Le centenaire d’une révolution

Il y a 100 ans avait lieu la Révolution d’octobre, à Saint Petersbourg et à Moscou. Mais en cette année 2017 et à quelques exceptions près, cet anniversaire n’aura pas vraiment été suivi. Il sera passé presque inaperçu. C’est qu’on ne fête pas si facilement un tel bouleversement politique et social. Parce qu’aucun pays d’Europe n’a vraiment fait le deuil du marxisme, qui s’est effondré au cours des dernières décennies ? Parce que la « fin de l’Histoire » n’a pas eu lieu, d’où cette gêne, à Paris, Londres ou Moscou ?

Il y a 100 ans, les hommes et les femmes issus des champs et des villes combattaient ensemble contre l’oppression féodale du Tsar. Avec comme objectif de renverser un pouvoir aussi écrasant qu’inégalitaire. Bolcheviks – frange majoritaire du Parti social-démocrate – et mencheviks – frange minoritaire du même parti – tentaient de se soustraire du diktat d’un régime rigide et plaçant les « travailleurs » sous l’entière subordination des « patrons » de l’époque.

Mais on a tendance à oublier que, derrière l’expression d’une lutte des classes, la Révolution d’octobre est avant tout un mouvement pour la paix. Un combat idéologique pour sortir de cette guerre non voulue par la base et, comme toujours, initiée par des classes dirigeantes elles-mêmes bien à l’abri de la ligne de front ! Même si un certain Lénine avouera plus tard que la Première Guerre mondiale aura été une bonne chose pour son mouvement, son bras droit Léon Trotsky et lui-même étaient au départ viscéralement opposés à cette grande boucherie.

Loin de ne concerner que la Russie, le mouvement dit de « libération du travail » fut à l’époque un mouvement européen. On dirait aujourd’hui qu’il s’agissait d’un élan progressiste, mais aussi d’un grand projet révolutionnaire. Ce projet aurait démarré non en Russie, mais bien plus à l’Ouest. Dans son dernier film intitulé « Le jeune Marx », Raoul Peck, cinéaste haïtien, revient sur l’ascension de l’Allemand Karl Marx et de son compatriote Friedrich Engels. Marx s’exerce dans le journalisme et la philosophie et subit la censure. S’installant à Paris, il y rencontre l’arrogant officier Engels, fils d’un riche industriel. Leur rivalité est parfois explosive, au point d’en venir parfois aux mains. Plus tard ils se reverront, festoyant, buvant, « refaisant le monde »… Ils resteront liés par de nombreux échanges, bien décidés, jusqu’à la fin de leur vie, de changer le monde.

Fuyant l’Allemagne, les deux philosophes « de combat » observent attentivement les soulèvements de la Commune de Paris, avec l’espoir que se concrétise leur concept de dictature du prolétariat. Les deux compères auront été à l’initiative en créant la première « startup philosophique » pour les prolétaires. Dans l’espoir que leurs thèses, inscrites dans le Capital et le Manifeste du Parti Communiste, soient reprises par l’ensemble de la classe laborieuse.

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AFP PHOTO / Olga MALTSEVA

Un siècle plus tard, le mouvement ouvrier est éclaté aussi bien au plan syndical que politique. La robotisation et la mondialisation ont mis à mal cette classe sociale. Communisme et socialisme ont terriblement perdu de leur substance, voire ont été dévoyés par quelques bonimenteurs. Pour certains, ce seraient presque des gros mots ! Mais un peu partout en Europe, les quartiers les plus modestes sont devenus le théâtre d’une part d’une misère persistante, d’autre part d’échappatoires, face à une horizon social et économique bouché, nommées djihadisme et trafic de drogue.

D’après le site lesmaterialistes.com, en Allemagne le capitalisme d’Angela Merkel, faisant suite à la non moins libérale ère Schröder, aurait fini d’assécher la mare aux vilains petits canards révolutionnaires. Mais la nature ayant horreur du vide, une nouvelle opposition populaire (nouvelle lutte des classes ?) est apparue, cette fois positionnée à l’extrême droite de l’échiquier politique. Ce relent de nazisme a même réussi une percée parlementaire, avec pas moins de 92 députés affiliés au AfD (Alternative für Deutschland). Jusqu’au prochain retour de balancier à l’extrême gauche dite « révolutionnaire » ? Alors, elle est encore loin, la « lutte finale » ?
Laurent
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