Trafic ou business ?

Les mots d’emprunt étrangers ont toujours eu chez nous un petit supplément d’âme. Ainsi le mot business, qui à la base ne signifie rien d’autre qu’une activité, pas de quoi en fait tout un plat ! Mais en France business sonne bien. Plus chic qu’activité, trop banal. Le business est plus classe, comme dans la « classe affaire » d’un avion ou d’une prestigieuse business school. Ah, la business school, pour ne pas dire la (grande ou petite ?) école de commerce. Il est intéressant d’observer ces hésitations langagières dans les appellations (le naming !) des formations à la vente, au business, au management, bref à la gestion des entreprises, en France. Telle école jadis « ESC » supérieure comme peut l’être tel beurre « de qualité supérieure » ou tel chocolat « supérieur ». La grande école (spécialité si française) devenue, mondialisation oblige, graduate school of business ou school of management. Quel trafic de mots ! Quelle inflation de termes, à relier à l’inflation des égos, sans oublier, business class oblige, l’inflation des coûts de scolarité !

Trafic, terme d’origine italienne, désigne autant la circulation, l’échange, tant licite qu’illicite. A l’heure où tout se doit d’être monétisable, profitable et privatisable… le trafic, commerce ou négoce, se base sur la circulation, la plus libre possible, de marchandises, de services, d’idées et de capitaux. Ce trafic global est tellement entré dans les mœurs qu’on en oublierait presque les sous-jacents que sont les moyens de transport et leur indispensable carburant, à base de dérivés de pétrole (fuel lourd pour les bateaux, diesel pour les camions, kérosène pour les avions).

L’alimentation de nos contemporains, basée sur une nourriture riche et diversifiée, repose sur des échanges internationaux, un business juteux, un trafic permanent légalisé et garanti par l’Organisation Mondiale du Commerce et les accords du GATT. Au nom de la production de masse en mode productiviste (toujours plus, croissance illimitée), nous n’avons fait que repousser les limites du vivant, de ce que la nature pouvait nous procurer jusqu’ici. Un beau trafic ! Remembrements, mécanisation, irrigation, agrochimie, industrialisation, hyperspécialisation. Il est loin le monde paysan de nos ancêtres, leur agriculture vivrière. Qu’il semble ringard leur régime alimentaire frugal, sans oranges, tomates, fraises et sans lait de coco, crevettes, mangues, ananas, sans chocolat et sans vanille à tous les étages !

C’est bien un immense trafic planétaire, avec ses tonnes de soja américain ou brésilien déversé dans les bâtiments d’élevage européen, pour accélérer à moindre coût (quoique… à quel coût environnemental ?) la croissance des protéines animales sur pattes. La volaille en batteries, idem pour les veaux, vaches (renommées « bœufs », pour éviter toute forme de sympathie donc de gêne à l’achat ?) ne voient plus le jour depuis longtemps. Un trafic inhumain, indigne, irrespectueux, mais que voulez-vous… dans votre assiette, et à quel prix ? Triste ambiance dans les étables comme dans les étals de supermarchés.

Le trafic légal de viande, comme tant d’autres productions humaines, est donc un business, une activité économique intouchable. Elle est tellement ancrée dans le paysage, dans le PIB, dans les emplois, dans les habitudes des consommateurs et même dans les bulletins de vote. Pensez donc ! Même les déjections de tous ces animaux ont une valeur économique, mélangées à des déchets verts, sous une bâche en plastique… pour se transformer en biogaz. Évitons l’épandage de ce lisier infect, trop brutal pour nos petites narines. Évitons de gâcher nos fêtes champêtres, lorsque vient le week-end. Et rêvons que ce biogaz ne vienne un jour remplacer le gaz de schiste américain qui remplace désormais nos importations de gaz russe…

Ah, décidément, quel trafic !

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