L’utilité du mal-aimé

Pince sans rire, provocateur, esprit critique, Cassandre. De tout temps, des esprits indépendants ont chauffé les oreilles de plus d’un auditeur et agacé plus d’un responsable économique ou politique. Il faut admettre que, surfant sur la bêtise humaine, sur la naïveté populaire, faisant face aux mal-aimés, les as de la communication « mainstream » sont toujours prêts à en démordre, dès qu’un mal-aimé apparaît ! Les bons soldats du politiquement correct sont là, en embuscade, prêts à ridiculiser ou à clouer le bec des mal-aimés. Les gardiens du temple de la bienséance veillent au grain, fidèles à leurs donneurs d’ordres, agissant pour éviter que les mal-aimés n’acquièrent trop de crédibilité. Ce serait dangereux ! Dans ce contexte, c’est une évidence : les mal-aimés ont vraiment du fil à retordre pour se faire entendre. Alors à quoi reconnaît-on un mal-aimé ? Quelle est son utilité ?

Tout d’abord, le mal-aimé est un personnage complexe, qui souffre systématiquement d’une partie obscure de son image, qui lui échappe ! Il souffre des raccourcis médiatiques qu’en font les autres, peu respectueux de son identité et de sa différence. Il pâtit des présentations abusives, des caricatures qui sont faites à son sujet, des biographies inexactes. Le mal-aimé a parfois bien des difficulté pour contrôler ses nerfs, finissant parfois par s’exclure lui-même, par dégoût, des plateaux télévisés. Alors, comme tant de marginaux, le mal-aimé a trouvé sur Internet un refuge idéal. Et dans l’écriture. Proche des « vrais gens », le mal-aimé est toujours plus à l’aise au contact du peuple qu’au contact de l’élite. A l’image d’un Alain Soral, hésitant entre un combat politique à la gauche de la gauche ou à la droite de la droite, tout en sachant que dans ce domaine aussi, la terre est ronde. Ou à l’image du philosophe zébré Michel Onfray, proche du peuple et de l’enseignement, loin des bureaux feutrés et des spotlights d’un BHL.

Le mal aimé

En terre de pluralité, le mal-aimé apporte simplement un regard bien à lui, une vision personnelle de la société et de son actualité. Là où les uns colportent des informations et des opinions, le mal-aimé use et abuse de faits, parfois violents de par leur portée, après les avoir moult fois digérées et analysées. Le mal-aimé sait se méfier des postures autoritaires de ses détracteurs et des effets de style qui impressionnent le badaud. Souvent, du fait d’un agenda médiatique allégé – contrairement aux leaders de la télévision et de la radio – le mal-aimé peut enrichir le débat par sa vision décalée et son recul historique sur l’actualité.

Assez éloigné des journalistes et autres commentateurs « boucleux », ces êtres mi-humains mi-perroquets, le mal-aimé des médias lutte pour rester visible et audible par le grand public. Sa hargne et sa combativité lui permettent de résister à toute épreuve, y compris à celle du temps et des affaires judiciaires. Roux, juifs, arabes, handicapés, différents de tout poil, les mal-aimés sont pléthoriques. Leur combat personnel est en soi un cadeau, voire un sacrifice, pour la démocratie et pour le débat public. Mais cette présence vindicative, ce retour perpétuel sur la scène médiatique agace les gens pressés et imbus de leur pouvoir.

Agaçant aussi, au passage, les consommateurs d’information façon fast-food. Car au fond, cela arrangerait bien quelques uns que les mal-aimés restent cloitrés dans leur antre. La vie politique ou économique ne serait-elle pas plus facile, les décisions ne se prendraient-elles pas plus vite si les mal-aimés restaient sur la touche ? D’où l’éviction des « gauchos » du Grand Journal de Canal Plus ? Des mal aimés qui avaient su se faire aimer, malgré leur langue de vipère ?

Sur le temps long, les mal-aimés peuvent voir leur sort modifié. Qu’il s’agisse d’un Jésus Christ, pourchassé par Ponce Pilate ou de l’empereur Néron, version politique du mal aimé antique, poussé au suicide. A se demander si, post-mortem, les mal-aimés cherchent à finalement se faire apprécier pour ce qu’ils étaient vraiment. Mais sans se faire d’illusion sur sa cote d’amour. Car l’on sait trop combien l’importance de la première impression qu’on se fait de quelqu’un, cette persistance rétinienne, malgré le temps qui passe !

Laurent

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