Petit Paysan

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La France va mal… chantait Mickey 3D il y a quelques années. Le monde des paysans aussi. Hubert Charuel nous offre avec son film Petit Paysan, un drame haletant, tragique, sur un jeune éleveur de vaches laitières. Le rythme est tendu, l’image sans fard, et on entre dans l’histoire comme dans un film noir. Le visage de Pierre est filmé sous toutes les lumières du jour avec son angoisse, son amour brut pour ses bêtes menacées par une épidémie. Au fur et à mesure que le pire devient réalité, Pierre se transforme en un être traqué, somatisant même la maladie de ses vaches dans son propre corps.

Hubert Charuel connaît bien son sujet, il a même filmé dans la ferme familiale. Il sait par coeur la pression qui pèse sur cette profession, une des premières touchées par le suicide. Solitude, inspections multiples et interminables, rentabilité, le quotidien des éleveurs est rongé par les normes et les contraintes d’une administration sans aucune humanité.  La machine s’est emballée et plus personne ne peut la maîtriser. La vétérinaire qui est aussi la soeur de Pierre, magnifique Sara Giraudeau, tente d’éviter le pire en lui venant en aide, mais elle est elle-même aux mains du système qui ne lui laisse aucune latitude.

On retrouve bien sûr le contexte de la vache folle, du SRAS et de la grippe aviaire, pour ne citer que ces fléaux recensés lors des vingt dernières années. Mais c’est le profond malaise d’un métier voué à disparaître qui est raconté dans ce film.

On y voit un éleveur de trente ans, dévoré par le stress, qui n’arrive même plus à voir ses amis ou à trouver le temps de tomber amoureux. Tout lui paraît vain au regard du drame qu’il vit. « C’est la seule chose que je sais faire », reconnaît-il humblement, lorsqu’on lui fait reproche de son entêtement. Les caresses qu’il donne à ses vaches sont émouvantes, tout comme son attachement pour un petit veau qu’il installe dans sa propre maison.

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C’est aussi l’héritage de ses parents, qui peinent à lui accorder son indépendance, sachant bien qu’il ne s’en sortira pas tout seul. On mesure à quel point cette transmission devient vouée à l’échec. Reprendre une ferme est aujourd’hui une gageure, compte tenu des contraintes économiques et sanitaires.

Petit Paysan lève le voile sur une profession parfois fantasmée, vivant au contact de la nature et des animaux. Le mythe du retour à la terre prend du plomb dans l’aile.

C’est un film sans concession, un cri de désespoir.

La réflexion d’Hubert Charuel est dans la continuité du travail de Raymond Depardon, avec sa trilogie sur les paysans, magnifique de lumière et de silence, coupé parfois par la musique de Gabriel Fauré (Profils paysans). A regarder absolument.

Dix ans plus tard, les paysans de Depardon sont à bout de souffle.

Si vous voulez faire un acte militant, allez vite voir ce film coup de poing avant qu’il ne disparaisse des écrans. La vérité est rare et précieuse. Vous ne verrez plus votre bol de lait de la même façon.

 

Christèle

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