Peut-on être, au présent ?

La crise du Covid nous a appris à choisir entre présentiel et distanciel. Il nous a donné l’occasion d’être présent aux autres, d’être disponible, plus disponible. Mais la distance s’est aussi creusée, les fossés se sont agrandis entre les uns et les autres, les nantis et les gens de l’ombre.

Et puis, peut-être, rien n’a vraiment changé. Au fond, le même cirque recommence ! En octobre fleurissent les préventes de Noël. Jusqu’où peut-on sacrifier le quotidien pour mieux glorifier certaines journées triées sur le volet ? Il n’y a bien que le genre humain pour à se point se projeter dans une course contre la montre, pour si peu savoir vivre au temps présent, et ce toute l’année.

L’a-t-on à ce point voulu, ou seulement subi ? En tout cas nous sommes pris dans une grande saga médiatique et commerciale qui sans cesse nous fait miroiter l’avènement du grand jour d’après. A l’instar de Noël (qui donc débute, en before, deux mois plus tôt) ou des grands messes électorales qui bientôt commenceront à peine l’élection précédente achevée !!

Mais qu’on comprenne la grande distribution : c’est que ça s’organise un tel événement. En mode projet, il faut anticiper les achats et gérer les approvisionnements en quantité, en qualité et dans les délais. Tout retard est proscrit. Alors pour assurer une parfaite synchronisation avec la gestion, le marketing s’en mêle et la pub n’attendra jamais le dernier moment pour nous abrutir de ses bruyantes campagnes d’annonces bigarrées.

Qu’on comprenne aussi les grands médias et les partis politiques : quand on n’a rien de neuf à se mettre sous la dent (depuis la dernière grande guerre ou le dernier changement de régime politique) il faut quand même bien apprendre à occuper l’espace, à délayer la sauce. D’où cet éclair de génie qui consiste à anticiper, éviter à tout prix de faire du bruit au dernier moment, en mode juste-à-temps. Le grand moment citoyen n’est pas pour demain mais faisons-en un teaser à durée indéterminée. Et qu’importe si tout cela n’a vraiment aucun sens, en pleine crise de la représentativité.

Lorsque la projection dans l’avenir, cette tension permanente, déborde et envahit tout, alors nous n’avons plus le temps ni l’énergie quotidienne pour savourer l’instant présent. Reste le mode survie. On se posera et on appréciera les choses simples de la vie « quand on aura le temps ». C’est ce que même des retraités constatent ironiquement. Pourtant tout cela n’est qu’une question, dans le fond, de choix personnel. Mais il est difficile de résister au conditionnement extérieur.

Donc oui, on peut être « présent au présent », mais cette façon d’être accepte mal la demi-mesure.

Laurent

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