Dessine-moi une école

EcoleLe Petit Prince voulait qu’on lui dessine un mouton, mais en ce qui nous concerne, c’est une école qu’il nous faudrait de toute urgence. Avec un grand E, s’il vous plaît.

Sans faire de catastrophisme, certains comme Richard David Precht vont même jusqu’à dire que notre école est un crime, tant elle dégoûte les enfants du plaisir d’apprendre et exploite peu leurs compétences si incroyables à un âge où le cerveau est encore merveilleusement plastique..

Elle est également complètement décalée dans la mesure où 70 % des métiers qu’exerceront nos enfants n’existent pas encore. L’idée même de formation a donc totalement changé de visage.

Force est de constater que l’école en France, loin d’avoir pris le virage numérique, n’a pas non plus réussi à intéresser nos enfants à des thématiques si riches comme la science, la littérature ou l’histoire. L’école a même perdu le monopole du savoir d’après Richard David Precht.

Propos d’un élève de 12 ans, forcé d’apprendre la carte de géographie des reliefs : « à quoi ça sert ? Si je veux, j’ai tout sur Internet en un clic… »

C’est peut-être cela le constat le plus accablant de l’école de 2014 : le savoir est devenu si accessible que la question n’est plus de savoir comment l’obtenir mais bien de le critiquer, de l’analyser et de faire le tri dans la masse d’information disponible.

Autre propos entendu chez nos ados : « ce prof ne « vend » pas sa matière… »

Vendre ? L’école serait donc devenue un menu à la carte dans lequel on achète de l’intérêt, des infos, des méthodes ? Au-delà des inquiétudes sur les réseaux sociaux et sur le tout-numérique, personne en France, n’a encore fait le bilan d’une génération bercée à Internet. En 10 ans, du point de vue du savoir, le monde a plus changé qu’en 50. Une petite pensée au passage pour Encyclopédie Universalis,qui vient de déposer le bilan… A notre époque, pas un exposé, sans en tourner les pages, imposantes de sagesse et de savoir.

Aujourd’hui, la majorité des élèves font des copier-coller sur Internet, obligeant les profs à des acrobaties toujours plus compliquées pour procéder à la fameuse « notation » des copies. Le sujet des devoirs n’a pas changé, alors que la matière première est désormais à portée de main. Certains professeurs ont réagi en imposant les sources des exposés et en modifiant leurs demandes, mais globalement le système est resté le même et les initiatives des uns et des autres, se perdent dans la fourrure du Mammouth, qui ne veut pas passer au XXIème siècle.

Plutôt que de faire le constat de ce que l’école apporte aujourd’hui, nous avons fait, avec Laurent, l’inventaire de ce qu’elle devrait permettre d’apprendre :

à se remettre en cause

la rigueur, aiguiser la réflexion, maîtriser l’expression

à développer un esprit critique, ne rien prendre au premier degré (rumeurs, intox…) Paradoxalement, plus on a accès à la « vérité » sur Internet, plus les rumeurs se développent et il est parfois bien difficile de convaincre les adolescents qu’une info est un « Hoax« .

-à sortir du cadre, « think out of the box », envisager des alternatives : il est urgent que l’école apprenne la créativité à nos chères têtes blondes. Comment être original, quand on apprend durant 20 ans, à rentrer dans le moule ?  Plus que des connaissances, ce sont des mises en situation que l’école doit développer.

-à se connaître : ses défauts, ses qualités. Comment améliorer ses points de vigilance et s’appuyer sur ses points forts ? Encore faut-il ne plus vouloir à tout prix niveler les enfants, mais les laisser s’exprimer, à leur rythme et en fonction de leur maturité. Les 20 années de formation initiale devraient être à géométrie variable, le même temps pour tous mais avec des rythmes différents. Le but étant bien d’éduquer de futurs citoyens et professionnels, il s’agit d’enseigner à tous un socle fondamental, sans bloquer sur les circuits longs ou courts.

-à apprendre ou comprendre ? Refaire, répéter, reproduire ou créer ? L’école doit se donner des objectifs clairs et être transparente sur ce qu’elle projette d’enseigner.

Mais alors, comment mettre en musique tout cela dans le temps scolaire ?

Pour ce faire, nous avons eu des idées de nouvelles matières dès l’école primaire :

apprentissages manuels : chers à Pierre Rabhi c’est à dire utiliser ses deux mains autant que son cerveau.

  1. Réparer
  2. Faire pousser
  3. Construire
  4. Protéger la nature, les espèces animales et végétales
  5. Se nourrir

méditation en pleine conscience, sophrologie, pour leur apprendre à gérer le stress ultérieur de la vie professionnelle et même privée. Tout allant plus vite, il est urgent d’apprendre à se connaître et de prendre le temps de respirer, de rêver.

apprendre à dessiner : certes nos enfants n’écriront bientôt plus, ce qui effraie les nostalgiques. Rappelons tout de même qu’apprendre à monter à cheval pour se déplacer n’est plus une compétence indispensable non plus. Le monde change et les techniques aussi. Cependant, il paraît étonnant que l’on n’apprenne pas aux enfants à dessiner. Chacun sait qu’il existe un certain nombre de techniques de base pour manier le crayon ou l’aquarelle. Dessiner, créer, rêver, encourage la créativité. Quel dommage que l’école n’ait pas sérieusement investi ce créneau pour abandonner les fameux travaux manuels, enseignés par des profs qui n’ont pas forcément non plus les techniques. L’enseignement doit être précis et donner des méthodes pour que chaque élève puisse progresser.

apprendre à jouer d’un instrument : pour les mêmes raisons et également pour lutter contre les inégalités sociales. Qui joue d’un instrument n’écoute plus jamais la musique classique de la même manière. Aimer la musique, c’est entrer dans un monde de sensations qui ne devrait pas être réservé à une élite. Personne ne parle ici de jouer les Mozart ou les Picasso, mais simplement d’avoir la possibilité à l’école de véritablement découvrir les arts, avec un enseignement adapté.

30 minutes de sport minimum par jour : pour apprendre l’effort, le dépassement de soi. Apprendre à se comparer à soi-même avant tout. Pour cela, bousculer la notation : dans les sports collectifs, les membres d’une équipe devraient être notés en fonction d’autres critères que la performance. Faire en sorte que tout le monde ait touché le ballon, par exemple.

ateliers d’écriture créative : maîtriser sa langue et son expression permet d’exprimer ses idées. Comme les arts, l’écriture s’enseigne. Mais pour ce faire, il faut abandonner l’idée des profs complètement polyvalents, ce qui est déjà une tendance en primaire. On ne peut enseigner bien à la fois les langues, l’informatique, la menuiserie, la musique, le dessin et les mathématiques…

Lecture offerte : obligatoire jusqu’au bac. 30 minutes par semaine de lecture à voix haute pour donner le goût des livres, pour le plaisir de fermer les yeux et entendre les mots.

Histoire : basée sur la chronologie avant tout. Comment comprendre les allers-retours du programme selon les classes ? L’Histoire doit avant tout permettre de comprendre ce qui s’est passé et le savoir, de ne pas réitérer les mêmes erreurs. Les violences de l’histoire et les grandes découvertes mettent en lumière ce fameux sens de l’histoire qui nous permet de nous replacer dans notre époque. L’apprentissage des dates par coeur n’a que l’intérêt de rendre la matière ennuyeuse. Ce qui est intéressant dans l’Histoire, ce sont les motivations ou les peurs des hommes et des femmes à chaque siècle. Car ce qui ne change pas dans l’Histoire, ce sont les passions.

Décryptage de l’actualité : 1h par semaine, dès le plus jeune âge. Les enfants doivent être capables de comprendre le monde qui les entoure et de se poser les bonnes questions.

Participation à la vie de l’école et à son entretien, son amélioration, son animation : aider, participer, nettoyer parfois, tout comme donner du temps pour la collectivité permet d’être préparé à la vie citoyenne.

Code web : ou équivalent dans les années à venir. Aujourd’hui comme hier, maîtriser la programmation informatique, la création d’un site internet, permet aux jeunes de monter leur entreprise. Ce devrait être enseigné au lycée pour le moins, afin de susciter la prise d’initiative.

Voilà en vrac quelques idées de cours qui nous paraîtraient indispensables pour former les adultes de demain.

Mais au-delà des modules de cours formels, il faudrait pouvoir fonctionner en mode projet :

construire un bateau, en utilisant la physique, les mathématiques, la biologie, la menuiserie etc…

réaliser un potager 

monter un projet de micro-entreprise

réaliser un journal

Etc… L’objectif étant d’accompagner les élèves dans la réalisation d’un projet et de leur proposer non pas des connaissances, mais de leur permettre de mettre en oeuvre les informations qu’ils peuvent trouver sur le net ou dans d’autres cours.

Le rôle des délégués de classe devrait également être plus important afin de les intégrer vraiment dans la prise de décision au sein de l’établissement scolaire.

Enfin, parlons des locaux… La classe devrait devenir un vrai lieu de vie, avec une modulation de l’espace qui permette le travail en groupe et qui ne soit pas orientée vers le tableau et le professeur, mais autour des apprentissages.  L’école devrait également comporter des endroits pour dormir, pour s’isoler, pour cuisiner, construire, faire pousser, et surtout faire du sport. Aucune école ne devrait pouvoir être construite sans un terrain de sport digne de ce nom, afin de ne pas proposer des séances de bus pour emmener les élèves taper dans un ballon. Chacun le sait puisque devenu adulte,  nous plaçons le jogging ou le vélo au top des activités qui nous permettent de nous défouler. Et les élèves alors ?

Chaque apprentissage doit avoir un sens. Il faut se poser la question pour chaque heure d’enseignement ou d’accompagnement : que vont en tirer les enfants dans leur vie d’adulte ? L’école n’est-elle pas là pour former les adultes de demain ?

Peut-être faudra-t-il accepter aussi que les profs ne soient pas tous issus de l’école directement, mais parfois du monde professionnel, pour relier l’école au monde du travail et créer des ponts plus solides que ceux qui existent aujourd’hui. Pour cela, il faudra faciliter les passerelles vers le monde de l’enseignement.

 Bon, il reste un peu de travail, mais si on ne rêve pas l’école de demain, qui va le faire pour nous ?

Christèle (et Laurent pour les échanges d’idées cet été là-haut dans la montagne :-))

 Pour aller plus loin :

Les enfants Finlandais n’apprendront plus à à écrire à la main : https://fr.news.yahoo.com/enfants-finlandais-napprendront-%C3%A0-%C3%A9crire-%C3%A0-main-074647790.html

Entretien avec Richard David Precht dans CLES : http://www.cles.com/debats-entretiens/article/notre-ecole-est-un-crime

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2 réflexions sur “Dessine-moi une école

  1. Pingback: Culpabilité quand tu nous tiens… | light up my mind

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