Chanson douce

Une chanson douce ? Le roman éponyme de Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, aurait put être une chanson douce. Car c’est un fait : Chanson douce, comme le titre d’Henri Salvador, parle d’amour, beaucoup d’amour, au quotidien. Une histoire simple, proche des gens, naturelle comme peut l’être l’affection des parents et des nounous envers les enfants.

C’est une histoire qui aurait pu être belle. Qui aurait dû l’être, assurément ! D’ailleurs Chanson douce, en version anglaise, c’est « The Perfect Nanny« . Une douce rencontre entre cette famille parisienne et Louise, cette nounou providentielle. Beaucoup de douceur, d’attention et de tendresse, du moins, au début de leur rencontre ! Le tout à l’issue d’un recrutement difficile, stressant pour les jeunes parents de deux enfants.

Et puis tout part en glissade. Une lente glissade, un dérapage sournois mais incontrôlé, à l’issue fatale. Entre les parents de Mila et Adam et Louise, la nounou, l’auteure ne cesse de nous rappeler combien leurs vies parallèles ne peuvent durablement s’accorder. Pourtant le lecteur a envie de lire Chanson douce comme l’histoire d’une belle rencontre, d’une parfaite harmonie entre ces êtres que tout séparait à l’origine, socialement et économiquement.

Mais le fossé social reste là, devant nous. Il est béant, fatalement creusé entre les parents de Mila et d’Adam, dans le rôle des employeurs, et Louise, dans le rôle de l’employée de maison, super-nounou « bonne à tout faire« …

Le contraste s’accentue entre la nounou, issue d’une famille écorchée, à l’horizon économique et culturel bouché, et des parents en quête de réalisation professionnelle, mais un peu voire beaucoup peu « largués » comme parents ! La rencontre avec Louise, nounou providentielle, va petit à petit se transformer, se dégrader et se muer en piège inextricable. Chanson douce ? Quel mauvais rêve ! Les petits gestes affectueux de Louise ne laissent personne indifférent. Mais petit à petit ils ne sont plus qu’un souvenir passé.

L’issue tragique de cette histoire familiale, sous forme de fait divers sordide, n’empêche pas la compréhension de l’attitude de la nounou. Mais le malaise grandit au fil des pages. Le lecteur connaît une phase de sursis lors d’une escapade en Grèce, à l’occasion de vacances en présence de Louise. Mais on sent bien que l’auteure joue avec notre patience, que cet éloignement en mer Égée, loin de l’épicentre parisien, revient à nous faire reculer pour mieux sauter…

Maladroits, les parents de Mila et d’Adam hésitent dans l’attitude à adopter envers Louise. Faut-il l’aider, si tant est que Louise puisse l’être vraiment ? Faut-il l’éconduire, s’en débarrasser comme d’une vermine, d’une dangereuse rencontre ? Pris au piège, les parents, jeunes parents, ne réalisent même plus combien leur attitude peut être humiliante pour Louise. Comme la chute de l’histoire nous est dévoilée dès le démarrage, il n’y a plus de suspense.

Non, dès le début c’en est fini du suspense. Nous n’avons plus d’attente, si ce n’est de comprendre. Enfin…essayer de comprendre les tenants et les aboutissants d’un tel fait divers. Dès le départ, Leïla Slimani joue avec nous et nous tend un sacré piège. Elle nous invite à jouer les confidents. Elle nous traite comme des lecteurs très proches. On en devient presque complice des parents de Mila et d’Adam. Presque complice aussi de Louise, qualifiée de « mélancolique délirante ». Si affectueuse et pourtant criminelle…

Est-ce un crime de trop aimer ?

Laurent

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