Parents de héros, héros de parents

Qu’est-ce qu’un héros ? Dans la littérature ou dans les médias, il s’agit toujours d’une personne, homme ou femme, enfant ou adulte, ayant fait preuve d’une bravoure hors du commun dans un monde de poltrons. En période de paix comme en période de guerre, le héros sort du lot de ses congénères par son courage, son dévouement, son sens de l’intérêt général. Stop ! Vous vous dites : « Il est bien gentil, le personnage héroïque, mais je ne veux pas de cela à la maison ! Pas envie d’avoir à gérer les états d’âme d’un héros : c’est bien trop d’énergie, trop d’affrontements. » Car le héros désorganise, ne respecte rien. Pas envie d’un élevage de héros solitaires, de lonesome cowboys/girls chez vous ? Vos enfants n’en ont-ils pas assez de ces superhéros de pacotille, « vus à la télé » ? Stop !!

Imaginez une minute avoir un enfant héroïque à la maison. Tel un chien (un chiot hyperactif, c’est pire) dans un jeu de quilles, votre enfant-héro ne respectera rien. Pas plus à la maison qu’à l’école, d’ailleurs. Il voudra faire le cours d’histoire-géo à la place de la prof, trop « coincée ». Rusé, il passera son temps à défier l’autorité du proviseur du lycée. Déjà certain que « le monde est pourri », il passe son temps à échafauder des plans pour venger telle ou telle victime du monde. Il s’entraîne régulièrement, dès que vous avez le dos tourné, à sauver son prochain, à commencer par « la veuve et l’orphelin ». Epuisant !

Votre rejeton héroïque va vite comprendre sa capacité d’influence sur les autres, usant et abusant de son charisme naturel. Négociateur instinctif et empathique, il vous use prématurément. Sa soif de vérité vous assomme. « Pourquoi nous ? » Le soir, au fond du lit matrimonial, les parents inquiets s’interrogent sur l’hérédité de ce phénomène de foire version héroïque :
– « Tu n’avais pas un lointain ancêtre, parti aider les Américains lors de la guerre de Sécession, avec Lafayette ? » demande le mari.
– « Dis donc, tu veux que je te rappelle ce que faisait ton père en Mai 68 ? » répond, excédée, son épouse.

N’en jetez plus. Les héros sont une nécessité sociale et biologique, même, dirait Darwin. Avant de percer sur la scène médiatique, avant d’être repéré par la société locale, nationale ou internationale, tout héros n’est pas « tombé du ciel ». Il a d’abord été un enfant. Enfant plus ou moins stable, plus ou moins « classique ». Faut-il être orphelin, ou enfant de divorcés multirécidivistes, fils ou fille de délinquants pour devenir, à l’âge adulte, un vrai héros rebelle ? Sommes-nous tous des descendants de Gandhi, de Mandela ou de Robespierre ? Existe-t-il une école de l’héroïsme ?

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Tout comportement héroïque est un combat contre la fatalité, contre la peur et contre certaines conventions sociales (à l’image des nombreux héros d’humanité et autres grands lanceurs d’alertes). Alors tout héros doit porter en lui le sens du combat. Si vous passez votre temps, en tant que parent, à chouchouter, à rassurer, à bichonner votre rejeton, il y a de fortes chances que jamais il ou elle ne prenne de chemin vraiment héroïque. Chouette ! Enfin… pas avant une éventuelle « crise de la 40aine ».

Bref, vous jouez la montre ! Si vous décidez de tout à sa place et le dissuadez de ne pas suivre tel ou tel chemin qu’il envisage… Ah, vous voilà rassuré ! Ou au contraire, vous risquez de vous culpabiliser d’avoir été si protecteur (allez, surtout protectrice !) Peut-être avez-vous quelque ambition pour votre descendance, en matière de vie héroïque ? A l’âge adulte, vous ne vous êtes donc pas débarrassé de quelque élan romantique, issu de votre propre jeunesse. Voudriez-vous transférer cette énergie héroïque qui ne dit pas son nom à vos enfants ? Ou bien vous vous dites que l’un de vos rejetons, au moins un, a « bien le profil » du futur héros. Ce n’est pas une maladie… juste une question de fierté assumée.

Quel terrible dilemme : d’un côté, qu’il est sympathique de donner sa chance à un enfant d’exprimer tout son potentiel, de servir de grandes causes, de s’engager pleinement dans la vie ! Question d’épanouissement personnel, question peut-être même de bonheur. D’un autre côté, tout parent reste tiraillé par des pulsions sécuritaires, les mamans en particulier, gardiennes du nid et favorables au maintien de l’harmonie et de l’ordre.

Les pères aussi, même s’ils ont leur égo à protéger et la peur de l’échec qui les tiraille. Alors il incombe aux parents de définir les contours d’un héroïsme acceptable, d’un héroïsme positif. Expliquer aux enfants les avantages et les inconvénients d’une vie héroïque, sans vraiment trancher en faveur ou en défaveur. Interroger les plus jeunes, au vu de l’actualité, sur la différence entre un héros (une héroïne) et un(e) martyr(e). Rappelez-vous aussi que dès 3 à 6 ans votre enfant se projetait dans l’avenir, « quand je serai grand… » Quant à vous, essayez de vous rappeler de ce qui fait la caractéristique de tout héro ordinaire : sa liberté inconditionnelle. Comme dans la chanson « Il est libre, Max ».

Si vous sentez que « votre » adolescent prend déjà la voie d’un héros, sauveur du monde ou Robin des Bois, ne le brimez pas. Il doit s’exprimer, alors abstenez-vous de trop vite le juger ! Gardez simplement le contact. Parents de héros, aventuriers assagis, vous ne croyez pas au hasard de la vie. Au fond, et si c’était d’abord vous, les héros ?

Laurent

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