Où sont passés les enfants de Gorgias ?

Gorgias, tout comme Calliclès, Protagoras et d’autres personnages de l’Antiquité, ont formé un groupe de rebelles à la grande époque des premiers philosophes. Du temps de Socrate, de Platon puis d’Aristote. Ces jongleurs de la pensée et de la parole ont été nommés sophistes (de sophos, pensée en grec). On les a souvent opposé aux « vrais » penseurs que furent les philosophes.

Pour briller en public, pour épater la galerie ou pour mieux convaincre, les sophistes usèrent et firent commerce de procédés basés sur la rhétorique, « science et art du discours sur les esprits ». Aujourd’hui encore, le storytelling fait fureur dans bien des milieux professionnels, auprès d’investisseurs, de salariés, de clients ou, plus largement, auprès du grand public. Pour convaincre, autrement dit « vaincre totalement », il faut à la fois parler à la raison, aux valeurs et à l’affect. Convaincre avec des faits, séduire avec des émotions, informer dans la confiance. Un procédé vieux comme Érode !

Calliclès (de kallistos, le meilleur) avait une vision assez réaliste de la nature des choses, du monde, des gens. Selon lui, la philosophie était purement inutile, car trop détachée du réel ou trop utopique. Une tentative de disqualification et une opposition systématique qui peut nous rappeler des débats contemporains. Car ne serait-ce que dans le système éducatif, on oppose régulièrement les enseignements « utiles » à ceux dont on a bien du mal à percevoir l’utilité, comme cette fichue « philo » coincée dans un coin de table, en année de terminale…

A travers Calliclès s’exprimaient deux visions du monde, l’une plutôt démocratique, tendant vers l’égalité et l’autre, plutôt aristocratique, acceptant sans complexe tout type d’inégalité au nom de la « nature ». Certains considèrent les sophistes de l’Antiquité comme une source d’inspiration dans un monde « post-moderne », celui des crises morales, économiques, politiques et environnementales. Face au vide qui nous entoure et au chaos qui se prolonge et s’aggrave, les jongleurs de la pensée seraient aujourd’hui nos nouveaux prestidigitateurs, nos nouveaux guides, plus que jamais en désaccord avec les laborieux philosophes que plus personne n’écoute !

Laurent

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