L’horizontalité, héritage ou utopie ?

Heide Goettner-Abendroth est une spécialiste des sociétés matriarcales ou matrilinéaires.
Elle parle aussi de matriarchie au sujet de « sociétés horizontales non hiérarchiques de parenté matrilinéaire ». Elle a notamment étudié les sociétés préhistoriques, au fonctionnement principalement horizontal, comportant un relatif équilibre des pouvoirs entre parents, un peu à l’image de ce qu’on trouve encore de nos jours dans le Nord de l’Europe.

Dans Au nom du Père : une histoire de la paternité, l’historien Jacques Dupuis affirme que « L’erreur  que commettent la plupart de nos contemporains, c’est de projeter notre conception familiale sur le passé préhistorique. Il ne pouvait exister alors que des institutions protofamiliales, c’est-à-dire des groupes très larges, dont la cohésion était assurée par seulement par les mères ; d’où l’expression de sociétés matrilinéaires ».

L’horizontalité est un concept assez ancré dans l’univers du management. Tout étudiant de business school à travers le monde se voit inculqué les vertus du management horizontal, des organigrammes « plats », des structures hiérarchiques courtes. Plus courtes sont les structures, plus grande serait leur efficacité, leur agilité, leur sens du réel. Idem pour le management consultatif, voire l’empowerment, au cœur de l’horizontalité !

Il est souvent avancé que lorsque l’horizon se voile, que l’incertitude augmente, il faudrait dire adieu aux organisations verticales. Dans la réalité, la distance hiérarchique n’a pas disparu des écrans de contrôle, loin s’en faut. Le découpage en business units autonomes n’enlève en rien le reporting permanent, les process et leur verticalité. Et que dire de l’explosion des écarts de salaires entre top management et employés ?

Tout porte à croire que l’idée d’horizontalité demeure utopique comme celle d’égalité. Alors qu’un Frédéric Lordon fait le parie d’un tournant historique du système capitaliste, patriarcal et matérialiste, l’horizontalité effraie autant qu’elle divise. En politique, la prédominance de la démocratie dite représentative éloigne les citoyens du pouvoir, de la participation aux décisions et du suivi de la vie de la Cité. Comme si, formatée par des siècles de verticalité, la société hésitait encore à plonger dans le grand bain de la responsabilité. D’où cette impression persistante que l’horizontalité n’est qu’utopie.

Laurent

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