géographe a même été chargé de répertorier les différentes options pour « barrer la route » aux automobilistes lyonnais.  rappelons que Lyon fut l’une des premières métropoles françaises à développer le vélo (Vélov en 2005, soit deux ans avant Paris) et à refaire une place pour le tramway. Alors que Saint Etienne n’a jamais laissé tomber son tram, après Nantes (1985), Grenoble (1987) et Strasbourg (1994), à Lyon en 2001 le tramway a refait surface et pas moins de 5 (bientôt 6) lignes traversent l’agglomération.

Jadis l’auto était reine en ville, symbole de modernité et de liberté. Mais on peut se demander si aujourd’hui, à l’ère du smartphone et du report modal, la modernité n’aurait pas changé de camp ? Il n’empêche, la congestion des villes change de nature. Les villes sont souvent prises d’assaut si ce n’est par des conducteurs lambdas, davantage par des livreurs (merci le e-commerce) en tout genre ou par des taxis ou services équivalents (merci Uber et consorts).

Pourtant le reflux automobile a bien eu lieu et il se poursuit. En Europe, il aurait débuté dans le Nord de l’Italie et aux Pays-Bas. Ce sont d’abord les centres-villes des villes les plus peuplées qui ont été touchées par cette tendance baissière. Puis ce reflux s’est diffusé tout autour. Cependant, la voiture reste en pole position en zone périurbaine et bien sûr en zone rurale, et dans les villes de taille moyenne. Faute de volonté politique ou faute d’alternatives pratiques ?

Si elle semble dans l’air du temps, la « chasse à la voiture » (cf. l’émission « Du grain à moudre d’été » d’août 2017) pose la question de la justice sociale (à qui profite cette tendance ?) et de la gentrification des grandes villes (éjection des classes populaires, discrimination sociale). Tram, vélo et marche à pied semblent plaire aux bobos… qui ont les moyens de vivre en ville ou à la rigueur, en proche banlieue. Mais quid du reste de la population ?

Enfin le reflux de l’auto dans les villes semble davantage concerner les nouveaux arrivants que les personnes déjà installées. Curieusement le report d’un mode de transport à l’autre ne se produit pas aussi simplement qu’on le croit. Peu d’anciens automobilistes, par exemple, basculent directement au VAE (vélo à assistance électrique). Le changement se fait par tâtonnement. Les nouveaux arrivants sont-ils plus ouverts, plus imaginatifs et pragmatiques que les autres ?

Laurent

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