Le banquier et le lampiste

Janvier 2008 : l’affaire Kerviel éclate au grand jour. Cela n’aurait pu être qu’un licenciement, une procédure presque banale ! L’employé et l’employeur, en désaccord autour de 5 milliards de perte (quand même !) auraient pu trouver un accord à l’amiable ou au pire se seraient retrouvés, à l’abri des regards médiatiques, devant les Prud’hommes. Que nenni ! La direction de la Société Générale, sûre de son fait, allait en décider autrement. Et voilà la banque, réputée dans le monde entier pour sa créativité et ses innovations financières, à l’image sympathique liée au rugby, qui se retrouve avec son jeune trader (âgé de 30 ans à l’époque des faits) en pleine place publique. Quel plaquage ! C’est que cette perte sèche tombe assez mal. Car à cette ardoise s’ajoute le bouillon amer des subprimes. L’un de ses traders, pas très « fair play » serait en fait un « voyou », un « terroriste » dixit la banque ! Qui est ce vilain garçon ? Jérôme Kerviel, breton d’origine au caractère solide comme du granit, n’est pas diplômé du gratin des grandes écoles. Il est passé par la fac de Nantes pour se spécialiser dans les marchés financiers sur les bancs de l’université Lyon 2. Il ne fait pas partie du gotha des plus grands traders de la banque, et gagne beaucoup moins que nombre de ses comparses. Mais ne sortons pas trop vite nos mouchoirs…

Le 19 mars dernier, la cour de cassation confirme la condamnation de J.K. à la prison mais casse les dommages et intérêts de 4,9 milliards d’euros, ce qui promet une poursuite du feuilleton judiciaire. (Huffington Post)

L’ancien patron de la SG doit se mordre les doigts. Car l’arrogance a un prix. Tout excès de pouvoir finit toujours par se retourner contre celui qui le commet. La France dans sa grandeur demeure un pays culturellement réputé pour ses lampistes, ou comment, en cas de problème épineux, faire porter le chapeau à un seul individu ? Individu si possible plus faible et moins organisé que soi-même… En 2008 la SG s’était empressée de « charger » le jeune Kerviel de tous les maux. Mais il y a fort à parier que la faute était partagée. JK pouvait-il seul monter une « banque dans la banque » ? C’est du cinéma ! L’entreprise a certainement péché par excès de confiance, à une époque où tout le monde croyait que « le ciel est la limite ». La faute donc à l‘insouciance et l‘inconscience collective. Tous coupables ? Mais alors pourquoi accabler un seul homme ? La réalité se trouve davantage dans l’organisation du métier d’opérateur de marché. Le peu de poids du contrôle interne sur le « front office ». Les signaux d’alerte ont dû clignoter mais le laisser-faire par appât du gain a primé.  Le peu de prise de la hiérarchie envers les « happy fews » qui font gagner tant d’argent à la banque. Touchez pas au grisbi ! Jusqu’au jour où…

Des années plus tard, des faits du même ordre ont éclaté chez UBS ou JP Morgan. Et qui se souvient de Nick Leeson et de la fin de la banque anglaise Barings, disparue en 1995 ?  Certains traders au banc des accusés se sont reconvertis en écrivains ou cinéastes. Bien entendu, dans la vraie vie bancaire, loin des caméras, la discipline et la rigueur ne sont guère à l’ordre du jour. Certes quelques garde-fous ont été dressés,  dont les normes prudentielles de Bâle pour rassurer le chaland et le politique. Mais la prudence est bien timide face aux tsunamis prêts à déferler à toutLampiste moment, sur une planète financière tellement interdépendante et myope. Comme quoi il n’y a pas que l’état français qui peine à se réformer ! Le combat de JK, dans le rôle de David, contre son ex-employeur, dans le rôle de Goliath, six ans plus tard, ne fait donc que commencer. JK, qui a gagné une bataille mais pas la guerre, souhaite un partage des responsabilités. Mais il est éreinté par ce combat et avoue être passé « près du néant » avant sa halte salvatrice au Vatican. Certains penseront à un coup de com’ mais l’intéressé s’en défend et convoque la « justice divine », déçu qu’il est de celle des hommes…

 

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