Le prix de l’arrogance

Arrogance d’une banque, la sympathique SG, dont l’ex-patron Monsieur Bouton empressa de charger un certain Jérôme K. pour ce qui fut appelé, non sans parti pris, « l’affaire Kerviel ». De procès en procès, « l’affaire Kerviel » ne devait pas devenir « l’affaire de la Générale » selon le principe très occidental qui consiste à trouver un « lampiste ». Le pourvoi en Cassation aura été une mauvaise nouvelle pour la banque du rugby. Manque de fair play ? Défaut de contrôle hiérarchique (comment ça il avait agit en cachette sans que ses N+1 et N+2 ne soient au courant de son trading extrême ?) et faiblesses du contrôle interne (service plutôt sous-payé et traditionnellement peu valorisé, peu respecté dans les banques). L’affaire Kerviel c’était David contre Goliath. Notre David breton, passant par le Vatican, est allé voir le Pape. Ensuite, dans un remake de « Catch me if you can », il s’est déclaré en pèlerinage. Ses fautes, et la dilution des responsabilités, auraient dû normalement l’entraîner devant les Prud’hommes.

Mais la Société Générale, avec l’arrogance et la certitude d’un empereur romain, a voulu qu’il soit jugé sur la place publique, pariant qu’il finirait dans l’arène avec quelques lions. Cléments en 2008, les juges lui ont d’abord offert 30 années de prison ! Depuis la crise financière, d’autres cas similaires sont sortis, chez d’autres petits banquiers comme UBS et JP Morgan. Depuis aussi, le grand public a eu connaissance des liaisons dangereuses entre les Etats et les banques. Secteur économique au-dessus du lot. Groupe de pression à la puissance inimaginable par le commun des mortels.

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On se souviendra du discours moralisateur d’un certain Sarkozy à l’ouverture du 40ème Forum économique mondial de Davos, se faisant l’avocat du peuple européen. Il exhortait les responsables du monde entier à un retour à l’honnêteté, l’intégrité. Son discours aurait pu être extrait d’un livre de morale, comme ceux des écoliers du début du XXème siècle. Voire, version plus moderne, d’un flyer d’Attac ou de l’ONG Financial Watch ! Seulement voilà. Après l’heure de la panique et de l’émotion, la fièvre réformatrice est retombée. Régulation après régulation (accords Bâle I, II et III) certains pensent qu’il ne faudrait pas aller trop loin. La peur que l’on ne tue la poule aux oeufs d’or ? Revoilà l’éternel débat entre les libéraux (parfois laxistes) et les partisans de la régulation, de la mainmise de l’Etat sur un secteur pourtant si stratégique dans nos sociétés dites avancées.

L’arrogance des marchés financiers est particulièrement criante dans les pays développés. Quand on est sûr de gagner à tous les coups, et de gagner beaucoup… Car c’est là que se forment les bulles. C’est là qu’on se grise le plus, que l’économie financière prend chaque fois son envol, laissant « à terre » l’économie réelle (celle qui crée de vraies richesses, des emplois, qui innove).

L’économie réelle, dans le bilan des banques, ne pèserait que 30%. Le reste donc ce ne serait que du vent spéculatif. A cette inconsciente arrogance gestionnaire s’ajoute le poids ou, plutôt, le surpoids des méga-banques qui combinent activités commerciales et activités spéculatives hyper-risquées.

Ah qu’il est perfide, le grand méchant risque financier. « Pile je gagne, face tu perds ! » Revoir le Loup de Wall Street, lorsque est le mépris de l’homme de la rue culmine. Dans le cas des banques européennes, l’argent public à hauteur de 450 milliards d’euros (plus ou moins remboursé depuis) aura coulé à flots, pour aller à la rescousse d’une petite bande de traders qui ont perdu le contrôle de leurs gros bolides. Ils étaient en flagrant délit d’excès d’arrogance. Ils fonçaient tête baissée, pied au plancher en pleine ville, à une heure de grande affluence. Les agents de la circulation les voyaient aller et venir, mais ne les arrêtaient jamais !

Nous connaissons l’interdépendance, et donc la fragilité « systémique », de ces gros parieurs (Jérôme Kerviel était un petit bleu comparé à ces caïds). Pour sortir de cette spirale infernale, la solution n’est probablement pas de tout casser ni de tout étatiser. Paradoxalement, une ébauche de solution pourrait provenir de l’expérience US. Car que se passe-t-il outre-Atlantique ? Le soutien aux banques est devenu moins systématique. En 2009, Le Figaro reportait la faillite de 130 banques chez l’Oncle Sam. Une véritable purge mais ce n’est pas fini. Car il n’est pas politiquement tenable, ni en Europe ni ailleurs, de maintenir un système aussi anti-démocratique, où les profits des banques restaient privatisés, tandis que les pertes, elles, celles-ci étaient étatisées.

Le comble de l’arrogance et de l’audace, tout de même !

Côté européen, un projet d’union bancaire est prévu pour la fin 2014. Alors osons aller jusqu’au bout du principe libéral, en mettant enfin nos chers banquiers face à leurs RESPONSABILITES.

En attendant, l’arrogance et la prise de risque cheveux au vent semble encore avoir de beaux restes. En effet, les prêts hypothécaires* qui s’élevaient à 97 milliards de dollars en 2007 (un an avant la disparition de Lehman Brothers), devraient dépasser les 100 milliards en 2014. Affaire à suivre !

* collateral debt obligations, impliqués dans la crise des subprimes

A écouter : la finance globale est-elle sous contrôle ?
A lire : cette année 130 banques ont fait faillite

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