Culpabilité quand tu nous tiens…

Les générations se suivent et ne se ressemblent pas. Quand nos grands-parents ne pensaient qu’à se relever de la guerre, nos parents découvraient les joies de la société de consommation et cultivaient les fameuses Trente Glorieuses, à l’ombre de mai 68. Puis soudain, patatras, avec le contrôle des naissances et la libération progressive des femmes dans la société, nous sommes entrés dans une nouvelle ère : celle de l’enfant choisi et attendu. Bref, nous sommes passés d’un enfant bien accueilli au mieux mais parfois subi, à un enfant rêvé, dont l’éducation et la progression des compétences signent la réussite sociale presque mieux qu’une carrière professionnelle. Dans le même temps, la pression sur les parents est devenue maximale, entraînant une obligation de performance dans tous les domaines.

Et si le maître mot des parents trentenaires et quadras était « culpabilité » ?

culpabilite-pathologique

Comment, vous ne pensez pas allaiter votre enfant ? Vous lui donnez des petits pots, pas des plats bio home-made ?  

Vous ne l’avez pas mis aux bébés nageurs ? A quelles activités l’avez-vous inscrit ? Il a marché/parlé/lu/écrit en cursive à quel âge ?

Vous allez l’inscrire dans quelle maternelle ? École ? Collège ? Lycée ?

Ah bon, il ne joue pas d’instrument de musique ? Ah, vous n’avez pas pris l’option latin ? Vous avez prévu de l’envoyer en séjour linguistique cet été ? Ce serait mieux vu qu’il/elle n’est pas en classe européenne…

Avez-vous trouvé son stage de 3ème ? Vous avez pris qui comme prof particulier ou cours de soutien ? Et comme stages de sport pendant les vacances, vous avez choisi quoi ?

Il/elle va faire une 1ère S bien sûr ? Sur APB vous en êtes où ? Vous ne pensez pas l’envoyer un an à l’étranger ? Ah, il/elle ,ne va pas faire médecine ou prépa…

La liste des attendus est devenue un décathlon parental à côté duquel le saut de haies est désespérément facile.

Les traits tirés, pétris d’angoisse, les parents vont d’injonction en injonction : mettre un appareil dentaire, des semelles orthopédiques, séances d’orthophonie, d’ergothérapie, de psychomotricité, médecines naturelles, coaching, bilan d’orientation, et bien sûr le psy, censé résoudre tous les problèmes rencontrés par leur progéniture. Le bulletin scolaire est attendu avec un nœud au ventre par les parents, comme si c’était le leur. On peut même parfois se demander si le stress n’est pas plus fort du côté des parents que des enfants.

Dans les dîners, il y a un avant et un après parentalité. Quand on devient parent, d’un seul coup l’univers se rétrécit : on ne parle plus que des enfants/ados pour comparer les différents parcours et options retenues par les uns et les autres. Les parents dont la descendance n’est pas prise en prépa dans les lycées prestigieux se resservent discrètement un verre de vin en soupirant.

La pression vient également de nos chères têtes blondes : « Tout le monde a un iPhone, sauf moi ! (ou iPad, iMac, iPod etc…) Les autres partent en séjour linguistique aux USA cet été. Et moi ? C’est nul, on fait jamais rien ! Quoi passer une semaine dans la Creuse en famille, jamais de la vie ! »

Pour les parents divorcés, la pression se niche jusque dans les vacances (concours de celui qui offrira les plus belles vacances et les plus lointaines) à la traditionnelle litanie des cadeaux de Noël pour nos chérubins/ados, gavés d’appareils connectés, jeux éducatifs, vêtements de marque.

Du côté des grands-parents, les reproches se focalisent sur le comportement des petits-enfants : « De notre temps, on ne sortait pas de table sans demander… On ne passait pas son temps sur son portable/ordi/Ipad ou devant la télé… Ils ne nous appellent jamais… »

Bref, les parents trentenaires et quadras, coincés entre deux générations, passent une partie de leur temps à se demander s’ils ont fait les bons choix tout en continuant de se mettre une pression maximum.

Génération-sandwich

Et du côté des enfants/ados ? Les psychiatres « old school » comme Aldo Naouri, qui considèrent encore que les enfants se construisent sur la frustration, ont fort à faire pour redresser la barre et rappeler aux parents que la perfection n’existe pas. A une génération qui n’a jamais eu besoin de rembobiner une cassette vidéo ou audio pour profiter d’un moment de plaisir, ni même d’attendre un créneau horaire précis pour regarder un programme TV, il est difficile de rappeler le sens de l’effort, de l’attente et de la persévérance. Même la télévision se plie à tous les caprices, se mettant en mode pause sur les programmes qui passent pourtant en direct.

Tout est immédiat. Nos enfants n’ont plus à subir aucune frustration.

Que le parent qui n’a pas répondu du tac au tac à son chérubin qui lui demande le sens d’un mot, au lieu de le renvoyer dans le dictionnaire lève le doigt. Même tourner les pages du Robert et se battre avec l’ordre alphabétique est devenu fatigant pour la génération Z.

Ne serait-il pas temps de se poser quelques questions :

1. Sur le rôle de l’école, qui continue de délivrer des savoirs encyclopédiques que l’on retrouve sur le web, au lieu de se concentrer sur l’apprentissage de la recherche, de la construction, du lien entre les savoirs, de la coopération entre les humains et de la nécessaire anticipation.(voir notre article sur l’école)

2. Sur notre éducation parentale, qui n’en fait jamais assez, répond aux besoins avant qu’ils ne soient formulés et ne laisse plus la place aux enfants d’attendre, de rêver, de vouloir, de s’élever, de batailler. Une enfant devrait avoir pour envie naturelle de quitter le nid assez vite. Mais si le nid est plus douillet que jamais, comment donner à nos oiseaux envie de voler ?

Comme le dit un vieux sage de ma connaissance, « pour grandir, il faut être bousculé« . Mais si nous préservons nos chères têtes blondes de tous les soucis, efforts, frustrations, comment vont-ils se construire ?

Alors à vos plumes ! Si vous avez des idées, n’hésitez pas à nous les envoyer ! 🙂

Christèle

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5 réflexions sur “Culpabilité quand tu nous tiens…

  1. Je suis une grand-mère qui a connu mai 1968 la révolution de « faites l’amour pas la guerre » !!! et si je reconnais certaines difficultés dans éducation des chers chérubins d’aujourd’hui et particulièrement la notion d’efforts qui est souvent ramenée à sa plus simple expression, je ne pense pas qu’il faille être dans la culpabilité, car quel que soit le parent que nous sommes pour notre enfant, à ses yeux, nous n’aurons pas été à la hauteur de ceci ou cela ….. *
    C’est ainsi depuis la nuit des temps et pour ma part j’en ai pris mon parti depuis très très longtemps. Nous ne sommes pas parfaits, nous ne pouvons donc pas être des parents parfaits…..

    L’essentiel, vis-à-vis de nos enfants, c’est rester nous-mêmes ; affirmer ses valeurs en faisant ce que l’on dit, résister (je pense au portable, vacances, copains) en expliquant les raisons pour lesquelles on ne répond pas à la demande, être à l’écoute, et surtout rester dans le dialogue qui peut être être alimenté par ce qui se passe au quotidien, expliquer qu’être libre ce n’est pas faire ce que l’on veut, quand on veut, comme on veut …..
    Si le message passe pas immédiatement, ne pas se décourager : cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ……….. Et si malgré cela les choses ne vont pas dans le bon sens (en tout cas celui que vous estimez n’être pas le bon sens) , pas de culpabilité pour moi car « être parent » c’est être amour et avoir réfléchi au mieux pour eux …. on peut se tromper sur les façons de faire, peu importe, car entouré d’amour, l’enfant s’en sortira toujours …………
    Renée

    • C’est gentil de vouloir nous déculpabiliser Renée ! Vous avez mille fois raison.
      Mais hélas nous avons un peu perdu les ressorts d’une certaine sagesse. La compétition a pris le pas sur le bon sens à des endroits où on ne devrait trouver qu’amour, encouragement etc…

  2. Merci pour votre article Cristèle ! Maman quadra de deux enfants, je me retrouve dans votre article et je suis entièrement d’accord avec vos propositions !

  3. Merci pour l’article.
    Le plus dur est de leur apprendre le goût de l’effort et l’intérêt d’avoir des connaissances en tête même si tout est disponible sur internet

  4. C’est exactement cela ! Il n’y a plus le plaisir de connaître la géographie ou l’histoire puisqu’il suffit de surfer. Le problème, c’est que quand la wifi ou la 4G font défaut, impossible de se repérer ou de réaliser des actions compliquées… Demander à quelqu’un, oh la la !!! Revenir aux anciennes méthodes ! 😉 Bonne année by the way !

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