Le français à l’étranger : mission impossible ?

Pour un enfant français vivant à l’étranger, continuer d’apprendre, voire simplement maintenir l’usage du français relève parfois d’une « mission impossible ». Sauf pour quelques privilégiés (ils seraient un peu plus de 100 000 dans le monde) qui feront leur scolarité dans un établissement francophone. Pour tous les autres, il faut faire bonne figure et pour leurs parents, s’organiser avec les « moyens du bord » quitte à avoir recours à un(e) enseignant(e) dont le français n’est pas la langue maternelle. Rappelons que pour ces enfants expatriés, la langue d’apprentissage sera l’anglais ou une autre langue dite étrangère qui, au fil du temps, devient la leur tandis que le français aura tendance à passer aux oubliettes !

Pour un enfant français expatrié, dans la lignée des « TCKs » (third culture kids), la relation avec la langue maternelle est souvent chaotique. Son lien affectif avec cette langue est distendu. Son identité française est très relative, elle s’estompe au fil du temps passé à l’étranger. Les petits français de l’étranger sont au cœur de la tourmente multiculturelle, si enrichissante mais si déstabilisante, contrairement à leurs homologues restés au pays ! Les cours de français risquent alors d’être mal perçus. Le temps de la langue française risque d’être vu comme une figure imposée, et interprété librement par les jeunes préados comme une sorte de grande récré (au mieux), un défouloir collectif (au pire !) En pleine interrogation sur leur devenir, les jeunes français de l’étranger deviennent rebelles. Ils expriment la souffrance intérieure de leur identité malmenée, de cette force centrifuge qu’ils ne contrôlent pas et que bien des adultes peinent à comprendre…

langue-française

Pauvres chéris ! Les enfants, rois du mimétisme, reflètent voire amplifient la distance de leurs parents vis-à-vis de la France, sa langue et sa culture. Après tout, ce n’est pas la faute aux enfants. Et pour ne rien arranger, ces enfants voient depuis des mois ou des années que leurs propres parents se débrouillent très bien, au quotidien (travail, loisirs) sans le français ! Les enfants, rois de l’instant présent et très pragmatiques, ne vivent-ils pas eux-mêmes la prégnance de l’anglais ? L’anglais (ou toute autre langue que celle de Molière) ne s’est-il pas imposée comme bouée de sauvetage dans leur vie sociale ? L’anglais les rapproche de leurs pairs, tandis que le français les en éloigne. Perfide Albion ! Pendant ce temps-là, le français n’a plus la cote…

Peut-on juste subir ce désamour, cette marginalisation du français, juste bon à se parler à la maison (et encore, dans quel français) ou à maintenir un semblant de lien avec les grands-parents ou les cousins restés « au pays » ? Est-ce une fatalité ? Peut-on redonner du sens à l’apprentissage au français dans un contexte qui lui semble si hostile ? Pour les heureux bilingues qui n’en ont même pas conscience, d’abord un constat : les passerelles entre la langue de Molière et cette de Shakespeare sont légion. Alors pourquoi ne pas surfer sur cet immense vocabulaire anglais d’origine soit latine, soit grecque, soit, qu’on se le dise, française ? Un petit jeu pourrait par exemple consister à défier les enfants à identifier tous ces mots que la langue anglaise utilise et a importé de chez nous, du temps de Guillaume le Conquérant. Pour enrichir cet exercice, on pourrait également faire travailler les enfants sur le sens des mots et leur éventuelle évolution, une fois passés de l’autre côté de la frontière. Et notamment piquer leur curiosité et rire ensemble au sujet des si nombreux faux amis ! Et les faire écrire des histoires qui incorporent ces drôles de mots.

Un autre exercice pourrait porter sur les niveaux de langage, en s’appuyant sur d’un côté un discours courant, populaire et, de l’autre, un discours plus formel et officiel. Cela permettrait de découvrir que la langue française a beaucoup plus enrichi l’anglais dans son usage soutenu, noblesse oblige, que l’anglais de la rue. Et cela marche aussi pour l’américain, d’ailleurs. Mais pour celles ou ceux qui craignent le mélange des genres et ne se sentent pas à l’aise avec l’anglais, pas de problème ! Un retour en France peut tout autant faire l’affaire. Pour redonner du sens au cours de français, pas besoin d’organiser un voyage scolaire coûteux en France. Un devoir de mémoire s’impose, en direction de l’histoire intime que chaque élève possède avec son pays d’origine, sa région d’origine et sa culture. Cette histoire personnelle, chaque élève n’est pas forcément très à l’aise avec. Car ce passé ressemble un peu à une époque « pré-révolutionnaire », en tout cas bien lointaine dans le cœur de ces enfants.

Pourtant les origines française de chaque enfant sont à la fois leur dénominateur commun, mais aussi le symbole de la diversité géographique et culturelle. A l’écrit, un exercice pourrait consister à faire travailler en binôme chaque enfant, pour exprimer leur histoire personnelle, identifier leurs origines au plan de la ou des villes dans laquelle ils ont vécu. Et pourquoi pas, pour éviter l’exposé passéiste, leur faire rechercher l’actualité économique, sportive et culturelle de leur région d’origine. Ce qui au passage leur ferait prendre conscience du dynamisme et de la créativité du pays qu’ils ont quitté. On pourrait par exemple leur faire faire une fresque qui mêle des images du passé et du présent, et une narration qui elle aussi alternerait le temps passé et le temps présent. Au fond, voilà l’idée : repartir des enfants non par démagogie soixante-huitarde, mais pour les réconcilier avec la langue de leurs origines. Sans en faire un vestige de leur passé individuel, et sans tomber dans le travers d’une propagande douteuse !

Laurent

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