USA-Iran : le « double effet kiss cool »

Il n’aura échappé à personne que l’administration de Washington, à l’ère de Donald Trump, a clairement choisi son camp au sein du plus gros bazar planétaire : le Moyen-Orient. Un bazar organisé, ou plutôt désorganisé, par les grandes puissances occidentales. En bons chefs de file, les États-Unis favorisent clairement l’Arabie Saoudite et tentent de disqualifier l’Iran. L’Iran est ainsi montré du doigt, et sanctionné économiquement, n’en déplaise aux partenaires commerciaux français ou russes.

Outre l’épineux dossier du nucléaire iranien – qui peut rappeler à certains observateurs la question des soi-disant « armes de destruction massive » irakiennes à l’ère Bush – le pétrole demeure la question centrale. Pourquoi donc le pétrole ? Tout simplement parce que son exportation est une source essentielle de revenus à Téhéran. Et parce que l’activité industrielle relative au pétrole représente quasiment 20% du PIB de l’Iran.

Premier effet kiss cool : si l’économie iranienne plonge, des politiciens « extrémistes » pourraient prendre les commandes, justifiant l’intervention d’une coalition internationale. Cela s’est déjà produite à de multiples reprises au Moyen-Orient, il faut s’en souvenir… Et dans ce cas, les cours du pétrole pourraient bien flamber !

En attendant, tout embargo décidé unilatéralement par Washington revient symboliquement à déclarer une guerre commerciale à Téhéran. A qui profite le crime ? La réponse est probablement la suivante : aux autres producteurs de pétrole ! On pense d’abord aux grands alliés que sont les Saoudiens, leaders mondiaux de l’énergie fossile (hors charbon). Sauf qu’il n’aura échappé à personne que les États-Unis, au travers du miracle économique du pétrole et du gaz dit « de schiste » se sont refait une place importante sur le marché. Car non seulement les États-Unis pèsent lourd côté demande intérieure, mais depuis quelques années ils sont passé d’une situation déficitaire à une situation excédentaire (donc exportatrice).

C’est là que la question du prix intervient ! Si sur un marché la production vient à augmenter plus que d’habitude (donc l’offre globale augmente), à demande constante les prix DOIVENT baisser. Or dans le cas du pétrole, toutes les productions ne sont pas équivalentes au plan financier. Ainsi, le pétrole facile à extraire (Saoudien notamment) coûte beaucoup moins cher et peut relativement bien supporter une baisse du prix de vente. Inversement, un pétrole extrait très profondément ou bien issu des nappes non conventionnelles (le pétrole de schiste demande beaucoup plus de moyens techniques, d’énergie et entraîne une multiplications des forages) coûte beaucoup plus cher.

Coût extraction pétrole

Extraire du pétrole : combien ça coûte ?

Une estimation citée dans Alternatives Économiques indique que le pétrole de schiste américain coûte plus de 2 fois plus cher que le pétrole du Moyen-Orient ! Alors face au refus répétés de l’Arabie Saoudite de baisser sa production, l’alternative américaine consiste à limiter ou stopper les ventes du pétrole iranien. Au passage, cela produit des inquiétudes (tensions géopolitiques) et finalement cela réduit les volumes présents sur le marché mondial. D’où effectivement la nouvelle remontée des cours du pétrole. Ce qui ne peut qu’arranger les affaires internes de l’économie américaine !

Où est donc caché le « deuxième effet kiss cool » ? Dans la bulle spéculative qui entoure, aux États-Unis, la ruée vers le pétrole (et le gaz) de schiste. Pour repousser au plus tard l’effondrement de la production, qui coûte d’ores et déjà beaucoup plus cher on l’a vu que celle des pétroles dits conventionnels, Washington se doit de maintenir des prix de vente élevés sur le marché mondial. C’est ainsi qu’elle « sauve les meubles » en permettant aux différents acteurs d’atteindre le fameux seuil de rentabilité. Et de rassurer leurs actionnaires…

Donald, qui rêve comme son prédécesseur, de relocaliser l’économie américaine grâce à cette opportunité d’indépendance énergétique, tente donc un coup de poker. Car cette manœuvre est au mieux passagère, au pire illusoire. Elle promet, tôt ou tard, des lendemains qui déchantent et le prolongement du chaos dans le Moyen-Orient.

Laurent

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