Pratiquez-vous le Breadcrumbing ?

Savez-vous ce qu’est le Breadcrumbing ? On pourrait le traduire littéralement par « miettes digitales » ou l’art consommé d’entretenir des relations sporadiques sur les réseaux sociaux. Toujours en mouvement, le langage traduit les évolutions de nos comportements et de notre mode vie.

Facebook, like, team.

Avez-vous remarqué ces personnes qui émettent un « like » de temps à autre sur votre page Facebook mais ne vous voient jamais dans la vraie vie ? Ou communiquent exclusivement par sms, mais au moment de fixer un rdv, repoussent toujours l’échéance ?

Ce mode relationnel sporadique porte désormais un nom : le breadcrumbing.

Mais comment faisions-nous avant les réseaux sociaux ? Avions-nous plus de contacts humains ? Aurions-nous pris notre téléphone (fixe bien sûr, sans répondeur) pour appeler ces personnes et leur donner rendez-vous pour un café ? Pas sûr. Certes le temps des veillées, chères à nos grands-parents, multipliait les contacts avec les voisins, la famille, dans la communauté du village ou du quartier. Au début du XXème siècle, on connaissait  ainsi toutes les personnes autour de nous, à plusieurs kilomètres à la ronde.

L’essentiel des conversations portait alors sur les agissements des uns et des autres, la vie des uns fournissant d’excellents sujets de conversation aux autres. Et le soir venu, tout le monde chantait ou racontait des histoires, après avoir tiré sa chaise dans la rue, pour se rassembler avec les voisins.

Puis insidieusement, les 30 Glorieuses ont recentré les relations sur la famille nucléaire, les amis proches, les parents d’élèves et quelques voisins, dont on connaissait les parents. Travail à l’extérieur, augmentation des temps de loisirs individuels, le collectif a été de moins en moins investi, si ce n’est par les déjeuners dominicaux et les fêtes annuelles subsistant encore dans les villages.

L’accélération des changements relationnels s’est accrue avec l’apparition du téléphone portable puis des réseaux sociaux. Inutile d’aller en vélo chez un copain voir s’il est chez lui, comme dans les années 80. il suffit désormais de voir si son compte Facebook est actif ou de vérifier si sa story sur Snapchat a été mise à jour. L’application Tinder permet de faire des rencontres dans son quartier, en quelques minutes, juste en passant dans la rue.

Peu à peu, notre réseau s’est agrandi de nouveau, sans avoir l’écueil du lieu, puisque l’on peut rester désormais en contact entre Hong-Kong et Paris, que ce soit sur Linkedin (réseau social professionnel) ou les réseaux cités plus haut.

On peut désormais avoir des nouvelles d’un grand nombre de personnes, qui dépassent largement notre cercle amical et familial. Mais a-t-on la capacité pour autant de multiplier les relations profondes et sincères ? Bien sûr le temps n’est pas extensible et les heures passées sur les réseaux, notamment pour les ados et jeunes adultes connectés, consomme le temps que l’on peut consacrer à des échanges réels : café, apéritif, cinéma.

Le breadcrumbing a permis rapidement de pallier à l’explosion des potentiels contacts. Quelques miettes digitales, un clic, un smiley ou une invitation Linkedin, permettent de garder le lien avec des personnes que l’on aurait sûrement perdues de vue il y a 25 ans. D’ailleurs, les réseaux sociaux permettent aussi de renouer un lien avec les amis d’enfance que le courrier et le téléphone fixe n’avaient pas réussi à conserver dans notre existence.

Alors, progrès ? En tout cas, un sérieux changement de mode de vie relationnel qui brouille les codes et nous fait nommer amis, des personnes que l’on n’aperçoit plus que de loin en loin. Les vrais amis restent au nombre de 5 par personne en moyenne, si l’on s’en tient à une définition prenante de l’amitié, avec des contacts réguliers et une implication émotionnelle importante. Au fond, ce nombre ne change pas, ce qui change c’est la vision de notre réseau, dans lequel on trouve des « amis » de tous les cercles et qui nous fait parfois confondre amitié et relations. Les addicts aux réseaux sociaux peuvent particulièrement se laisser prendre par des amitiés digitales, qui n’ont en fait pas de poids lorsqu’un événement survient (deuil, divorce) et que les seuls vrais amis débarquent chez vous pour vous accompagner dans ces moments difficiles.

Sur le plan professionnel, l’exercice du network permet de multiplier les contacts pour chercher du travail et de pratiquer la technique de l’entretien réseau. En demandant à 5 contacts de premier rang de vous recevoir pour échanger sur votre projet et en leur demandant de vous indiquer 5 de leurs propres contacts pour multiplier le concept, il est désormais possible d’effectuer de nombreuses rencontres ciblées en peu de temps. Plus efficaces que les cocktails où il est toujours difficile de discuter avec de parfaits inconnus, les entretiens réseau permettent de booster une recherche d’emploi, avec un peu d’apprentissage. Mais attention, les relations sur les réseaux professionnels demeurent toutes aussi virtuelles qu’ailleurs et il est nécessaire de bien réfléchir aux liens que l’on souhaite développer et conserver.

Sur le plan amoureux, le breadcrumbing fait des ravages : beaucoup de relations se nouent, sans véritable implication réelle, faites de textos et de posts sur les réseaux. Faire patienter un.e prétendant.e a toujours été le moyen d’attiser le désir, mais les nouveaux canaux numériques rendent l’exercice d’autant plus difficile tant qualifier un élan amoureux devient compliqué. Quand on a plusieurs contacts sur Tinder, quel est le sens d’une relation ? Complexe pour les plus de 40 ans, plus adapté aux 15-25 ans, l’exercice sentimental demande une dextérité numérique sans précédent. Là où on se questionnait sur le sens d’une promenade dans les années 30 avec un prétendant, on pèse désormais le sens d’un like, d’un smiley ou d’un texto, des heures durant. On rompt même par sms, sans prendre le courage de la rupture et de l’explication.

C’est un fait, les réseaux sociaux ont désormais envahi nos vies et l’adaptation est indispensable pour piloter ses différents profils.

Il n’empêche que rien ne remplace un café ou déjeuner avec un ami. Ni Facebook, ni Snapchat ni Instagram ni Linkedin ne permettent encore ce plaisir. Juste de s’accorder sur l’heure et le lieu…

Christèle

Quelques repères…

Story Snapchat : Les histoires ou “Story” sur Snapchat correspondent à une série de photos (Snap) ou vidéos que vous publiez dans “Ma Story”. Ces histoires sont accessibles pour une durée de 24 heures.  Le réseau a vraiment explosé en 2015.

Instagram : application où l’on peut poster des photos sur son compte, de manière privée ou publique. Les abonnés portent le nom de followers et il suffit de suivre des personnes pour voir leurs photos dans son fil d’actualité. Voir le précédent article sur Instagram.

Facebook : réseau social créé en 2004 qui permet de créer sa page personnelle et de publier des posts ou photos. On peut sélectionner les amis qui ont accès à nos données ou être dans le domaine public.

Tinder : application smartphone qui géolocalise vos potentiels contacts amoureux et propose de discuter en direct, puis de de se rencontrer, sans le formalisme des sites de rencontres et avec la facilité géographique de pouvoir échanger avec quelqu’un qui est dans le café d’à côté.

Linkedin : réseau professionnel qui permet de créer son profil et d’inviter des personnes issues des mêmes cercles (entreprises, centres d’intérêt etc…)

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2 réflexions sur “Pratiquez-vous le Breadcrumbing ?

  1. Christèle vous avez bien raison de pointer le côté superficiel, voire éphémère de nos contacts d’aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux. Néanmoins c’est une façon que je trouve plutôt agréable que de rester en lien avec certains qui ont traversé votre quotidien à un moment, ou encore des personnes de sa famille qui sont éloignées et avec lesquelles on perdrait complètement le contact s’il n’y avait le réseau.
    On peut toujours approfondir avec réciprocité le lien d’amitié que l’on souhaite plus ténu ; il suffit que les 2 parties s’accordent pour un petit café ou un repas bistrot ; pour ma part c’est quand vous voulez, quand vous pouvez ….

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