Écoanxiété ou écocide ?

L’économie et l’écologie sont comme deux frères qui ne se parleraient plus. La « gestion » de la maison, au sens d’une saine gestion « bon père de famille », ce que devrait être l’économie, a depuis longtemps coupé les ponts avec la science naturelle, la géologie, l’étude des liens qu’est l’écologie. Auparavant il y avait eu séparation entre le sacré et le séculaire, puis séparation de part et d’autre du mur de Berlin pendant la Guerre froide, l’axe du Bien contre celui du Mal. Mais la division du monde n’allait pas s’arrêter là…

Conséquence de cette brouille entre économie et écologie, un monde plus divisé que jamais. Des riches toujours plus riches, un ventre mou qui a peur de décrocher, et une fange paupérisée qui rame au quotidien, de la banlieue parisienne ou new-yorkaise à celle de Rio ou de Calcutta. Des hors-sol d’un côté aux invisibilisés de l’autre. Une économie financière déconnectée de l’économie réelle. Et par-dessus le marché, le numérique et l’inflation du virtuel qui nous éloigne encore plus d’oikos : la maison !

Cette brouille entre économie et écologie, cette réconciliation impossible entre société de consommation et durabilité de la vie (ou du sens commun) sur terre, a créé de nouveaux maux, du burn out au bore out. Et chez les plus jeunes, l’écoanxiété, nouveau terreau fertile pour psychologues et gourous de toute sorte.

Plus qu’une brouille entre économie et écologie, il s’agit d’une embrouille, un piège, puisque les abus de l’un affecte l’autre, et que des rétroactions (ou effets boomerang dûment listés à l’ONU et ailleurs) pourrissent en fait la bonne marche de l’économie elle-même. D’où la volatilité des marchés, les crises à répétition, des subprimes ou du covid, la guerre et l’inflation, etc. Mais les faits sont têtus et les deux frères restent liés à jamais. Comme le corps et l’esprit, comme aussi dans le développement des maladies psychosomatiques !

L’écoanxiété touche une jeunesse encore plus désenchantée que la génération précédente au même âge. Les boomers avaient surfé sur la vague des Trente glorieuses, du plein emploi, avant de boire la tasse des année 1970, de l’inflation, du ralentissement économique, du chômage. Une enfance et une adolescence dans un contexte certes déjà turbulent, avec son lot de guerres (Algérie, Viet-Nam) et de crises, mais tout de même, la perspective de l’écoanxiété était assez limitée. Les enfants des boomers, de ladite génération X (nés entre 1965 et 1980) pouvaient s’inquiéter des perspectives économiques et écologiques, pour eux et pour la planète. Ils étaient trop jeunes quand eut lieu le double choc pétrolier, signe manifeste des limites planétaires et de la géopolitique qui « joue avec le feu ».

Etaient-ils des victimes, innocents héritiers d’un monde non souhaité, trompés par leurs parents et par leurs grand-parents ? Cette écoanxiété pose problème. Elle semble nous montrer que la hiérarchie des valeurs contemporaines, avec en tête de liste le travail, l’argent, la consommation (et la propriété individuelle), pourrait ne pas être si solide que cela. Hiérarchie instable, risque de chute imminent ! Comme si l’écoanxiété, au-delà d’un « problème de riches », nous renvoyait le reflet de l’insoutenabilité de nos choix, de nos modes de vie. Reflet difficile à supporter : courage fuyons, ou calfeutrons-nous dans le déni façon Titanic.

A l’autre bout du spectre, néologisme surprenant mais encore assez timide dans sa diffusion, l’écocide. Il s’agit bien d’une responsabilité, de la dénonciation d’abus voire de crimes. Comme la notion de crime contre l’Humanité, elle pointe du doigt des responsables qui disposent d’appuis puissants, d’avocats chevronnés. Ces accusés (ou présumés coupables) excellent dans la partie de cache-cache ou d’attrape-moi-si-tu-peux ! Autant l’écoanxiété revient-elle à porter un fardeau, individuellement, se sentir coupable au nom de l’ensemble d’une famille, d’un pays, d’une société. Autant l’écocide, si l’enquête est bien menée, nous renvoie à des individus, politiques ou financiers, dirigeants ou banquiers, maîtres du déni, pour ne jamais porter la moindre responsabilité.

Là où le bas blesse dans cette histoire de responsabilités, c’est que l’on y trouve à la fois des élus (et la co-responsabilité de ceux qui ont voté…) et des non-élus (directement visés par les sanctions civiles et pénales). Ils se tiennent par la barbichette et leur solidarité est parfaitement huilée. Partout, la collusion du pouvoir politique et économique forme un rideau de fumée qui retarde toute poursuite véritable. Que les écoanxieux retournent à l’école ou se replient dans leur éco-dépression, cela en arrangerait plus d’un ! Report du jugement aux calendes grecques et après nous… le déluge !

Business as usual, ecocide as usual

De cette tension entre écoanxiété (réelle ou latente, présente dans tout esprit un tant soi peu doté de moralité) et écocide s’est produit un petit miracle de la créativité humaine, un joli cautère sur une jambe de bois nommé « green washing« . Le green washing fait le pont entre l’écoanxiété, qui risque de devenir un nouvelle pandémie et n’apporterait rien de bon ni pour la vieille machine industrielle ni pour l’économie de marché, et l’écocide, épée de Damoclès du tourne autour de la tête des tenants du système, de Davos à Doha, de Miami à Shanghai. Avec le green washing, on vend du rêve et de l’espoir aux plus déséspérés.

Avec le green washing, mariage de raison entre politique et marketing, entre le pouvoir et le paraître, on se défausse à moindre coût, on se fabrique une nouvelle porte de sortie, une issue de secours pour que rien ne change !

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Une réflexion sur “Écoanxiété ou écocide ?

  1. Merci pour votre question ! Pour ne pas voir bruler la maison et ne pas mourir de stress, je dessine … Petit commentaire artistique en partage sous forme de dessins engagés « La robe de Médée » : https://1011-art.blogspot.com/p/la-robe-de-medee.html ainsi que « Vous êtes ici » : https://1011-art.blogspot.com/p/vous-etes-ici.html
    Ou encore la série du moment « Vanité » dont le rapport du GIEC est à l’origine : https://1011-art.blogspot.com/p/vanite.html

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