Le libre-échange est-il (vraiment) libéral ?

A question (apparemment) facile réponse (apparemment) évidente : le libre-échange, qui supprime les entraves locales au commerce mondial, est évidemment libéral. Libéral au sens de laisser-faire la concurrence internationale, au sens de fluidifier les échanges entre pays du monde entier. Magnifique mécanique, une merveille planétaire. Le tout sur un air exaltant d’innovation, de progrès économique, etc. Alors oui, le libre-échange, imaginé par l’économiste britannique et banquier Ricardo, est résolument libéral !

Mais il y a un os. Ou plusieurs os. Le premier, c’est cette fâcheuse tendance qu’a le marché dit libre de n’en faire qu’à sa tête et de protéger les plus forts au détriment des plus faibles. Notons au passage que dans un cadre de concurrence pure et parfaite, ce premier « os » n’existerait pas ! Mais ainsi va la vie, la recherche du gain à tout prix et cette haine farouche que développent certaines entreprises vis-à-vis de la concurrence, qui entretiennent soigneusement des « barrières à l’entrée ».

libre échange

Quasi-monopoles ou d’oligopoles, formes de marché qu’on croyait être l’apanage de l’ère soviétique, restent terriblement à la mode. Autant vous dire que lorsque les marchés carburent au quasi-monopole, il ne faut pas trop compter sur des comportements très « libéraux ». Il en va ainsi des marchés mondiaux de l’eau (Nestlé Waters, Danone en version oligopolistique), du lait (que se partagent notamment quelques géants occidentaux et asiatiques), des semences (Monsanto, Syngenta et quelques autres).

Le deuxième os, dans cette affaire de soi-disant libéralisme, c’est la place qui est faite au client final, au consommateur. La poussée du libre-échange a radicalement transformé le choix du consommateur. D’un côté, c’est indéniable, le consommateur lambda peut s’émerveiller d’avoir accès à tant de produits nouveaux, issus des quatre coins du monde, avec une incroyable simplicité. D’un autre côté, le même consommateur lambda a déjà énormément perdu en choix, au fur et à mesure que des géants mondiaux, passant par la standardisation, ont réduit ce même choix.

Il faut distinguer d’un côté l’explosion, hyper-segmentation oblige, des produits transformés, et de l’autre, le tassement des produits non-transformés. Démonstration avec l’alimentation. Lors de la révolution industrielle, au XIXème siècle, mécanisation et standardisation sont sorties des villes pour aller aux champs. Dans le même temps, la biodiversité a pris du plomb dans l’aile. Parallèlement à la grande course aux rendements (machines agricoles, concentration des exploitations, monoculture), les techniques de sélection variétale et de clonage ont énormément réduit la biodiversité, laissant de côté ce qu’on appelle gentiment « variétés anciennes ». C’est vrai pour les tomates, pour les pommes, pour les pommes de terre ou encore le maïs. Et ce choix réduit se retrouve évidemment dans nos assiettes.

Un dernier os pour la route ? Le marché, dans son fonctionnement façon « main invisible », est complètement biaisé lorsque le pouvoir économique l’emporte sur le pouvoir politique. Pire, lorsque le pouvoir politique centralisé est « noyauté » par les lobbies industriels. Au point extrême de laisser-faire, écocides et génocides (cf. la très actuelle affaire du glyphosate et des perturbateurs endocriniens, celle des activités extractives, celle des guerres de l’eau, etc.) Dans un tel rapport de force, ce petit jeu « gagnant-perdant » n’a plus rien de libéral : il engendre trop de soumission. Ce qui par réaction inspire régulièrement des initiatives locales ou globales. Des mouvements de résistance contre ce qui est vécu comme une insupportable oppression…

Laurent

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