« Nous sommes résolument cosmopolites »

A la fin de l’année 1985 apparaissait le premier numéro de Globe. Ce nouveau mensuel est soutenu par Pierre Bergé, PDG d’Yves Saint Laurent. La revue se positionne à gauche, soutient le candidat Mitterrand et prône l’antiracisme.

Dans son premier numéro, Globe, qui deviendra plus tard Globe Hebdo, se justifie ainsi : « Bien sûr nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr tout ce qui est terroir, bourrées, binious, bref franchouillard ou cocardier, nous est étranger voire odieux ».

Le cosmopolitisme a le vent en poupe dans les années 1980, à l’époque du combat de SOS Racisme et son fameux slogan « Touche pas à mon pote ». Jean Sévillia, dans Le terrorisme intellectuel, définit ainsi l’époque : « L’heure n’est plus à la nation mais au cosmopolitisme ». Le cosmopolitisme se caractérise pas la dissolution de la nation et de la mère patrie.

A l’excès, nous serions donc réduits à n’être plus que des individus hors sol. Mais il sera plus vendeur de parler de citoyens du monde, ou d’habitants du village global ! Dans les années 1980, selon le philosophe-star Bernard-Henri Lévy, tout enracinement serait source de racisme. BHL nous enjoint d’être manichéen et d’opposer en mode binaire le bien et le mal dans cette affaire. Circulez, y a rien à voir ! Comme si questionner l’antiracisme, ici en toile de fond, revenait forcément à défendre les thèses les plus fascistes. On voit donc le piège derrière toute cette affaire. Rappelons que le mensuel Globe fut initié par un certain BHL, entre autres intellectuels parisiens bien en vue à l’époque.

L’enracinement donc, aura pris du plomb dans l’aile. L’enracinement à un terroir, à des origines géographiques et culturelles. Voilà un boulevard pour accentuer l’utopie libérale individuelle. Libéré des frontières, l’homme devient global et vit tel un électron libre. Par contraste, le franchouillard porteur de béret fait vraiment has been ! Disqualifié, l’attachement local ? Trente ans plus tard, le localisme se porte à merveille. Par effet de balancier, le nationalisme a le vent en poupe, mais aussi le régionalisme. Comme si à force de jouer avec le feu, la mondialisation avait fait quelques déçus.

Au fond, le cosmopolitisme n’est-il pas un délire de plus de quelques intellos paumés ayant perdu leur ancrage ? Il est si fréquent que nous manquions d’humilité. Que pour des raisons bêtement technologiques ou économiques, nous oublions de rester un peu humbles, au sens de l’humus. L’humus qui nous ramène à la terre, à la poussière d’où nous venons et vers laquelle nous retournons, irrésistiblement…

Laurent

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