« Je sais… »

« JE SAIS…» Qui n’a pas entendu son fils ou sa fille réagir sèchement et seulement par un « je sais » à une injonction, un conseil, pourtant exprimé avec une apparente bienveillance ?
« JE SAIS… », c’est pour celui qui le dit une évidence : « j’ai entendu, compris le message… mais laisse-moi tranquille ! » C’est l’aveu d’un refus du dialogue. Une protection contre le monde extérieur, incertain et inconfortable.

Mais la mode du « je sais » ne s’arrête pas au strict cadre familial et aux rapports parents-enfants.Je sais

Hélas, non… Les pros de la communication connaissent bien le fossé entre émetteur et récepteur, les difficultés liées à l’écoute, la compréhension d’un message. L’incertitude concernant l’accord du récepteur du message (qui doit être capable et prêt à admettre et accepter l’idée qu’il faudrait faire ceci, changer cela…) et, au final, le passage à l’acte de notre interlocuteur, à la maison ou dans la vie professionnelle. Les vendeurs et autres marketeurs ont tous fait aussi l’amère expérience du client dont les actes ne suivent pas les paroles !

Du côté de Lyon, on a depuis longtemps réagit au « jesaisisme », dangereux par sa passivité, en distillant l’expression suivante : « c’est pas le tout d’y dire, y faut encore y faire ».
Au fond, voilà bien une idée universelle, en particulier en temps de grands changements et de remises en question. Souvent nos chères têtes blondes n’attendent pas l’adolescence pour exprimer à leur manière leur refus d’obtempérer et leur résistance au changement. Ce « je sais » nous affiche, à notre grand regret parental, un penchant assez faible pour le dialogue du côté de notre progéniture. Alors on se dit qu’en passant à l’âge adulte, les choses ne vont pas forcément s’améliorer !

« Je sais », prétend le responsable scientifique ou politique face à telle ou telle catastrophe en cours ou annoncée. « Je sais », ou plutôt « je savais » répète l’économiste (à la science pourtant si « molle » donc incertaine) face à une énième mauvaise nouvelle relative au PIB, aux statistiques de l’investissement, de l’endettement ou de l’emploi. Chacun dans son « silo », chacun dans sa spécialité, chaque adulte se dit « je sais ». Mais cela ne le dispense, en aucun cas, de continuer d’agir comme si de rien n’était, dans le déni le plus parfait. Est-ce par impuissance, manque de motivation ou d’imagination ? Reste le « je sais », gravé dans le marbre des déclarations officielles, nationales et supranationales (Nations Unies, etc.)

Ils sont là, les « responsables » officiels qui prétendent avoir compris ce qui se passe, et savent, contrôlent, où nous allons. « Nous savons », alors restez tranquilles, vont-ils nous ressasser. L’affaire est entendue. Mais est-elle vraiment comprise par tous ?

A un niveau individuel, nous sommes tous affectés de « jesaisisme » plus ou moins aigu. Etrange fièvre à tendance autistique, expression d’une colère ou d’un refus de communiquer.
A-t-on à ce point peur d’échanger nos idées ou nos sentiments ?

Mr Je sais rien

 

Avouons que le confort de nos objets électroniques fétiches ne nous pousse guère à la vraie communication !! Alors pour tenter de résister à cette épidémie « jesaisiste », oublions un peu ce cher Descartes qui nous a quelque peu égaré. Relisons Montaigne et n’ayons pas peur du ridicule en remontant jusqu’à Socrate qui, à l’inverse de tous, soutenait qu’il ne savait pas ! « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. » Belle leçon d’humilité à l’âge d’Internet et des tablettes qui nous font croire en l’omniscience, dans un rêve puéril de toute puissance. Sagesse socratique qui ouvre la voie du partage et du dialogue…

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3 réflexions sur “« Je sais… »

  1. « On sait », nous dit également Bernard Guetta, le journaliste de géopolitique, quand on l’interroge sur la France. Il suffit, il est vrai, d’écouter la Cour des Comptes et de se pencher sur les nombreux rapports (Gallois et comparses). D’après B.G. 80% de la classe politique française serait d’accord sur deux points majeurs de ce qu’on sait qu’il faudrait faire, façon « y a qu’à, faut qu’on… »
    1°) réduire l’endettement de l’Etat
    2°) investir dans les industrie d’avenir, la recherche et l’éducation (ce qui peut sembler paradoxal
    et même antinomyque par rapport au point précédent)
    Alors que tous les sceptiques et autres incrédules se rassurent : en haut lieu aussi, il y en a qui disent « je sais ! »

  2. Pingback: La terrifiante liberté de l’économie partagée | light up my mind

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